Les Enquêtes musicales de Claude Abromont
Magazine
Mercredi 16 août 2017
7 min

Ludwig van Beethoven et la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, épisode 3 : Un piano universel

Ludwig van Beethoven et la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, épisode 3 : Un piano universel
Ludwig van Beethoven et Elisabeth Roeckel (Portrait de Joseph Willibrord Mähler, environ 1814, Düsseldorf, Goethe-Museum)

Dans l’écriture de piano de ses ultimes sonates, par exemple dans l’Arietta de la dernière, on aborde des rivages d’une profondeur inouïe. Mais, avant de devenir si proche de la philosophie, le piano a surtout été une voix pour Beethoven. Et dans sa Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, lorsque l’orchestre entre après l’improvisation introductive, il se passe quelque chose d’exceptionnel. Un véritable dialogue. Pendant lequel chacun s’exprime, restant dans sa propre sphère psychologique. L’auditeur assiste à la naissance du thème. Les cordes de l’orchestre jouent dans un esprit actif, comme une marche conquérante. Le piano, à l’inverse, est méditatif, presque implorant. Puis, progressivement l’orchestre le gagne à sa cause. Les cors donnent alors le signal de l’aboutissement, et le piano entonne le thème des variations.

Cette idée d’aborder la musique comme un combat psychologique n’est évidemment pas neuve. Elle a au contraire été abondamment pratiquée à l’époque de Carl Philipp Emanuel Bach. Il a écrit une sonate en trio, surnommée Le Sanguin et le Mélancolique qui est véritablement spectaculaire : chacun des deux violons exprime un tempérament psychologique différent et tente d’entraîner l’autre.

La section de transition de la Fantaisie de Beethoven ne serait-elle qu’un anachronisme ? À nouveau, il faut se souvenir du concert que cette Fantaisie doit couronner. Sa première partie s’est achevée par la création du Quatrième concerto de Beethoven. Beethoven souhaite probablement, avec cette section en dialogue de sa Fantaisie, rappeler le mouvement lent de son concerto, de façon symétrique à la fin de la seconde partie du concert.

Le mouvement lent du Quatrième concerto est sans comparaison aucune. À nouveau un dialogue, mais d’une radicalité inédite. L’orchestre s’exprime comme pour un récitatif vindicatif et énergique, tandis que le piano joue très délicatement, dans l’esprit d’un hymne intériorisé. Cette fois, c’est le piano qui va triompher, et non l’orchestre comme dans la Fantaisie. Dans le Concerto, l’individu réussit à transformer le monde et à l’amener vers la pensée. Dans la Fantaisie, c’est l’inverse, la société convainc l’individu de se joindre à elle pour célébrer la fraternité et la puissance de l’art.

Ludwig van Beethoven
Für Elise / Lettre à Élise - Bagatelle n° 25 en la mineur WoO 59
Alfred Brendel, piano
Vox Box

Ludwig van Beethoven
Fantaisie chorale en ut mineur op. 80
Ronald Brautigam, piano
Andrew Parrott, direction
Choeur de Chambre Eric Ericson
Orchestre Symphonique de Norrkoping

Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n°4 en sol majeur op. 58 : Andante con moto
Alfred Brendel, piano
Simon Rattle, direction
Orchestre Philharmonique de Vienne
Philips

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