Lundi 6 juin 2016
7 min

Quand la musique raisonne à Polytechnique

Existe-t-il un lien entre le gout pour les sciences et celui pour la musique ? Oui, si l’on considère le nombre de musiciens que l'on retrouve parmi les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs, comme Polytechnique. Depuis Alexandre Choron, au début du 19ème siècle, l'X a vu sortir des musiciens compositeurs comme Charles Kœchlin ou Pierre Schaeffer. Aujourd’hui, la musique fait partie intégrante de la formation de cette grande école.

Lorsque vous vous promenez le soir dans les couloirs de l’école Polytechnique, sur le campus du plateau de Saclay à Palaiseau, la musique est partout, et les associations foisonnent. Outre les groupes de rap, de jazz et ceux de musique électro, le classique est aussi très présent : piano, trios et quatuors à cordes, chant choral, fanfare, comédie musicale, orchestre. Les étudiants répètent dans les 50 salles de cours et les 15 amphithéâtres du campus et font entendre, à un très bon niveau, des cantates de Bach, du Brahms, Dvorak ou encore du Beethoven : « La musique nous permet de nous détendre après le stress des classes prépa et celui du concours très difficile de l’X », explique Thierry, membre de la fanfare. Un fois à l'école, les étudiants qui avaient appris la musique avant le concours reprennent leur instrument avec assiduité. Comme Anne, présidente du choeur, tous l'affirment : « quand on joue on ne pense qu’à la musique, à sa beauté et ça fait du bien au mental ».

La musique comme principe de formation

Parmi le millier d’étudiants présents sur le campus, l’Ecole polytechnique s’enorgueillit de posséder un orchestre de 70 musiciens, un chœur de 70 chanteurs, un concours d’amateurs virtuoses de piano, des dizaines d’associations de musique et des cours de piano dispensés de 7h à 1h du matin.

Dans les années 1970, la direction de l’X a en effet décidé de mettre l’enseignement et la pratique de la musique au même niveau que celui du sport. Une dizaine de pianos a dont été achetée et des horaires de répétition aménagés. Une salle de spectacle a vu le jour et le chant choral a même été imposé à tous les étudiants, ce que défend Patrice Holiner, directeur des études musicales de Polytechnique : « Le chant chorale est non seulement le meilleur exercice de cohésion possible mais il y a en plus chez ces élèves une fulgurance de la pensée qui en fait de très bon musiciens ».

© Cécile de Kervasdoué
© Cécile de Kervasdoué

La musique comme pendant des mathématiques

Ces étudiants vivent la musique, et particulièrement la musique classique, avec la même passion que celle que peut procurer un problème de mathématique, ce qui n'est pas un hasard pour Pierre, clarinetiste : « Une partition ça se décortique pour construire la musique et lui donner cette beauté irrationnelle ; exactement comme dans la recherche en mathématique on tente de rendre l’irrationnel, rationnel, et en ce sens les mathématiciens aussi sont des artistes ».

Un orchestre de 70 musiciens a réussi la prouesse en 2012 de réunir des musiciens de toutes les grandes écoles du plateau de Saclay : l’X, Centrale, HEC, suppelec ou agroparitech et aujourd’hui aussi normal-sup ou les Mines. Pour diriger ces derniers, les étudiants sont allés chercher l’un des leurs : Emmanuel Calef, un chef d’orchestre de 38 ans lui-même polytechnicien et diplômé en écriture au CNSM. C'est donc après des études en mécanique quantique qu'il s'est tourné vers la musique : « C’est très romantique de penser que la musique c’est juste de la sensation, mais ce n’est pas honnête. Il faut de la recherche, du travail intellectuel et beaucoup d’écoute pour diriger un orchestre. C’est particulièrement vrai quand vous avez en face de vous des musiciens aussi cultivés que ces jeunes des grandes écoles », raconte-t-il.

L’orchestre du plateau de Saclay se produit 4 fois par an, comme ce jeudi 9 juin avec la Symphonie numéro 4 de Brahms qui a été jouée dans l’amphithéâtre Poincaré sur le campus de polytechnique. Pour la saison 2017, il prépare également un opéra en partenariat avec l’opéra de Massy, et il pourrait s'agir de l’Etoile de Chabrier.

© Cécile de Kervasdoué
© Cécile de Kervasdoué

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