Les Grands Macabres
Programmation musicale
Jeudi 4 mars 2021
3 min

Bobby Jaspar, un Belge à New York

Il fut un des musiciens les plus doués du hard bop et notamment un virtuose de la flûte dans le jazz.

Bobby Jaspar, un Belge à New York
Bobby Jaspar
  • Aujourd’hui, 4 mars, je voudrais vous parler de Bobby Jaspar, mort le 4 mars 1963 à l’âge de trente-sept ans. 

Le suicide, ce n’est pas toujours un suicide. Quand, en France ou en Belgique, on apprend que Bobby Jaspar est mort, le 4 mars 1963 à New York, il se trouve beaucoup de voix pour dire que son cœur n’aurait pas lâché s’il n’avait pas accepté depuis belle lurette de mener une vie dont on meurt. Pourtant, il aurait pu devenir un géant du jazz, lui que l’on voit si souvent sur la photo, pas loin des géants reconnus. Oui, il a joué avec John Coltrane, oui, il a fait partie du quintette de Miles Davis, oui, il a joué avec Chet Baker, Donald Byrd et le Bottin mondain du jazz. Oui, il est un peu le chaînon manquant entre Lester Young et Stan Getz.
Robert Jaspar naît en 1926 à Liège, dans une maison art nouveau édifiée par son grand-oncle architecte. Son grand-père est musicien, son père est peintre. Il découvre le jazz en pleine Occupation allemande, en 1942. Il exercera un peu la profession d’ingénieur chimiste mais la musique prend le dessus. Après avoir débuté à la clarinette, il est passé au saxophone ténor, auquel il ajoutera la flûte traversière – un des premiers grands solistes jazz à cet instrument.
Comme d’autres musiciens belges, il tente le coup à Paris. Là, on remarque déjà qu’il ne veut pas gagner sa vie en jouant mais seulement jouer – jouer la meilleure musique avec les meilleurs partenaires. Ce faisant, il invente sa propre voie – un son suave, aérien, souple, velouté, avec çà et là des inspirations un peu acides et inquiétantes. Il suffit qu’on lui parle de faire des concessions esthétiques ou de jouer des thèmes à la mode, et Bobby Jaspar le prend mal.
Oui, il est un peu exigeant. Mais il est à tous les carrefours. Quand il passe à l’Olympia avec son quintet en première partie de Juliette Gréco, celle-ci lui pique son guitariste de vingt-deux ans, un certain Sacha Distel. Mais, bientôt, ce sera Miles Davis qui le recommandera à Jay Jay Johnson qui cherche un nouveau soufflant pour son groupe.
Car Bobby Jaspar part en Amérique. 

Nous écoutons :
In a Little Provincial Town, une composition de Bobby Jaspar enregistrée en novembre 1956 à New York. Il est à la flûte et, autour de lui, Eddie Costa au piano, Barry Galbraith à la guitare, Milt Hinton à la contrebasse et Osie Johnson – que nous avons évoqué il y a quelques semaines – à la batterie. 

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