Les Enquêtes musicales de Claude Abromont
Magazine
Mercredi 5 juillet 2017
7 min

Hector Berlioz et la Symphonie fantastique, épisode 3 : Cinquante nuances de Beethoven

L’enquête musicale de Claude Abromont le conduit cette semaine en France, pendant l’année 1830. Et l’ombre de Beethoven plane sur la symphonie qu’Hector Berlioz compose...

 Hector Berlioz et la Symphonie fantastique, épisode 3 : Cinquante nuances de Beethoven
Hector Berlioz par Émile Signol (1832) / Beethoven par Joseph Karl Stieler (1820)

Le 9 mars 1828, à Paris, a lieu l’inauguration de la toute nouvelle société de concerts, la Société des concerts du Conservatoire, que François-Antoine Habeneck vient de créer. Brillant violoniste, compositeur et chef d’orchestre, Habeneck a été l’adjoint du célèbre violoniste Kreuzer, celui-là même à qui Beethoven a dédié sa rayonnante 9e Sonate pour piano et violon : la Sonate à Kreuzer.

Le jeune Hector Berlioz est présent et assiste à la création parisienne de la 3e Symphonie de Beethoven, la fameuse Héroïque. Ce jour reste gravé à tout jamais dans sa mémoire. Avec la rencontre du théâtre de Shakespeare et celle des opéras de Carl Maria von Weber, Beethoven fait partie de ces quelques chocs, presque électriques, qui l’ont conduit à forger son style, si original.

Mais, de façon tout à fait consciente, Berlioz décide qu’il est inutile pour lui de tenter d’aller plus loin dans la même direction que Beethoven. Il se sent au contraire contraint d’innover, d’explorer d’autres horizons. Et pourtant, de façon probablement en partie inconsciente, la musique de Beethoven innerve toute la symphonie qu’il a en chantier. Ces influences ont été fréquemment commentées. Par contre, l’influence suivante est plus discrète… et d’une formidable poésie sonore : l’enchaînement qui mène de la pittoresque scène des paysans, le mouvement 3 de la Symphonie pastorale, à l’orage qui la disperse.

La puissance de ce contraste est renforcée par l’impression soudaine de silence, même s’il n’y a pas de véritable silence, mais de discrets et mystérieux trémolos dans le grave qui laissent lentement émerger une harmonie absolument inattendue. Le tout avec une terrible impression de menace. Il faut tenter de se représenter les oreilles d’un mélomane du XIXe siècle… ou, mieux encore, celles de Berlioz. Le choc de l’orage beethovénien a été pour lui si puissant qu’il a confié ne plus savoir s’il y prenait du plaisir ou si c’était de la souffrance. Il est donc naturel que ces harmonies mystérieuses qui annoncent l’orage hantent le mouvement 3 de Berlioz, sa poétique Scène aux champs…

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