Lundi 26 octobre 2015
1h 13mn

L'invité : Georges Aperghis

Le compositeur s'est vu décerner le Lion d’Or par la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière. Il vient également annoncer le Grand Soir du 4 décembre à la Philharmonie 2 avec l’Ensemble Intercontemporain.

Le billet d'Arnaud Merlin

Dans notre petite histoire de la musique, le hasard des dates de naissance nous fait associer naturellement des personnalités diverses, par effet de génération : il en est ainsi, par exemple, pour l’année 1685 qui voit naître à la fois Bach, Scarlatti et Handel… On parle aussi abondamment de la génération 1810, qui englobe Mendelssohn, né en 1809, Chopin et Schumann, nés en 1810 et Franz Liszt, en 1811… Et pour le vingtième siècle on a beaucoup glosé sur la génération 1925, celle qui a eu vingt ans en 1945, donc, mais à bien y regarder on trouve dans les compositeurs nés dans les années 1920 à 1930, si l’on élargit un peu le spectre à la décennie, des musiciens aux orientations esthétiques très différentes, voire contradictoires. Hélas un bon nombre de ces compositeurs nous ont quittés, je pense à Bruno Maderna, à Xenakis, à Ligeti, Nono, Berio, Boucourechliev, Henze, Donatoni, Jean Barraqué, Stockhausen, Luc Ferrari ou encore Henri Pousseur, mais heureusement Klaus Huber, Pierre Boulez, Betsy Jolas, Kurtag, Pierre Henry et George Crumb sont encore parmi nous. Pourtant, si l’on a largement célébré les 90 ans de Pierre Boulez, en cette année 2015, on a sans doute moins pensé à Luciano Berio qui aurait eu le même âge samedi dernier, il était né le 24 octobre 1925. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, France Musique s’est mise aux couleurs de Luciano Berio, chacun à sa manière… Pour ma part, j’ai demandé à mon invité du soir, Georges Aperghis, de témoigner de sa relation avec Luciano Berio en choisissant une de ses œuvres, il nous en a proposé deux, d’une part Circles, avec Cathy Berberian, et d’autre part une petite pièce pour violoncelle sans doute moins connue, c’est encore une histoire d’anniversaire, le compositeur, Luciano Berio, écrivait : « c’est en 1979 que j’ai écrit ce récitatif pour violoncelle solo, à l’occasion du 80e anniversaire de Paul Sacher et il a été exécuté pour la première fois par Mstislav Rsotropovitch en avril 1979 », c’est donc cette petite pièce que nous avons choisi de vous faire écouter, Les Mots sont allés, et bien sûr on en reparle après l’écoute, avec Georges Aperghis…

Luciano Berio (1925-2003)
Les mots sont allés
Vittorio Ceccanti, cello
Enr. 1995
Arts 47376-2

Le reportage de Pierre Rigaudière

"Le son de la mémoire" à la Biennale de Venise

La programmation musicale de l’édition 2015 de la Biennale de Venise était focalisée sur « le son de la mémoire ». Le compositeur Ivan Fedele, bien connu en France pour y avoir enseigné et y être régulièrement joué (on le retrouvera d’ailleurs au festival Présences 2016), explique les raisons de ce choix.

L'invité : Georges Aperghis

► Le 30 mars 2015, Georges Aperghis s'est vu décerner le Lion d'Or pour l’ensemble de sa carrière par la Biennale de Venise. Site de la Biennale de Venise (anglais).
► Le vendredi 4 décembre, l'Ensemble Intercontemporain sous la direction de Baldur Brönnimann consacre un Grand Soir au compositeur à la Philharmonie 2.
Informations et réservations sur le site de la Philharmonie de Paris.

Né d’un père sculpteur et d’une mère peintre, Georges Aperghis hésite longtemps entre l’expression plastique et la composition. Essentiellement autodidacte, il découvre la musique grâce à la radio et aux cours de piano que lui donne une amie de la famille.

S'installant à Paris en 1963, Aperghis s'initie au sérialisme du Domaine Musical, à la musique concrète de Pierre Schaeffer et de Pierre Henry, aux recherches de Iannis Xenakis dont il s'inspire dans ses premières œuvres, avant, à partir de 1970, d’élaborer un langage plus libre et plus singulier.

La Tragique Histoire du nécromancien Hiéronimo et de son miroir, sa première pièce de théâtre musical en 1971, lie étroitement la musique au texte et à la scène et préfigure sa recherche d’une dramaturgie musicale originale qu’il poursuit jusqu’à aujourd’hui. En 1976, Georges Aperghis crée l'Atelier théâtre et musique, Atem, siégeant à Bagnolet puis au théâtre des Amandiers de Nanterre (de 1992 à 1997), consacré au théâtre musical. Il renouvelle son travail de compositeur, qui, selon sa devise, doit « faire musique de tout », en même temps qu’il invente de nouvelles formes de travail où se rencontrent musiciens, chanteurs aussi bien que comédiens et artistes plastiques. Ses pièces intègrent les éléments vocaux, instrumentaux, gestuels, narratifs et scéniques dans un cadre expressif unique. Les Récitations (1978), pour soprano solo, explorent tous les affects, toutes les expressions humaines. L’élaboration musicale et l’émergence d’un langage signifiant saisi en son état naissant, progressent de pair, par la répétition de bribes textuelles et de cellules sonores, arrangées comme des jeux de construction se jouant de l’attente et du sens. Un grand nombre d’œuvres de théâtre musical jalonnent ce parcours, parmi lesquelles l'opéra Je vous dis que je suis mort (1978), le Sextuor L'Origine des espèces (1992), ou Machinations (2000).

C'est à l'opéra qu'il réalise la synthèse de ses travaux expérimentaux : ici le texte est l'élément fédérateur et déterminant, la voix, le principal vecteur de l'expression. Il a composé huit œuvres lyriques, dont Avis de Tempête (2004), créé à l'opéra de Lille, qui reçut le Grand Prix de la critique en 2005.

Il compose également de nombreuses pièces pour instruments seuls, des œuvres de musique de chambre, vocales, pour orchestre. Sa musique instrumentale même comporte des éléments théâtraux ou verbaux, comme le suggère le titre des pièces Quatre Récitations pour violoncelle (1980).

Plus d’une centaine de pièces compose son catalogue. L'année 2000 a été marquée par deux créations, entendues à travers toute l'Europe : Die Hamletmaschine-Oratorio, sur un texte de Heiner Müller et le spectacle musical Machinations, commande de l'Ircam, qui s'est vu décerner par la Sacem le Prix de la meilleure création de l'année.

En 2004, outre l’opéra Avis de Tempête, il compose Dark side, d'après l'Orestie d'Eschyle. L'été 2006 voit la création de la Wölfli Kantata sur des textes d'Adolf Wölfi et de Contretemps. En décembre 2007 est créé Le petit poucet d’après le conte éponyme de Charles Perrault, en collaboration avec le vidéaste-plasticien Hans Op de Beeck. En mai 2010, l'Opéra comique de Paris crée Les Boulingrin, opéra-bouffe mis en scène par Jérôme Deschamps, d'après Georges Courteline. En juin 2011 est créé Luna Park, commande de l'Ircam-Centre Pompidou et du festival d'Automne à Varsovie, sur un texte de François Regnault, drame sur la confrontation de deux mondes, l'un réel et l'autre virtuel.
Biographie issue du site de l'Ircam

Le site de Georges Aperghis

► Programmation musicale :

Georges Aperghis (né en 1945)
Situations - IV
Klangforum Wien
Emilio Pomarico, direction
Enr. Donaueschigen, 20 octobre 2013
Neos Music 11411-14

Georges Aperghis (né en 1945)
Avis de tempête – Avis 1
Donatienne Michel-Dansac, soprano
Johanne Saunier, actrice et danseuse
Lionel Peintre, baryton
Romain Bischoff, baryton
Ictus
Georges-Elie Octors
, direction
Cypres CYP5621

Georges Aperghis (né en 1945)
Hamletmaschine Oratorio - II
Jean-Pierre Droue t, percussion
Françoise Kubler, soprano
Vincent Le Texier, baryton
Jean-Marc Salzmann, baryton
Geneviève Strosser, alto
SWR Vokalensemble Stuttgart
Ensemble Ictus
Georges-Elie Octors, direction
Enr. 2001 (Stuttgart)
Cypres CYP5607

Georges Aperghis (né en 1945)
Wölffli Kantata – V. Von der Wiege bis zum Graab, pour solistes et choeur
Neue Vocalsolisten Stuttgart
SWR Vokalenensemble Stuttgart
Marcus Creed, direction
Cypres CYP5625

► Réécoutez pendant 30 jours le concert diffusé en première partie de soirée dans les Lundis de la contemporaine : Portrait de la compositrice Unsuk Chin

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