Lundi 22 février 2016
5 min

Victoires de la musique classique : Claire Chazal et Frédéric Lodéon, ambassadeurs du classique à la télévision

La 23e édition des Victoires de la musique classique se tient ce 24 février à la Halle aux Grains de Toulouse. C'est l'une des rares émissions consacrées au classique à être diffusée à une heure de grande écoute. Y aurait-il donc un problème du classique à la télévision ? On a demandé leur avis aux présentateurs de la soirée : Frédéric Lodéon et Claire Chazal.

Il semble toujours compliqué de marier la télévision à la musique classique. A part quelques diffusions d'opéras très tard le soir sur France Télévisions, sur Arte ou l'émission de télécrochet Prodiges sur France 2, le classique se fait plutôt rare sur le petit écran. Les Victoires de la musique classique est l'une des rares émissions à être diffusée à une heure de grande écoute. Mais pourquoi le classique a-t-il du mal à se faire une place à la télévision ? Place qu'il a su occuper à une certaine époque.

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Pour Frédéric Lodéon, "c'est la société française dans son ensemble qui a un problème avec la musique classique ! " La voix bien connue des auditeurs de France Musique déplore que "l'intelligentsia ne soit pas passionnée par la musique, nos gouvernants non plus. Il y a une ambiance générale qui fait passer la musique classique pour quelque chose d'élitiste ". Frédéric Lodéon pense que c'est tout l'inverse. "Je me tue à dire que le classique est un trésor de l'humanité que nous devons préserver à tout prix. Les compositeurs ont sacrifié leur existence pour nous le léguer et on entend trop souvent que c'est seulement réservé à quelques uns. C'est faux. Ceux qui disent cela sont des paresseux qui ne veulent pas se donner la peine d'entrer dans ce monde merveilleux. C'est aussi bête et incroyable que de dire : Zola et Hugo sont élitistes, ne les lisons pas ".

Evidemment le présentateur de Carrefour de Lodéon ne le sait que trop bien. La télévision n'obéit qu'à une seule règle : celle de l'audience. Et force est de constater que la musique classique n'est pas ce qui se conjugue le mieux avec les parts d'audience. Mais hors de question d'arrêter le combat pour l'homme de radio. "Bien sûr, nous n'aurons jamais autant d'audience que certaines émissions populaires voire populistes. Ces émissions où l'on ricane grassement. On ne déversera jamais un paquet de nouilles dans le slip d'un des participants des Victoires de la musique classique, comme la mode l'impose maintenant ! J'espère au contraire que ce qui est la gloire de l'humanité c'est justement son esprit et sa culture. Il faut partager ce bonheur que nous avons la chance de connaître par l'éducation, par nos parents ou par le hasard. J'ai coutume de dire qu'un repas s'apprécie toujours mieux quand on est plusieurs autour de la table plutôt que tout seul ".

Pour la 15e année consécutive, Frédéric Lodéon présentera les Victoires de la musique classique avec la même énergie. Pour Claire Chazal, par contre, il s'agira d'une grande première. Celle qui fût présentatrice du journal télévisé de TF1 pendant 24 ans entame un nouveau chapitre de sa carrière. Après son éviction de la "Une", la journaliste opère désormais sur le service public, avec Entrée libre, une émission culturelle sur France 5. Claire Chazal reconnaît avoir été "très suprise " d'avoir été contactée pour présenter les Victoires de la musique classique. "Je ne suis pas une spécialiste, j'aime beaucoup la musique classique bien sûr mais je viens d'une chaine où la place accordée à la musique est plutôt mince. Mais quand France 3 me l'a proposé, j'ai tout de suite accepté. Ce sont des grands moments de communion autour des compositeurs, des interprètes confirmés ou des jeunes talents. C'est une soirée que je regardais assez régulièrement. J'y ai vu l'occasion d'exprimer mon bonheur d'écouter de la musique classique, tout simplement ".

Claire Chazal eut toujours à coeur de parler de culture dans ses JT. C'était d'ailleurs l'une des rares, voire la seule à le faire sur TF1. C'est donc en toute logique que la suite de sa carrière soit tournée vers les arts. Elle plaide pour une plus grande place de la culture à la télévision mais tout en assumant la finalité grand public, quasi imposée par les chaînes.

"Chasser l'élitisme ce n'est pas aller vers la médiocrité. Au contraire, c'est amener le plus grand nombre à communier dans un art qui nous élève au-dessus de notre condition d'être humain. On s'y accroche d'autant plus que le monde qui nous entoure est parfois effrayant, parfois violent. C'est sans doute l'un des rares moyens de sortir de ce brouillard, de cette obscurité. Je cherche dans les émotions artistiques une façon de m'échapper d'un quotidien qui est parfois inquiétant".

S'échapper d'un quotidien, c'est également ce qu'a fait Claire Chazal en arrêtant, malgré elle, la présentation du JT. Mais la journaliste se sent totalement en phase avec elle-même. Elle s'est recentrée sur ses passions personnelles : la danse, l'opéra, le théâtre, le cinéma, etc. Certaines rumeurs évoquent un possible retour de l'émission phare de Jacques Chancel, Le Grand échiquier, avec Claire Chazal à la présentation. Ce qui ne serait pas pour lui déplaire.
En attendant, nous pourrons regarder et écouter ses premières Victoires de la musique classique qu'elle co-présentéra avec Frédéric Lodéon, mercredi à 20h55, en direct sur France 3 et France Musique.

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