Mardi 10 mars 2015
13 min

A quoi sert un directeur musical d'orchestre ?

De nombreux orchestres prestigieux doivent prochainement renouveler leur directeur musical, l'occasion de s'intéresser d'un peu plus près à leur rôle et à leur mode de recrutement.

Le chef d'orchestre Simon Rattle vient tout juste d'être nommé à la tête de l'Orchestre symphonique de Londres (LSO). A partir de 2018, il quittera définitivement la tête du Philharmonique de Berlin qu'il dirigeait depuis 2002. On devrait connaître le nom de son successeur le 11 mai prochain, élu par les musiciens de l'orchestre. Le LSO et le Philharmonique de Berlin sont les deux premiers orchestres d'une longue liste dont les contrats des directeurs musicaux arrivent à leurs termes.

Doivent prochainement suivre, le Gewandhaus de Leipzig, l'Orchestre philharmonique de New York, l'Orchestre de Paris, l'Orchestre national de France ou encore l'orchestre national de Lille. Tous sont en train de dénicher leur futur directeur musical. Mais justement, quel est son rôle exact? Apporte-t-il une réelle vision pour l'orchestre ou est-ce seulement du prestige servant à la communication?

C'est un rôle qui n'a pas forcément la même connotation en fonction des orchestres. Globalement, le directeur musical, c'est le chef principal d'une formation, celui qui dirigera la majorité des concerts sur une saison. C'est aussi celui qui prend toute une série de décisions : le répertoire, les tournées, les enregistrements de disque, le recrutement des musiciens, le choix des chefs d'orchestre invités... Un directeur musical, c'est celui qui incarne l'orchestre, il dirige non seulement la musique mais il donne aussi une image et une vision à son ensemble.
 
Chaque orchestre se doit donc de trouver celui qui correspondra le mieux, et si possible, celui qui détiendra une aura médiatique importante. Avoir un directeur musical connu, c'est l'assurance de remplir plus facilement la salle. Mais trouver la perle rare n'est pas facile. C'est un processus long et compliqué. C'est justement la période qu'est en train de vivre l'Orchestre national de Lille. 40 ans après avoir créé et dirigé l'ensemble, Jean-Claude Casadesus s'apprête à passer la main.

L'année dernière, François Bou a été recruté en tant que directeur général, poste qui était occupé par Casadesus en même temps que celui de directeur musical. Et pas facile de trouver un successeur à un chef ayant autant de charisme. "Le candidat que nous recherchons devra s'inscrire dans la continuité de tout ce qui a été mis en place par Jean-Claude Casadesus. La pédagogie, les concerts en région, etc. Il devra respecter ce qu'est l'ADN de l'Orchestre national de Lille tout en amenant un vent nouveau afin d'écrire ce nouveau chapitre ", explique le directeur général.

L'orchestre national de Lille est d'ailleurs en train d'affiner ses choix. La nomination du futur directeur musical devrait être annoncée lors de la saison 2016/2017. Généralement, les orchestres ont le choix entre deux types de candidat, soit le chef médiatique, ayant une grande partie de sa carrière derrière lui, soit le jeune chef moins connu mais qui a encore tout à prouver et qui saura peut-être innover. Le choix idéal se trouve donc quelque part entre ces deux portraits types.

Même si le mode de recrutement peut différer d'un ensemble à l'autre, on retrouve des constantes incontournables. Chaque candidat pressenti est invité à jouer une ou plusieurs fois avec l'orchestre afin de vérifier si l'alchimie fonctionne avec les musiciens. Il faut ensuite que la personne soit suffisament disponible et qu'elle soit en bonne santé. C'est un détail qui compte quand on sait qu'un directeur musical dirige rarement plus de 10 concerts par saison. Dans ces conditions, autant ne pas être absent pour cause de maladie.

Pour ce qui est de la décision finale, c'est le conseil d'administration et les financeurs qui décident sur proposition du directeur général, non sans avoir consulté les musiciens au préalable.

Et au regard du nombre de postes qu'il y a à pourvoir dans le monde en ce moment, force est de reconnaître qu'il y a peu de prétendants au niveau pour les formations les plus prestigieuses. Les chefs les plus âgés comme Bernard Haitink, Mariss Jansons ou Zubin Mehta sont déjà surchargés et n'acceptent plus de travail supplémentaire, et pour la génération des trentenaires, des Gustavo Dudamel, Andris Nelsons ou Yannick Nezet Seguin, eux aussi sont surbookés et assurent souvent la direction musicale de deux orchestres à la fois.
 
Une question peut alors se poser : le rôle du directeur musical est-il indispensable à un orchestre ? Etant donné les emplois du temps surchargés des chefs, il est souvent difficile pour eux d'assurer une présence en continu. Dans une tribune publiée sur le site ResMusica, Pierre-Jean Tribot plaide pour une évolution de l'orchestre dont la direction musicale serait assurée par un pôle de chefs invités, chacun travaillant dans son répertoire de prédilection. Une vision qui peut fonctionner selon Jean-Marc Bador, directeur général de l'Orchestre national de Lyon, mais tout dépend de l'orchestre.

"Pour les formations de chambre, comme l'Orchestre de chambre de Paris que j'ai dirigé dans ma carrière, cela peut fonctionner. Créer une équipe artistique avec des chefs invités et des compositeurs en résidence peut apporter beaucoup d'émulsion à un ensemble. Par contre, pour ce qui est des orchestres symphoniques, cela me paraît compliqué. Ne serait-ce que pour le travail du son et du timbre de la formation. Il faut un grand leader qui imprime sa marque de manière durable pour élever un orchestre. "

Au final, même si ce n'est pas l'avis des musiciens qui prime sur la décision finale, il est compliqué d'outrepasser leur avis. Des orchestres ont d'ailleurs décidé de soumettre la décision uniquement aux musiciens, c'est le cas du Philharmonique de Berlin. Là, ce sont les musiciens qui votent pour élire leur chef. C'est d'ailleurs le 11 mai prochain que nous connaitrons le successeur de Simon Rattle à Berlin.

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