Mercredi 6 avril 2016
8 min

Sur les pas de Yehudi Menuhin au festival de Ville d'Avray

Pendant le weekend de Pâques, un festival hommage à Yehudi Menuhin a été organisé à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine). Le violoniste est citoyen d’honneur de la ville, où il a résidé avec sa famille pendant 5 ans, de 1930 à 1935. Reportage.

Depuis longtemps, Ville-d’Avray entretient une histoire forte avec l’art et la culture. Le peintre Corot y a commencé sa carrière, Boris Vian y a vécu, et bien sûr Yehudi Menuhin. Le festival en hommage à ce dernier est né de l’idée d’Isabelle Cottet, une jeune pianiste qui étudie à Berlin. Elle souhaitait organiser un événement pendant les fêtes de Pâques, et, avec l’Association des Concerts de la ville, célébrer le centenaire du violoniste s’est naturellement imposé : « Tout a débuté il y a tout juste un an, lorsque j’ai joué ici et que j’ai trouvé l’endroit magnifique. Il y avait énormément de potentiel. Je voulais vraiment que ce soit un festival où les gens puissent se rencontrer, échanger, un lieu de partage, entre le public et les musiciens, avec les professeurs et les élèves. On a eu des idées, des remarques, des commentaires de partout, le festival s’est vraiment construit grâce aux gens qui étaient enthousiasmées par le projet. »

La jeunesse au cœur du festival

La programmation du festival était variée, avec une exposition autour du musicien constituée de photographies et des archives, mais aussi une master-class donnée par Stéphane Picard, la projection du film Le violon du siècle de Bruno Monsaingeon, des concerts, et la lecture du conte Yehudi Menuhin l’enfant magicien. Destiné aux enfants, il raconte la vie du violoniste et était présenté le samedi par son auteur, Marianne Poncelet. Vice-présidente de la Fondation Internationale de Yehudi Menuhin, elle a lancé, en 1993, un programme européen pour permettre aux artistes de venir dans les écoles primaires.

Marianne Poncelet explique qu’en effet pour le musicien, il était primordial que chaque enfant ait accès à la musique dès le plus jeune âge : « Menuhin était convaincu qu’avant d’apprendre des disciplines plus intellectuelles telles que les mathématiques et les sciences, l’enfant devait d’abord chanter et danser pour pouvoir exprimer ses émotions, bouger son corps à travers la danse, respirer selon un certain rythme… Il était persuadé que c’est cela qui apporterait l’équilibre émotionnel à l’enfant, avant de plonger dans d’autres disciplines. »

Une place particulière était accordée à la jeunesse pendant le festival, pour rester dans l’esprit de celui qui a lui-même été un très jeune prodige. Les concerts étaient donnés par des artistes tous âgés de moins de trente ans, comme Guillaume Chilemme. Violoniste, il a rédigé son mémoire sur trois interprétations de la Chaconne de Bach par le virtuose : « Menuhin c’est un exemple lumineux pour tous les musiciens de notre génération ». Et lorsqu’on lui demande si Yehudi Menuhin est intégré dans les programmes d’apprentissage du violon, si les professeurs le citent régulièrement, c’est en riant qu’il répond : « Oui, parfois d’ailleurs en mauvais exemple. Il jouait sublimement bien, mais avec une position de main droite très particulière, qui lui a valu d’ailleurs des douleurs et des soucis de santé. Donc parfois on nous parle de cet aspect postural que l’on doit éviter, mais pour tout le reste c’est bien sûr un exemple d’interprétation et de générosité ».

Un artiste très accessible

Cette image d’un homme généreux, inspirant, était partagée par le public du festival. Beaucoup venaient de Ville-d’Avray et connaissaient la maison de Yehudi Menuhin rue Pradier. Pour eux, il était important que la ville rende enfin hommage à l’artiste, que certain ont eu la chance de rencontrer. C’est le cas d’Anne-Sophie, qui garde le souvenir d’un homme facile à approcher : « C’était il y a une vingtaine d’année, je l’ai croisé avec une tante qui habitait à Lourmarin où il devait donner un concert. Lorsqu’elle est allée vers lui en disant ‘Maitre, Maitre, c’est formidable ce que vous faites’, il lui répondu ‘Surtout pas maitre, surtout pas maitre, parlez-moi normalement s’il vous plait’, quelque chose comme ça, c’est déformé par le temps ».

Une des périodes les plus heureuses de la vie du violoniste

Cette affection de Ville-d’Avray pour Menuhin était réciproque, l’artiste a énormément apprécié les cinq années passées en région parisienne, de 14 à 19 ans, comme le raconte Jean-Marie Cottet, pianiste et directeur artistique des Concerts de Ville-d’Avray : « Il a dit que c’était quasiment la période la plus heureuse de sa vie. Paris, les bois autour de Ville-d’Avray, il a adoré, il est revenu plusieurs fois. Il y est vraiment resté attaché et, profondément, cela compte beaucoup pour les habitants de Ville-d’Avray. Ce qui est très drôle c’est que lorsque les Menuhin sont arrivés, ils ont loué une maison chez la famille Vian, les parents de Boris Vian. Et il y a dans l’exposition une photo magnifique de Boris Vian et Yehudi Menuhin qui jouent aux échecs, tous les deux, dans l’herbe ».

Pour Jean-Marie Cottet, l’ensemble de l’équipe et le public, ce festival Hommage était une véritable réussite. A la fin du dernier concert, tous parlaient déjà d’une prochaine édition, qu’ils souhaitent pouvoir organiser.

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