Mardi 18 juin 2013
1h 25mn

James P. Johnson, avec Louis Mazetier

James P. Johnson, avec Louis Mazetier
James P. Johnson, avec Louis Mazetier

Aujourd'hui nous allons fêter un grand maître du piano, un musicien qui fut un modèle pour les générations suivantes, tout en faisant la synthèse de ce qui existait avant lui, notamment avec le ragtime, je veux parler du pianiste et compositeur James P. Johnson. Né dans le New Jersey en 1894, mort à New York en 1955, ce musicien influent est avant tout un pianiste très accompli, « le meilleur de Harlem ». C'est à ce titre qu'il pose en quelque sorte les bases du style « stride » qui va faire école, et se propager très largement tout d'abord via les rouleaux de piano, notamment avec sa célèbre composition Carolina Shout, puis par les disques. Dans une veine radicalement différente de celle de son aîné louisianais Jelly Roll Morton, et davantage encore que ses aînés Luckey Roberts et Eubie Blake, auxquels il emprunte quelques traits, James P. Johnson constituera ainsi une référence incontournable jusqu'aux pianistes du bebop, Thelonious Monk et Bud Powell en tête, et bien sûr il marquera profondément ses plus proches cadets, de Duke Ellington à Earl Hines en passant par Fats Waller et Count Basie. Accompagnateur recherché, notamment par les chanteuses comme Bessie Smith ou Ethel Waters, James P. Johnson se révèle également compositeur, pas seulement auteur de thèmes ou de chansons comme nombre de musiciens de jazz, mais aussi compositeur pour l'orchestre - il y consacrera d'ailleurs plusieurs années de sa vie, avec une réussite mitigée. Et pour évoquer cette grande figure du jazz de la première moitié du vingtième siècle, j'ai le plaisir de recevoir à nouveau dans cette émission le pianiste Louis Mazetier, qui est déjà venu dans ce studio parler de Fats Waller et d'Art Tatum. D'une certaine manière aujourd'hui nous retournons donc aux sources de ces deux grands pianistes, avec leur prédécesseur James P. Johnson.

Invités

Louis Mazetier

Louis Mazetier est né à Paris le 1er février 1960.

Dès 1967 il prend ses premiers cours de piano à Aubusson où la famille s'est installée depuis un an.

C'est vers 1974 que Louis a son premier "coup de foudre" avec la découverte fortuite de Fats Waller, et il se met alors sérieusement au travail en autodidacte pour reproduire les disques d'oreille. Le "virus" du Jazz est là, la passion est née ! Louis assimile avidement et pêle-mêle la musique des grands pianistes Stride. Fats, bien sûr, James P. Johnson, Willie Smith, mais aussi Jelly Roll Morton, le Boogie Woogie, le Blues, Earl Hines, Teddy Wilson et Art Tatum : les maîtres du piano Jazz. Plus tard, viendront les influences d'Erroll Garner, Hank Jones, Jimmy Rowles, Bud Powell, Oscar Peterson et Bill Evans.

En 1977, Louis "monte" à Paris pour poursuivre ses études : Math Sup puis Médecine. Il découvre les clubs de Jazz où il fait d'abord "le boeuf" avant de devenir pianiste de quelques orchestres amateurs.

En 1978, Louis se produit dans de nombreux clubs de Jazz (la London Tavern, le Caveau de la Huchette, le Slow Club, le Petit Journal, la Louisiane, le Cambridge, etc...) et fait ainsi la connaissance des musiciens Parisiens.
En 1983, une grande rencontre, celle de François Rilhac qui devient son ami et son complice. Ils mettent alors au point un duo de piano stride original qui rencontre tout de suite un immense succès auprès du public et des musiciens, et où la joie de jouer, le swing et la musicalité alliés à une technique exemplaire scellent une complicité magique.

C'est aussi à cette époque que Louis rejoint l'orchestre de Gilbert Leroux dont il restera le pianiste pendant plus de 10 ans.
En 1988, Louis Mazetier forme avec Patrick Saussois (guitare) et Enzo Mucci (contrebasse) un trio qui accompagnera notamment Maxime Saury et Benny Waters.

Parallèlement naît l'orchestre Paris Washboard qui réunit Daniel Barda au trombone, Alain Marquet à la clarinette, Gilbert Leroux puis Gérard Bagot au washboard et bien sûr Louis au piano. Cet orchestre à l'instrumentation originale est l'un des orchestres français les plus demandés à l'étranger où il effectue régulièrement concerts et tournées et remporte toujours un grand succès.

Après plus de 20 ans d'existence, cet orchestre garde une fraîcheur et un punch juvéniles.
Depuis 1991, Louis développe une activité de pianiste soliste qui met en valeur un jeu subtil, sensible, puissant, et un style personnel où l'influence du piano stride se conjugue avec celle d'Art Tatum et des pianistes plus modernes.

En 1992, l'Académie du Jazz lui décerne le prix Sidney Bechet du meilleur musicien de Jazz traditionnel ainsi que le prix Bill Coleman du meilleur disque. D'autres prix de l'académie du Jazz et du Hot Club de France viendront récompenser des disques en solo ou avec Paris Washboard dans les années 2000.

Louis Mazetier est l'un des seuls pianistes au monde capables de jouer le répertoire du Piano Jazz dit "traditionnel" (d'avant le Be Bop). Ce talent rare fait de lui un pianiste très recherché. Il est aussi compositeur de plusieurs morceaux originaux et a redigé de nombreux articles pour diverses revues de Jazz.

Depuis 2000, Louis a joué avec les plus grands musiciens de Jazz "classique" américains (Dick Hyman, Peter Ecklund, Warren Vache, Ken Peplowski, Jake Hanna, Evan Christopher, etc...) et a fait des concerts dans le monde entier. Il a à son actif plus de quarante disques en solo, en orchestre ou en duo de piano avec Neville Dickie, Dick Hyman, Bernd Lhotzky ou Jeff Barnhart.

Louis met ses dons d'improvisateur, sa musicalité, sa formidable technique et sa profonde connaissance du Piano Jazz Classique au service de la musique des plus grands : Fats Waller, Duke Ellington, James P. Johnson, Willie "The Lion" Smith, Jelly Roll Morton, Don Lambert, Art Tatum. Il interprète aussi à sa manière avec art et passion les plus grands standards du Jazz (George Gershwin, Cole Porter, Jérôme Kern, Harold Arlen, Irving Berlin etc...° et garde toujours une place pour quelques compositions personnelles et pour le Blues le plus pur dans ses récitals.

Programmation musicale

James P. Johnson (1894-1955)
Carolina Shout (« From Spirituals To Swing »)
James P. Johnson, piano
Vanguard 3VCD 169/171-21938

Luckey Roberts (1887-1968)
Pork and Beans (Scott Joplin « BD Jazz »)
Luckey Roberts, piano
BD Jazz JZBD02421 mai 1946

Luckey Roberts (1887-1968)
Pork and Beans (Document inédit collection Mazetier)
James P. Johnson, piano
24 déc 1938

Eubie Blake (1887-1983)
Ragtime Rag (Troublesome Ivories) (Eubie Blake « The Wizard of the Ragtime Piano »)
Eubie Blake, piano / Panama Francis, batteur
1958

James P. Johnson (1894-1955) / Creamer
Harlem Cho'late Babies on Parade
James P. Johnson, piano
Vogue

James P. Johnson
You've Got To Be Modernistic (James P. Johnson « Snowy Morning Blues »)
James P. Johnson, piano
Decca GRP 1604221 janvier 1930

Spencer Williams (1889-1965)
Arkansas Blues (« 2nd Esquire Concert »)
James P. Johnson, piano / Richard Alexis, contrebasse
For Discriminate Collector FDC 1008-100917 janvier 1945

James P. Johnson (1894-1955)
Charleston (Dick Hyman « Jelly and James »)
Ruby Braff, cornet / Bob Wilber, saxophone soprano / Vic Dickenson, trombone
Bob Haggart, contrebasse / Everett Barksdale, banjo / Bob Rosengarden, batterie
Dick Hyman, piano et direction
Sony Masterworks MDK 5255221 mai 1975

James P. Johnson (1894-1955)
If I Could Be With You One Hour Tonight (Dick Hyman « Jelly and James »)
Ruby Braff, cornet / Dick Hyman, orgue Baldwin
Sony Masterworks MDK 5255229 avril 1975

James P. Johnson (1894-1955) / E. Miller
You Can't Lose A Broken Heart (Billie Holiday « Lady's Decca Days Volume Two »)
Billie Holiday, voix / Louis Armstrong, voix
Sy Oliver Orchestra
MCA Records 256 191-230 sept 1949

James P. Johnson (1894-1955)
Old Fashioned Love (« Les Succès originaux de La Nouvelle-Orléans »)
Sidney Bechet, saxophone soprano / Mezz Mezzrow, clarinette / Vernon Brown, trom
James P. Johnson, piano / Bernard Addison, guitare / Pops Foster, contrebasse
Accord 30123215 février 1947

James P. Johnson (1894-1955)
The Mule Walk (James P. Johnson « From Ragtime To Jazz »)
James P. Johnson, piano
Columbia CBS 465651 214 juin 1939

James P. Johnson (1894-1955)
Harlem Symphony (1932) - I. Subway Journey
The Concordia Orchestra
Marin Alsop, direction
Nimbus Records NI 27451992-1994

Bessie Smith (1894-1937)
Dirty No-Gooders Blues
Bessie Smith, chant / James P. Johnson, piano
1er oct 1929

J. C. Johnson / Andy Razaf
Lonesome Swallow
Ethel Waters, chant / James P. Johnson, piano
Columbia 14411-D21 août 1928

Richard Rodgers / Lorenz Hart
Thou Swell (« Classic Jazz Piano »)
Jabbo Smith, trompette / Garvin Bushell, saxophone alto /
Fats Waller, orgue / James P. Johnson, piano
Bluebird ND8675427 mars 1928

Jimmy McHugh (1894-1969)
Harlem River Quiver (Duke Ellington « Complete Edition, Volume 3, 1927-1928 »)
Duke Ellington, Harry Carney, Tricky Sam Nanton, Louis Metcalf
Duke Ellington Orchestra
Masters of Jazz MJCD 2510 déc 1927

Sam Lewis / Joe Young / Harry Akst
Dinah (Thelonious Monk « Monk Alone »)
Thelonious Monk, piano
Columbia C2K 654952 novembre 1964

Chris Smith / Henry Troy / Clarence Williams
Cake Walking Babies From Home (Dick Hyman / Louis Mazetier « Barrel of Keys »)
Dick Hyman, Louis Mazetier, deux pianos
Jazz Connaisseur JCCD 0140-22001

L'équipe de l'émission :