Les Enquêtes musicales de Claude Abromont
Magazine
Lundi 3 juillet 2017
7 min

Hector Berlioz et sa Symphonie fantastique, épisode 1 : Une musique hors norme !

L'enquête musicale de Claude Abromont le conduit cette semaine en France, pendant l'année 1830. Hector Berlioz, alors quasi-inconnu, se lance dans une aventure bien extravagante : la composition d'une pièce hors norme.

Hector Berlioz et sa Symphonie fantastique, épisode 1 : Une musique hors norme !
Hector Berlioz par Émile Signol (1832) / Supplice de neuf émigrés en octobre 1793

La symphonie fantastique bouscule tout, invente une façon nouvelle, excentrique, de raconter une histoire, et de la raconter avec les seuls moyens des rythmes, des hauteurs musicales et des timbres.

Au fil de ses innombrables écrits, et notamment dans ses Mémoires, Berlioz se confie sur les enjeux vitaux qui le travaillent pendant les années de conception de sa symphonie, c’est-à-dire les années qui vont de 1827 à 1830. En premier, il veut démontrer à sa famille qu’il est compositeur. Une réussite professionnelle est hautement recommandée, vitale même pour l’apprenti compositeur…

Mais il souhaite aussi faire la démonstration à ses collègues qu’une musique nouvelle est possible, loin des conventions usuelles. Il veut créer une Musique à programme, une forme narrative de musique. Pour cela, il accompagne sa partition d’un texte, assez bref, qui doit être distribué au public.

Raconter une histoire avec un texte, c’est plutôt facile. Mais Berlioz espère y parvenir avec sa seule musique, ce qui est bien plus ambitieux. Et là, il a eu une trouvaille de génie : utiliser un thème à la façon d’un personnage. Il lui faire vivre des aventures, le promène au sein des paysages les plus variés. Il lui donne même un nom : Idée fixe.

À quoi – ou à qui – correspond cette Idée fixe ? Si l’on suit ce qu’en dit Berlioz, il s’agit de la peinture d’une femme idéale, un modèle de charme et de pureté. Oui, mais Berlioz n’a pas été discret sur l’identité de son modèle, Harriet Smithson, une actrice irlandaise qu’il avait découverte lorsqu’elle interprétait les personnages shakespeariens d’Ophélie et de Juliette. Sa symphonie est donc aussi une arme pour la séduire.

La famille, les collègues, l’amour… c’est évidemment considérable, mais il existe encore une autre dimension, psychanalytique cette fois, cachée sous la folie sonore. Le quatrième mouvement, la Marche au supplice, représente une exécution capitale. Mais que dit précisément le programme ? Que l’artiste rêve qu’il assiste à sa propre exécution. Au sens prosaïque, à la fin du mouvement, le couperet de la lame de la guillotine tombe… et la tête de l’artiste roule. Oui, mais, au sens figuré, ne dit-on pas usuellement qu’un compositeur assiste à son exécution lorsque sa musique est jouée ?

Le programme de la Symphonie fantastique exprime donc simplement l‘envie de devenir compositeur… et le triomphe de la jeunesse.

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