Jeudi 19 novembre 2015
8 min

[REPLAY]Les concerts de poche en banlieues: créateurs de lien social

Depuis 10 ans, l’association les Concerts de poche fait jouer les grands artistes français dans les milieux plus reculés ou les quartiers dits sensibles. Après les terribles événements du 13 novembre, l’association prend son rôle d’autant plus au sérieux.

[REPLAY]Les concerts de poche en banlieues: créateurs de lien social
Concerts de poche

La musique classique est-elle une réponse aux attentats ? Oui, selon l’association les Concerts de poche. Elle serait même un véhicule prioritaire à mettre en urgence dans les quartiers dits sensibles. L’association permet aux grands artistes français de jouer dans des salles un peu isolées: zones rurales, quartiers de banlieues… Elle propose aussi environ 1000 ateliers par an.

Cécile de Kervasdoué s’est rendu à Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne pour participer à l’un des ces ateliers, dans le centre social Gaston Variot. Ce jour-là, l’atelier invite l’altiste Diane Chmela de l’ensemble musical La Petite symphonie, et une dizaine de femmes du quartier ont répondu à l’appel. D’ordinaire, elle se rassemblent pour prendre des cours de français dans cette salle. Aujourd’hui, certaines vont écouter pour la première fois un concert de musique classique.

Après avoir interprété une suite de Bach, Diane Chmela témoigne de cette première expérience : «Il y a un retour immédiat, ne serait-ce que dans le regarde de la personne, le sourire à la fin d’un extrait, le fait d’avoir l’ai ému. Et c’est ce qu’on guette: est ce que ça touche ou pas ? On est dans un vrai échange. Comme cette dame qui s’interdisait d’écouter de la musique car c’était trop d’émotion et de joie, depuis la mort de son mari elle se l’interdisait. Elle s’est donc autorisée à se faire plaisir.»

Outre le concert, l’atelier se construit autour de temps d’échanges, de paroles pour que l’émotion soit suscitée chez tous les participants. Pour cela, un comédien participe à la séance et va demander au public de réagir, de faire jouer son imaginaire autour de la musique, et d’échanger son ressenti.

Océane Decroze fait partie des organisateurs de ces ateliers. Pour elle, parler avec les personnes venues assister au concert permet de leur faire dire les mots justes sur la musique : «On va essayer de les plonger dans leurs émotions, leurs ressentis, leurs vécus. On leur fait créer des personnages, des ambiances, des lieux pour qu’ils construisent une histoire. Ils vont donc avoir des clés d’écoute.»

Un autre rôle de l’association est d’essayer de faire tomber les a priori sur la musique classique, «musique de vieux, les codes et comme quoi il faudrait avoir écouter pendant 10 ans cette musique pour la comprendre», explique Océane. «Or c’est faux, au bout d’une heure les gens s’en rendent compte qu’ils sont capables d’apprécier et de comprendre cette musique. Ils soulignent aussi qu’elle est toujours d’actualité», ajoute l’organisatrice.

Dans l’assemblée réunie ce jour là, une femme venue participer à l’atelier souligne l’importance de ces échanges : «C’est important pour nous d’avoir un peu de culture, et de découvrir autre chose. Ici on est tous différent, on a un dialogue différent, donc on est content d’apprendre d’une autre culture. Par exemple, nous les arabes on écoutait beaucoup Oum Kalthoum, c’était magnifique.» Elle fustige la musique d’aujourd’hui, notamment le rap qu’elle considère comme «triste et violent», comparé à la musique classique «calme et pacifique.»

L’association par ses actions est reconnue d’utilité publique car elle créé un lien social avec ses 85 concerts par an.

La fondatrice des Concerts de poche, Gisèle Magnan, ancienne pianiste concertiste pense qu’il y a aujourd’hui une urgence à développer ce genre de projet : «Il y a la peur, les générations n’ont plus envie de se côtoyer dans les endroits très isolés et les gens pensent qu’il ne faut pas qu’ils restent en groupe, qu’il faut qu’il restent de leurs côtés.» Alors pour elle, les ateliers sont la meilleure manière que ces personnes puissent briser ces barrières: «Quand un participant d’un atelier est mis en situation de créateur et qu’elle réussi à inventer un morceau, à chanter et à danser, elle n’a plus peur des autres.»

Une manière de créer du lien social et une bonne manière aussi de retrouver un peu d’estime de soi selon Gisèle Magnan : «À partir du moment où une personne se donne le droit d’imaginer et de partager ses émotions en groupe, elle apprend à se connaître, à s’apprécier. La musique classique est alors un formidable outil de confiance en soi et d’esprit critique.»

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