Mardi 20 janvier 2015
14 min

Une rentrée littéraire bousculée par une actualité tragique

Les attentats à la rédaction de Charlie Hebdo et dans une supérette Hyper Cacher de la Porte de Vincennes à Paris ont ébranlé jusqu'au monde littéraire. Instantanément, écrivains et intellectuels ont manifesté stupeur, effroi... mais aussi leur volonté de prendre la plume pour ne pas laisser le silence des mots, et de la pensée, s'installer. Retour sur ces réactions avec le romancier, journaliste et blogueur Pierre Assouline.

C'est une vague à double déferlement qui a frappé le monde des lettres françaises en janvier. Le premier a pour traits un écrivain aussi incontournable que polémique : Michel Houellebecq. Situé dans la France de 2022, son dernier roman Soumission (Flammarion) met en scène une France régie par la loi islamique suite à la victoires aux élections présidentielles du candidat de la "Fraternité musulmane". Le personnage principal, professeur de lettres à la Sorbonne et spécialiste du décadent Joris-Karl Huysmans, se coule avec une superbe indifférence dans une société où les femmes doivent désormais renoncer à toute vie professionnelle et se soumettre à la polygamie.

Farce? Scénario à l'humour douteux? Oeuvre de fiction littéraire où, par définition, tout est permis? Des avis partagés se sont succédés, échangés, entre critiques et écrivains.

Le débat a pris un tour nouveau depuis le 7 janvier, jour où des terroristes ont attaqué à Paris la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo ainsi que, les jours suivants, une policère et les clients d'une supérette cacher, faisant en tout 17 morts. Les trois meurtriers se réclamaient en effet de l'islam et d'un "Prophète" prétenduement "vengé".

Avec Pierre Assouline, romancier, journaliste et auteur du blog "La République des livres", Vincent Josse et Jean-Baptiste Urbain s'interrogent sur les conséquences de ces événements sur une rentrée littéraire dont les hiérarchies se sont trouvées bousculées. L'occasion également d'ouvrir sur la portée de la littérature, alors même que la réalité semble tragiquement emporter la fiction.

Y a-t-il impact sur les ventes? Les lecteurs? Voltaire et son Traité sur la tolérance se fraieraient même un chemin parmi les têtes de ventes...

Que peut apporter la littérature face à de tels événements ? Les écrivains sont-ils les mieux placés pour réagir, comprendre, expliquer, peut-être même juger ? L'édition du Monde des livres datée du 16 janvier et intitulée "Ecrivains face à la terreur" montre des auteurs partagés entre une langue "impuissante à dire, réparer, à représenter l’événement" (Karine Tuil), une littérature apte à "détricoter" les peurs et les fantasmes (Christine Angot), et la responsabilité de l'écrivain à "s’intéresser au sens des mots qui prétendent dire les événements" (Olivier Rolin).

Entre sidération et désir de réaction, de compréhension, la littérature n'en a pas fini d'avoir son mot à dire.

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