Dimanche 23 août 2020
1h

Bad girls et damnés

Dernier volet de la saison 2 des Bad boys du jazz, et des bad girls. La première partie leur est consacrée : de l’égrillarde Lucille Bogan à Hociel Thomas, la blueswoman meurtrière. La seconde partie ne peut mener…qu'en enfer.

 Bad girls et damnés
Memphis Minnie, figure du blues féminin, ici vers 1928., © Getty / Donaldson Collection

Une moitié d’émission consacrée aux bad girls, c’est peu, même si plusieurs interprètes féminines sont réparties dans les précédents volets. Mais les sources, notamment les enregistrements, sont moins nombreuses à leur sujet. Néanmoins, elles ne sont pas en reste par rapport à leurs collègues masculins. Comme l’an dernier, la guitariste et chanteuse Memphis Minnie ouvre cette partie et se rachète une conscience. En 2019, elle se disait Bad Luck Woman -femme porte-malheur -, en 2020, elle l’assure : I’m not a bad girl.

C’est l’occasion de faire connaissance avec Lucille Bogan, spécialisée dans le répertoire salace, comme Lil Johnson, présentée l’an dernier. En 1935, Bogan a commis un des disques les plus osés de l’histoire du blues : Shave ‘em dry. Il en existe deux versions, la moins diffusable, rare et retrouvée en 1991, a sûrement été enregistrée à la sauvette et distribuée en dehors des circuits traditionnels. Même en anglais, impossible de retenir ce disque dans l’émission.

Quant à la pianiste et chanteuse Hociel Thomas, seuls les disques gravés avec Louis Armstrong en 1925 et 1926 lui ont permis d’échapper à l’oubli total. N’ayant pas réussi à gérer sa carrière, elle n’est retournée en studio qu’en 1946 pour une séance de moindre envergure. Son nom ne réapparaitra que plus dans les journaux, deux ans plus tard, pour un sordide fait divers.

Délices musicaux et infernaux 

Le paradis, c’est bon pour les prêcheurs de gospel. Dans les titres de jazz et de blues, l’enfer, le diable, les démons… reviennent bien plus souvent que les anges et leurs harpes. Beaucoup des musiciens présentés dans ces émissions ont tiré le diable par la queue durant leur vie terrestre. 

Certains allaient jusqu’à s’en réclamer. En 1931, Peetie Wheatstraw, bluesman de Saint-Louis, enregistre The devil’s son-in-law (le gendre du diable), un titre dont il fera son surnom, imprimé sur les étiquettes de ses disques. Irrité par cette utilisation de son image, le diable rappelle Wheatstraw à lui de manière brutale une nuit de 1941. Vers 1937, le guitariste Floyd Council enregistre sous le pseudonyme The devil’s father-in-law (le beau-père du diable), clin d’œil à son collègue de Saint-Louis ou volonté de profiter de sa notoriété. La discographie de ce dernier en bien moins fournie.

l’étiquette d’un disque de Peetie Wheatstraw, auto-proclamé « gendre du diable ». Collection privée Mike Gann
l’étiquette d’un disque de Peetie Wheatstraw, auto-proclamé « gendre du diable ». Collection privée Mike Gann

Le diable s’amuse parfois à mettre des bâtons dans les carrières des musiciens. En 1928, lorsque Sonny Clay et son orchestre, sont chassés d’Australie où ils effectuent une tournée. Une cabale sur fond de drogue et de prostitution mais qui apparaît surtout raciale. En 1959, lorsque Johnny David tente désespérément de profiter du phénomène Gene Vincent et son 45 tours Race with the devil, gros succès discographique. Il a été réédité des dizaines de fois, celui de Johnny David est tombé dans les oubliettes. Les bluesmen et jazzmen ont donné beaucoup de travail à Satan, à tel point qu’il a dû prendre quelques jours de repos. Ironique, Tommy Dorsey a gravé Satan takes a holiday en 1937, morceau tout en finesse avec une partie de batterie confiée à Dave Tough, musicien qui a toujours promené une poisse incroyable.

Programmation musicale

Memphis Minnie
I’m not a bad girl (Lawlar)
Memphis Minnie (voix, guitare), Little Son Joe (guitare)
Okeh

I’m not a bad girl, Memphis Minnie
I’m not a bad girl, Memphis Minnie

Little Junior Parker "The Chronogical Little Junior Parker 1952-1955"
Bad Whiskey, Bad Women (Toub, Parker)
Little Junior Parker (voix, guitare)
Classics Records

The Chronogical
The Chronogical

Lucille Bogan "Super Sisters - Independant Women's Blues"
Coffee grindin’ blues (Lucille Bogan)
Lucille Bogan (chant), Georgia Tom (piano), Tampa Red (guitare)
Rosetta

Super Sisters - Independant Women's Blues
Super Sisters - Independant Women's Blues

Hociel Thomas
Gambler’s dream (Hersal Thomas) Hociel Thomas (chant, piano), Mutt Carey (trompette)
Okeh

Hociel Thomas Gambler’s dream
Hociel Thomas Gambler’s dream

Lee Hazlewood "The Lee Hazlewood Story - 1955-1962"
The girl on death row (Lee Hazlewood)
Lee Hazlewood (voix), Duane Eddy & His Orchestra
Jasmine

The Lee Hazlewood Story - 1955-1962
The Lee Hazlewood Story - 1955-1962

Bessie Smith "BD Music Presents Bessie Smith"
Send Me to the ‘lectric Chair ((G. Brooks aka F. Henderson)
Bessie Smith (voix) & Her Blues Boys :  Joe Smith (cornet), Charlie Green (trombone), Fletcher Henderson (piano)
BD Music

BD Music Presents Bessie Smith
BD Music Presents Bessie Smith

Mundell Lowe "Blues For a Stripper"
Satan in High Heels (Mundell Lowe)
Mundell Lowe (guitare), Clark Terry (trompette), Joe Newman (trompette), Doc Seversinsen (trompette), James Buffington (cornet), Urbie Green (trombone), George "Buster" Cooper (trombone), Walter Levinsky (saxophone alto), Ray Beckenstein (saxophone alto), Al Klinl (saxophone ténor), Al Cohn (saxophone ténor), Sol Schlinger (saxophone baryton), Eddie Costa (piano, vibraphone), George Duvivier (basse), Ed Shaughnessy (batterie)
Fresh Sound

Blues For a Stripper
Blues For a Stripper

Fletcher Henderson And His Orchestra
Hotter Than ‘ell (Fletcher Henderson)

Russell Smith (trompette), Irving Randolph (trompette), Henry Allen (trompette), Claude Jones (trombone), Keg Johnson (trombone), Buster Bailey (saxophone), Russell Procope (saxophone), Hilter Jefferson (saxophone ), Benny Carter (saxophone), Ben Webster (saxophone), Fletcher Henderson (piano), Lawrence Lucie (guitare), Elmer James (contrebasse), Walter Johnson (batterie)
Decca

Hotter Than ‘ell
Hotter Than ‘ell

Stellio "Le créateur de la biguine à Paris - Intégrale chronologique 1929-1931"
Mussieu Satan fâché (Stellio)
Alexandre Stellio (clarinette), Archange Saint-Hilaire (trombone), Ernest Léardée (violon, voix), Victor Collat (violoncelle), Jeanne Rosillette (voix)
Frémeaux & Associés

Stellio
Stellio

Peetie Wheatstraw "The Blues - Saint-Louis, Chicago, New York 1931-1941"
Peetie Wheatstraw’s Stomp (Peetie Wheatstraw)
Peetie Wheatstraw (voix, piano), Charlie McCoy ? (guitare), non-identifié (basse)
Frémeaux & Associés

Peetie Wheatstraw - The Blues
Peetie Wheatstraw - The Blues

Johnny David
Race With the Devil (John McNeill)
DOT

Johnny David A Race With the Devil
Johnny David A Race With the Devil

The Mississippi Sheiks
I'm the Devil
The Mississippi Sheiks : Lonnie Chatman (violon), Bo Chatman (guitare, voix)
Bluebird

The Mississippi Sheiks I'm the Devil
The Mississippi Sheiks I'm the Devil

Sonny Clay & His Orchestra
Devil's Serenade
Sonny Clay (piano), autres membres probables : Ernest Coycault (trompette), W.B. Woodward ou Luther Graven (trombone), Willie McDaniels (batterie). Autres musiciens non-identifiés
Vocalion

Sonny Clay & His Orchestra Devil's Serenade
Sonny Clay & His Orchestra Devil's Serenade

Tommy Dorsey "Anthology of Jazz Drumming 1936-1937"
Satan takes a holiday (Larry Clinton)
Tommy Dorsey & his orchestra
Masters of Jazz

Anthology of Jazz Drumming 1936-1937
Anthology of Jazz Drumming 1936-1937
L'équipe de l'émission :