Mardi 18 novembre 2014
15 min

Que reste-t-il de l'esprit des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés?

A l'occasion du festival Blue Note Xperia Lounge qui se tient à Paris pour célébrer les 75 ans du mythique label, le Dossier du jour s'intéresse à la santé des clubs de jazz de la capitale. Invité: Nicolas Pflug, directeur du festival et de Blue Note France.

Le mythique label Blue Note fête ses 75 ans cette année. Et pour célébrer ça, un festival est organisé à Paris du 18 au 23 novembre. Le Blue Note Xperia Lounge Festival propose différents concerts à l'Olympia ou à la Gaîté lyrique: Gregory Porter, Marcus Miller, Jason Moran et Robert Glasper, etc.

Pour en parler, Vincent Josse reçoit Nicolas Pflug, directeur du festival et de Blue Note France.

Miles Davis, Art Blakey, Thelonious Monk, John Coltrane ou encore Sidney Bechet, les artistes mythiques du label Blue Note sont tous venus jouer à Paris dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Michel. Mais en 2014 que reste-t-il de l'esprit de ces lieux? L'occasion de s'intéresser à la vitalité de la scène jazz parisienne.

Pour écouter du jazz actuellement, c'est rue des Lombards qu'il faut aller. La petite ruelle du 1er arrondissement de Paris située à deux pas du Châtelet acccueille trois des clubs les plus actifs de la capitale. Le Duc des Lombards, le Baiser Salé et le Sunset Sunside se retrouvent presque côte à côte et offrent chacun une programmation différente.

Alors que l'âme existentialiste de Saint-Germain et les caves Bebop cessent de bouillonner, la scène jazz parisienne se délocalise en 1983, date d'ouverture du Sunset Sunside, dans cette rue des Lombards. Une époque où la vague free jazz avait fuir une partie du public mais que Michèle et Jean-Marc Portet ont réunis autour de l'arrivée du jazz fusion.

Stéphane Portet, fils de, et actuel directeur des lieux estime que le "free jazz a fait beaucoup de mal au jazz en quelques sortes. Toute une partie du public s'en est allé car il n'arrivait pas à suivre. C'était trop intense. L'arrivée du jazz fusion a permis de récupérer une partie de ce public. Ce mélange de jazz et de sonorités rock a séduit nombre de quadragénaires et quinquagénaires ".

Depuis les trente années d'existence de la scène jazz de la rue des Lombards, le public s'en est emparée. Le Sunset ne peine pas trop à remplir ses deux salles même s'il faut avouer que les jauges sont plutôt modestes. 100 places en haut et un peu plus en bas. Mais, force est de constater qu'au même titre que la musique classique, le jazz souffre de ne pas assez renouveler son public.

Par conséquent, l'esprit du club de jazz a quelque peu disparu, Stéphane Portet regrette l'époque où il fermait le club à 11h du matin après une nuit de jam sessions, où le jazz était une fête. "Désormais, nous sommes plus une salle qu'un club. Mais c'est normal, l'époque a changé et le public aussi. Il y a le problème économique, on dépense moins qu'avant et puis on est certainement moins festif qu'auparavant. On ne fait plus la fête toute la nuit avant d'aller au travail. C'est mal vu ".

Comme l'explique Stéphane Portet et d'autres spécialistes du jazz, le public de ce style de musique est plutôt vieillissant. Ce sont en grande majorité des hommes entre 40 et 70 ans, fortement diplomés et faisant partie des catégories socio professionnelles supérieures. Cela vient du fait que le jazz n'est pas une musique forcément facile d'écoute. On s'y met souvent après avoir écouté beaucoup d'autres styles. Au même titre que la musique contemporaine, le jazz demande de la concentration, d'avoir une éducation en quelque sorte.
 
C'est grâce à ce microcosme de passionnés que le milieu du jazz vit encore. Mais les clubs de jazz peuvent aussi compter sur le tourisme. Des amateurs qui pour la plupart connaissent déjà l'histoire d'amour entre Paris et le jazz et veulent retrouver l'esprit des années 1950/1960. Au Sunset, ils représentent 30% environ de la clientèle.

Les trois clubs de la rue des lombards ont constitué une association, le Paris jazz club qui a pour but de promouvoir et démocratiser le jazz en Ile de France. Ils proposent régulièrement l'accès aux trois clubs pour le prix d'une entrée seulement. Ce sera d'ailleurs le cas ce samedi 22 novembre dans le cadre du Festival Blue Note.

Victor Tribot Laspière

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