Les Enquêtes musicales de Claude Abromont
Magazine
Mardi 4 juillet 2017
7 min

Hector Berlioz et sa Symphonie fantastique, épisode 2 : Une overdose qui devait être mortelle

L'enquête musicale de Claude Abromont le conduit cette semaine en France, pendant l'année 1830. Hector Berlioz compose la Symphonie fantastique. Episode 2 : une overdose qui devait être mortelle.

Hector Berlioz et sa Symphonie fantastique, épisode 2 : Une overdose qui devait être mortelle
Hector Berlioz par Émile Signol (1832) / Mandala

Entre les mouvements trois et quatre de la Symphonie fantastique, Berlioz tente une forme narrative incroyablement audacieuse : son héros fait une tentative de suicide. Terrassé par son désespoir amoureux, il décide de mettre fin à ses jours.

Comment se suicide-t-on en 1830 ? La solution de Berlioz, qui aurait dû être définitive, est dévoilée par Thomas de Quincey en 1822, dans un petit livre qui a rencontré un beau succès européen, les Confessions d’un mangeur d’opium anglais :

Trois respectables pharmaciens de Londres, établis dans des quartiers considérablement éloignés les uns des autres, et chez qui il m’est arrivé d’acheter récemment de petites quantités d’opium, m’ont assuré que le nombre des amateurs d’opium (si je puis les désigner ainsi) était pour lors immense ; et que la difficulté de distinguer ces personnes pour qui l’habitude avait fait de l’opium une nécessité, de celles qui en achetaient dans le dessein de se suicider, était pour eux une source quotidienne d’ennuis et de disputes. […] si bien que, le samedi après-midi, les comptoirs des pharmacies étaient jonchés de pilules d’un, deux ou trois grains, en prévision des demandes du soir.

À cette époque, l’opium était donc vendu en pharmacie sous la forme de pilules. Elles pouvaient servir à tromper la faim, à traverser des délires opiacés… ou à se suicider. Berlioz, dont le père était médecin, était au fait de tout cela. C’est pourquoi, après le troisième mouvement, son héros se suicide, probablement en avalant quelques comprimés. Et voilà l’astuce musicale de Berlioz : trop faible pour le tuer, l’opium conduit son héros vers des visions hallucinogènes.

Berlioz veut une symphonie fantastique, une tendance à la mode en 1830, par exemple dans les Contes d’Hoffman, avec Shakespeare et ses spectres, ou avec Weber et Le Freischütz.

Berlioz veut insuffler une nature similaire de passions, mais dans le monde de la symphonie. Ce seront donc des visions, toutes évoquées par la seule musique. Pour citer Nerval qui a traduit le Faust de Goethe : « cela se serre, cela pousse, cela saute, cela glapit, cela siffle et se remue, cela marche et babille, cela reluit, étincelle, pue et brûle ! ».

Programmation musicale :
Hector Berlioz
Symphonie fantastique
Début du 5e mouvement, Songe d'une nuit de sabbat
Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam (Mariss Jansons, dir.)
RCO 15002

Les invités :