Mardi 15 décembre 2015
8 min

Star Wars : la musique de John Williams, formidable porte d'entrée à la musique classique

C'est demain que sort le nouveau film Star Wars, 10 ans après le dernier volet. Les fans y retrouveront vaisseaux spatiaux, robots, planètes lointaines, combats au sabre laser et bien-sûr... la musique. La bande originale composée par John Williams est aussi célèbre que le personnage de Luke Skywalker. A tel point qu'elle représente une formidable porte d'entrée à la musique classique.

Les musiques de John Williams, et surtout celles de Star Wars ont cette particularité d'être identifiables immédiatement, dès la première note. Une musique grandiloquente et héroïque qui annonce le début d'une grande saga et qui, plus qu'une simple bande originale, est réellement un personnage à part entière. Williams a écrit une multitude de thèmes différents en fonction des personnages ou de leurs sentiments.

Des thèmes qui reviennent tout au long du film, qui varient en fonction de l'action, se mélangent à d'autres thèmes, c'est le cas de celui de la princesse Leia quand elle tombe amoureuse de Han Solo. Une technique très expressive de composer que Williams a emprunté à Wagner avec ses fameux leitmotivs.

Et le compositeur américain a également fait des emprunts chez d'autres confrères. Notamment chez Korngold, l'un des compositeurs les plus représentatifs de l'âge d'or hollywoodien et mentor de Williams. Notez la similitude du thème et de l'orchestration de la musique de Crimes sans châtiment de Sam Wood, composée en 1942.

Le fameux thème d'ouverture de Star Wars est également très similaire d'une oeuvre de Puccini. A la fin de l'intermezzo du IIIe acte de Manon Lescaut, on retrouve les sept premières notes du thème de Williams ici orchestrées complètement différemment. Ecoutez à partir de 5'04.

John Williams s'inscrit ainsi dans la continuité de la musique romantique du XIXe siècle. Il emprunte par-ci, par-là un bout de thème, une idée d'orchestration mais toujours en inventant quelque chose de nouveau et de singulier. Il perpétue ainsi la façon de composer de la plupart des compositeurs romantiques qui rendaient hommage à leurs prédecesseurs ou confrères en les citant.

En 1977, lorsqu'il compose la bande originale du premier Star Wars, la musique symphonique n'est plus vraiment à la mode à Hollywood. Des films comme Le Lauréat ou Easy Rider sortis une dizaine d'années plus tôt, ont popularisé l'utilisation de la chanson et du rock par les studios, qui y voient d'ailleurs un moyen d'augmenter leur ventes de disques.

Pour les films de science fiction, la mode était plutôt à la musique électronique expérimentale. Excepté pour 2001, l'Odysée de l'espace de Stanley Kubrick. Et c'est ce que dans un premier temps, George Lucas, le créateur de la saga avait essayé de faire pour Star Wars en choisissant des morceaux de Ravel, Stravinsky. Mais sans que cela ne fonctionne. Imaginez un instant les combats de vaisseaux spatiaux rythmés par le Boléro...

C'est Steven Spielberg qui lui a alors présenté John Williams. Ce qui est devenu le succès qu'on connait maintenant. Pour Olivier Desbrosses, le rédacteur en chef d'Underscores, web magazine consacré à la musique de film. La musique de Star Wars a eu effet sans précédent sur l'industrie du film. "A l'époque l'impact a été immédiat et c'est évidemment lié au succès du film. Succès que personne n'avait prévu, ni George Lucas, ni John Williams qui pensait qu'il s'agissait d'un vague film du samedi après-midi à destination des enfants ".

Le disque de la bande originale s'est depuis vendu à 4 millions d'exemplaire. Du jamais-vu pour les studios d'Hollywood. "Etant donné le succès artistique et commercial de la musique de Williams, les producteurs d'Hollywood ont décidé de réutiliser la musique symphonique pour les gros blockbusters ", explique Olivier Desbrosses. Un revirement de bord qui est toujours d'actualité puisque les musiques des films à gros budget d'Hollywood sont presque toutes calquées sur le modèle popularisé par John Williams. Des cuivres guerriers, des percussions tribales, des cordes pour les sentiments, etc.

Mais Williams jouit d'une toute autre renommée puisqu'il est certainement le compositeur de musiques de film le plus joué au monde. Que ce soit pour ses thèmes de Star Wars, d'Indiana Jones, d'E.T., de Jurassic Park ou d'Harry Potter, le public se déplace en nombre pour assister à ces concerts qui décident de le programmer. Ce qui montre un intérêt pour la musique symphonique de la part de personnes pourtant peu ou pas habituées des concerts de musique classique.

Et il y a là une formidable porte d'entrée pour amener ce public vers des oeuvres plus classiques. Laurent Petitgirard, chef d'orchestre et compositeur, a bien observé le phénomène. Il dirigera d'ailleurs en mars prochain, un concert avec l'Orchestre Colonne entièrement dédié aux musiques de John Williams. "Dès le moment de la composition, son oeuvre est déjà conçue de façon concertante, symphonique. La musique de Williams a un vrai souffle. C'est l'un des plus grands dangers pour les compositeurs de musique de films : avoir le souffle court en écrivant uniquement des interventions musicales courtes pour souligner l'action. John Williams n'a pas ce problème. Sa musique tend vers un développement naturel, facile ".

Laurent Petitgirard avoue être totalement séduit par la diversité et la virtuosité de l'oeuvre du compositeur américain. "Il a un sens inné de l'orchestre, les pupitres sont formidablement sollicités, chaque tessiture est respectée. Il faut aussi savoir que les musiciens adorent jouer sa musique ! " La force de Williams est aussi d'avoir su traverser les générations. Des Dents de la mer à Harry Potter, il touche des mélomanes de tous les âges. "C'est frappant de constater la mixité du public lorsque nous programmons sa musique, précise Petitgirard. C'est absolument réjouissant d'amener à l'orchestre symphonique tout un public ".

Laurent Petitgirard est d'ailleurs coutumier de ce genre de programmation. Il aime marier des oeuvres connues et faciles d'accès à des compositions contemporaines afin de proposer de la nouveauté à ce public non-familier de la musique classique. L'effet John Williams devrait donc s'accentuer avec le regain d'intérêt pour la saga qui va s'étaler au moins jusqu'en 2019 avec les sorties des épisodes 8 et 9.

Il sera intéressant de se rendre compte de l'évolution de la musique de Williams dans ce nouveau Star Wars. Lors des trois derniers épisodes, il avait su renouveler les thèmes existants en y ajoutant un choeur. Mais pour l'instant, peu d'informations ont filtré tant le blocus imposé par Disney est efficace. Dernière nouvelle tombée cette nuit, c'estGustavo Dudamel qui a dirigé l'enregistrement des thèmes des génériques de début et de fin de ce dernier Star Wars. Sur sa page facebook, le chef vénézuélien explique que c'est John Williams en personne qui le lui a demandé.

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