Dimanche 16 août 2020
1h

Jeux truqués et poudre magique

Autour d’une table bancale, dans la fumée d’un tripot, les jazzmen ont chanté les malheurs des joueurs compulsifs. Face à des dés truqués et à des jeux de cartes maquillés, certains ont perdu jusqu’à leur instrument. D’autres l’ont vendu pour quelques grammes de poudre.

Jeux truqués et poudre magique
Ray Charles, © Getty / Paul Natkin

Le jeu a donné du travail du travail aux musiciens de jazz. Les grands casinos avaient leurs orchestres attitrés qui revenaient chaque haute saison. Mais pour mettre l’ambiance dans les cercles clandestins, il fallait aussi de la musique. Loin de l’image du pianiste édenté sur un instrument édenté lui aussi, certains établissements non reconnus avaient les moyens de s’offrir des formations conséquentes. 

Le jeu a aussi mis des carrières en péril. C’est un thème récurrent chez nos jazzmen et bluesmen. En 1931, Jimmie Rodgers chante la plainte d’un joueur qui a perdu jusqu’à ses lacets dans Gambling Polka dot blues. Idem pour Charles Aznavour, dans son savoureux Poker, œuvre de jeunesse d’un artiste qui n’a pas 30 ans. Que ce soient les cartes ou les dés, le hasard n’est jamais du côté du chanteur. Big Chief Ellis implore les dés de faire le bon numéro…en vain, dans ce Dices, dices, où il est accompagné par le guitariste de génie Brownie McGhee. Si Ellis disparaîtra vite, McGhee aura droit à une carrière étincelante. 

Sticks McGhee, moins célèbre que son aîné Brownie
Sticks McGhee, moins célèbre que son aîné Brownie, © Getty / Gilles Petard

Ce n’est pas le cas de Sticks McGhee, son cadet, malheureux en musique, et dans la vie en général. Blessé dans le Pacifique, jamais complètement remis, il achève son existence à 44 ans dans un hôpital pour vétérans. Il laisse à la postérité son Whiskey, women and loaded dice, un titre qui incite presque au vice. 

Cocaïne, LSD et marijuana

Sources d’inspiration inépuisables, qu’elles se fument, s’injectent ou se reniflent… les drogues n’ont pas toujours été interdites. A la fin du XIXe siècle, certaines étaient prescrites par la médecine pour atténuer certaines douleurs. Les musiciens ayant vécu à cette époque sont donc contemporains de ces pratiques, ancrées, pour certains, dans leur quotidien. 

Il ne s’agit de savoir qui était consommateur ou non. Mais d’observer comment les drogues s’intègrent dans les compositions. Avant la Seconde Guerre mondiale, la cocaïne est consommée pour l’amusement. Elle permet la désinhibition et de tenir jusqu’au matin. Georgia White et Ella Fitzgerald exposent cet aspect ludique dans The stuff is here et Wacky dust

Ella Fitzgerald et Chick Webb, qui lança sa carrière
Ella Fitzgerald et Chick Webb, qui lança sa carrière, © Getty / Gilles Petard

Après la guerre, les autorités font la chasse aux drogues sous toutes leurs formes. En 1951, New York lance une grande campagne contre la marijuana. Les compositeurs en chantent moins les vertus supposées, mais mettent en garde contre les effets néfastes. C’est le cas de Marijuana, the devil’s flower. Un même titre pour deux chansons différentes, enregistrées à 20 ans d’écart. Les deux interprètes, Mr. Sunshine et Johnny Price, n’ont laissé aucune autre trace de leur carrière sûrement fulgurante. Découvrez les 1001 façons de chanter les jeux et les drogues dans ce troisième épisode de la saison 2.

Programmation musicale

Ray Charles "The Definitive Ray Charles"
The Cincinnati Kid (Lalo Shiffrin, Dorcas Cochran)
Warner

The Definitive Ray Charles
The Definitive Ray Charles

Louis Armstrong & His Savoy Ballroom Five
Two Deuces (Lil Harding)
Louis Armstrong (trompette), Fred Robinson (trombone), Jimmy Strong (clarinette), Earl Hines (piano), Mancy Cara (banjo), Zutty Singleton (batterie)
Odéon

Louis Armstrong Two Deuces
Louis Armstrong Two Deuces

Charles Aznavour "Charles Aznavour chante... Charles Aznavour"
Poker (Charles Aznavour, Pierre Roche)
Robert Valentino (orchestration)
EMI

Charles Aznavour chante... Charles Aznavour
Charles Aznavour chante... Charles Aznavour

Jimmie Rodgers "The Blues"Gambling polka dot blues (Rodgers, Hall)
Jimmie Rodgers (voix), Ruth Ann Moore (piano)
Frémeaux & Associés

The Blues
The Blues

Sticks McGhee
Whiskey, Women and Loaded Dices (Sticks McGhee)
Sticks McGhee (guitare, voix), Brownie McGhee ? (guitare), Bill Harris (contrebasse)
45 tours King

Sticks McGhee
Sticks McGhee

Big Chief Ellis
Dices !, Dices ! (Ellis)
Big Chief Ellis (piano), Browni McGhee (guitare)
Rounder

Big Chief Ellis
Big Chief Ellis

Napoleon's Emperors
You Can't Cheat a Cheater (Napoleon, Signorelli, Dorsey)
Phil Napoleon (trompette), Tommy Dorsey (trombone), Jimmy Dorsey (clarinette), Frank Signorelli (piano), Eddie Lang (guitare), Joe Tarto (contrebasse), Ted Napoleon (batterie)
78 tours Victor

Napoleon's Emperors
Napoleon's Emperors

Ruth Brown
Jack O'Diamonds (Leiber, Stoller)
Ruth Brown (voix), Willie King ? (saxophone)
45 tours Atlantic

Ruth Brown
Ruth Brown

The Harlem Hamfats
Weed Smocker's Dream (McCoy, Moran)
Herb Morand (trompette), Odell Rand (clarinette), Charles McCoy (voix, mandoline), Joe McCoy (guitare), Horace Malcomb (piano), John Lindsay (contrebasse), Fred Flynn (batterie)
78 tours Vocalion

The Harlem Hamfats
The Harlem Hamfats

Wendell Austin
LSD (Austin)
Wendell Austin And The Country Swings
45 tours Wreck Records

Wendell Austin
Wendell Austin

Mr. Sunshine & His Guitar Pickers
Marijuana, the Devil's Flower (Swanson)
78 tours R.F.D.

Mr. Sunshine & His Guitar Pickers
Mr. Sunshine & His Guitar Pickers

Johnny Price
Marijuana, the Devil’s Flower
78 tours Rexell

Johnny Price
Johnny Price

Georgia White "Reefer Songs - 23 Original Jazz and Blues Vocal"
The Stuff is Here (Hill)
Georgia White (voix), Richard M. Jones (piano), Ikey Robinson (guitare), John Lindsay (contrebasse)
Jass

Reefer Songs
Reefer Songs

Jesse Ed Davis "Ululu"
White Line Fever Jesse Ed Davis (guitare, voix)
Rhino

Ululu
Ululu

Ella Fitzgerald "The Chronological 1938-1939"
Wacky Dust (Adams, Levant)
Ella Fitzgerald (voix), Chick Webb & His Orchestra
Classics

Ella Fitzgerald "The Chronological 1938-1939"
Ella Fitzgerald "The Chronological 1938-1939"

Les frères Ferret "Les Gitans de Paris 1938-1956"
Viper Drink (Viper's Dream) (E. Allen, L. Scott, H. Mann, D. Frye)
Sarane Ferret & le Quintette de Paris, Gilles Bruno ? (violon), Sarane Ferret (guitare solo), Baro Ferret ? (guitare rythmique), Matelo Ferret ? (guitare rythmique), Maurice Vander ? (piano)
Frémeaux & Associés

Les Gitans de Paris 1938-1956
Les Gitans de Paris 1938-1956

Little Willie John
Spasms (Blackwell, Glover)
Lillte Willie John & Chorus
King

Little Willie John
Little Willie John
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