Les Enquêtes musicales de Claude Abromont
Magazine
Jeudi 20 juillet 2017
7 min

L’Épitaphe de Seikilos, épisode 4 : Retour vers le futur

Les enquêtes musicales de Claude Abromont, L’Épitaphe de Seikilos, épisode 4 : Retour vers le futur.

L’Épitaphe de Seikilos, épisode 4 : Retour vers le futur
Epitaphe de Seikilos / Instruments préhistoriques, © Nationalmuseet, Copenhague / BastienM

L’épitaphe de Seikilos nous a conduit vers le second siècle avant Jésus-Christ. l’Ensemble Organographia peut nous faire reculer d’un millénaire supplémentaire. Il a enregistré des hymnes mésopotamiens. Hourrites, pour être précis. Ce peuple, que l’on ne connaît pas très précisément, a vécu au deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Il parlait une langue dite agglutinante, différente des langues indo-européennes et sémitiques plus usuelles. Et il a adopté l'écriture cunéiforme des mésopotamiens, une écriture constituée de traits qui sont terminés par ce qu’on nomme des coins ou des clous. Pour écrire, on pratiquait des incisions dans des tablettes d’argile.

En ce qui concerne la musique, on n’a longtemps eu rien de concret pour s’en faire une idée. Avant que des recherches approfondies effectuées dans la ville d’Ougarit ne mettent à jour de nombreux documents dotés d’une notation musicale. Cela en fait les plus anciennes partitions connues, datées d’environ 1800 avant Jésus-Christ.

On s’est intéressé à ce répertoire dès 1924, année où le musicologue américain Curt Sachs tente une première transcription. Aujourd’hui, la musique hourrite est le champ d’étude de la musicologue Marcelle Duschesne-Guillemin. Elle s’est attaquée à cette notation d’une nature originale. Il s’agit de suites de chiffres qui indiquent le passage d’une corde de harpe à une autre. Il suffit donc de savoir comment cette harpe était accordée et on peut se faire une idée de la mélodie.

Bien sûr, cela évoque plus une conjecture qu’une probable réalité. Ces hymnes devaient sonner bien différemment. Mais les instruments utilisés sont intéressants. Dans le disque de l’ensemble Organographia, les musiciens jouent des reconstitutions effectuées d’après des instruments retrouvés et à partir d’iconographie. Par exemple une percussion en forme de gobelet, une flûte verticale proche du nay égyptien et une sorte de cornemuse constituée de deux aulos. Celle-ci a été reconstituée d’après un spécimen trouvé à Ur.…

On peut remonter bien plus loin encore grâce à au livre-disque Thèm’Axe 9, Instruments et « musiques » de la préhistoire aux éditions Lugdivine. La profession de son auteur, Tinaig Clodoré-Tissot ? Archéo-musicologue, on dit parfois aussi paléomusicologue. Elle présente dans ce livre différents instruments, par exemple une étonnante flûte en os. Il s’agit de la réplique d’un véritable instrument du paléolithique trouvé dans la grotte d’Isturitz dans les Pyrénées atlantiques. Cette grotte, qui a été habitée depuis l’Aurignacien ancien, a permis de retrouver une vingtaine de flûtes. Celle-ci a été construite dans un cubitus de vautour vers 25 000 avant Jésus-Christ. Elle possède quatre trous assez régulièrement espacés, et sa réplique permet de jouer sur 2 octaves.

Un autre de ces instruments évoque un trombone. Eh bien, cet instrument s’appelle un lur et il date de l’âge de bronze. Il est conservé au musée de Copenhague. À l’œil, on évoquerait quelque chose entre le serpent et la colonne de douche.

Plus près de nous, que pratiquaient les Gaulois ? Notamment un instrument spectaculaire, le Carnyx. Pour ceux d’entre vous qui aimez la musique saturée, vous allez être en terrain connu. Disons simplement que cet instrument était destiné à effrayer l’ennemi sur un champ de bataille.

Et pour finir ce retour vers le futur, existe-t-il des liens entre la musique contemporaine et la musique préhistorique ? En tant que réponse, il est possible de citer le compositeur Philippe Fénelon. Il a écrit une composition jouée par des percussionnistes de l’Orchestre national de France. Sur quels instruments ? Des lithophones préhistoriques africains, c’est-à-dire des pierres qui ont été utilisées vers 3000 avant Jésus-Christ, en Mauritanie, au Tchad, au Togo. De façon exceptionnelle, le Musée de l’homme à Paris les a sortis en 2014. Annonçant, qu’il ne le referait plus jamais... La plus belle de ces pierres musicales sonne magnifiquement. Le paléomusicologue Eric Gonthier l’a surnommée son « Stradivarius »…

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