Lundi 26 janvier 2015
14 min

Un collectif de chanteurs en colère contre la Philharmonie de Paris

Le collectif Colère Lyrique s'indigne que la Philharmonie de Paris accueille comme choeur résident, celui de l'Orchestre de Paris dont les 235 chanteurs sont amateurs, et donc non rémunérés. Leur pétition dénonce une "concurrence déloyale absolument insupportable". Invité : Loïc Pierre, directeur artistique de choeur Mikrokosmos.

C'est l'une des dernières polémiques liées à l'ouverture de la Philharmonie de Paris. Une pétition a été lancée pour contester le fait que la nouvelle salle accueille en résidence le choeur de l'orchestre de Paris, un choeur amateur dont les 235 chanteurs ne perçoivent pas de salaire. Les contestataires se sont regroupés autour d'un collectif baptisé Colère lyrique. Ils dénoncent une concurrence déloyale pour les choeurs professionnels.

Invité : Loïc Pierre, fondateur et directeur artistique du choeur Mikrokosmos.

Ils sont chanteurs lyriques, travaillent au cachet pour des choeurs d'opéra en province ou pour certains concerts symphoniques et ils sont en colère. Ils sont 8 et bientôt 9 à faire partie de ce collectif Colère Lyrique et ce qui leur semble insupportable, c'est que la Philharmonie de Paris soit devenue le lieu de résidence de l'Orchestre de Paris et par conséquent de son choeur.

Un ensemble vocal composé de 150 adultes et 85 enfants tous amateurs et donc non rémunérés. Chose plutôt normale pour la grande majorité des choeurs en France qui donnent 2 ou 3 concerts par an. Mais ce qui l'est moins, estime le collectif, c'est que le choeur de l'orchestre de Paris a le même rythme d'activité qu'un ensemble professionnel. "Cette saison, le choeur de l'Orchestre de Paris donnera 10 représentations à la Philharmonie" explique cette chanteuse membre de Colère Lyrique et qui préfère rester anonyme. "C'est bien au-delà de ce qui devrait être le rythme d'un choeur amateur ".

Le collectif estime qu'il est anormal que tout le monde soit rémunéré lors d'un concert à la Philharmonie : l'orchestre, les techniciens, les ouvreurs, etc, sauf les choristes. "Les seuls qui ne sont pas payés sont les chanteurs du choeur, c'est de la concurrence totalement déloyale pour ceux qui essaient d'en faire leur métier et d'en vivre ", s'indigne la chanteuse.

Ce que pointe également le collectif, c'est la dépense hors norme consentie pour construire le bâtiment, c'est-à-dire un peu plus de 380 millions d'euros. "Nous nous étonnons de constater qu'aucun fonds n'a été prévu pour rémunérer des chanteurs voire de créer un choeur au sein de la Philharmonie. Cela paraît complètement absurde qu'une telle dépense de fonds publics ne serve pas à créer de l'emploi ".

Du côté de l'Orchestre de Paris, on s'étonne de cette polémique. "Le choeur a été créé en 1976 par Daniel Barenboim et il résidait depuis à la salle Pleyel. Alors pourquoi se mettre en colère seulement maintenant " se défend Bruno Hamard, directeur général de l'Orchestre de Paris. M. Hamard rappelle également le fait que l'union entre musiciens professionnels et amateurs est courante et permet d'élargir l'accès à la pratique musicale. "Nous investissons dans de nombreuses heures de cours de chant et c'est garantissant cet accès à la pratique de la musique que nous contribuons à convaincre le public de demain et former les futurs artistes ".

La direction de l'Orchestre de Paris précise également que la Philharmonie a programmé 14 choeurs professionnels cette saison et l'équilibre est sain. Ce à quoi le collectif répond qu'au total, 48 représentations avec choeur sont prévus jusqu'à l'été 2015 et seulement 18 seront assurées par des professionnels.

Le collectif appelle à ce qu'une nouvelle loi vienne enfin mieux encadrer les pratiques amateurs. Pour l'instant, elles sont régies par une annexe datant de 1953, et qui commence à ne plus être adaptée à la réalité de 2015. L'annexe précise que les troupes d'amateurs pourront donner jusqu'à trois spectacles payants par an, bien moins que les 10 représentations du choeur de l'Orchestre de Paris seulement à la Philharmonie cette saison.

En 2013, des négociations avaient débutées mais sans aboutir. Il était notamment question d'interdire toute forme de bénévolat dans la culture. Des acteurs comme le parc d'attractions du Puy du Fou était monté au créneau et les négociations en étaient restées là. Mais voilà qu'en 2015, elles font leur retour dans le cadre du projet de loi sur la création artistique. Le collectif Colère Lyrique epère donc qu'un débat s'ouvrira et compte bien y participer.

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