Mercredi 17 décembre 2014
18 min

Pourquoi la Suisse a inscrit la formation musicale dans sa Constitution

En 2012, plus de 72% des suisses votaient pour inscrire la formation musicale à la constitution. Deux ans après, un premier texte de loi est prêt et devrait être voté dans le courant de l'année 2015. Retour sur un référendum unique au monde.

Pourquoi la Suisse a inscrit la formation musicale dans sa Constitution
Adrien Kreda, doyen du département piano au Conservatoire de musique de Genève et l'une de ses élèves françaises, Salomé, 19 ans. (© Victor Tribot Laspière /France Musique)

Lors de cette journée spéciale en direct de Genève, nous ne pouvions pas passer à côté d’une spécificité unique au monde. En 2012, les Suisses ont voté pour que la formation musicale soit inscrite dans la constitution, qu’elle devienne un droit pour tous les enfants du pays.
Plus de deux ans après, le texte de loi est prêt et doit désormais être voté au parlement.

Mais que signifie cette réforme ? Pourquoi avoir voulu inscrire la formation musicale dans la constitution suisse ?

Il n’y avait donc qu’en Suisse qu’un tel vote pouvait avoir lieu. Le 23 septembre 2012, plus de 72% des citoyens helvètes ont voté pour que la formation musicale soit inscrite dans la constitution. Tout est parti d’un constat dressé par le Conseil suisse de la musique, une instance qui représente toutes les branches du secteur musical: écoles, professionnels, économie de la musique, etc.

Premier constat, l’accès à la pratique de la musique n’est pas assez large. Trop d’enfants sont tenus éloignés des écoles et des conservatoires et essentiellement pour des raisons financières. Une année de cours en conservatoire revient à 1500 euros par an environ. En France, les tarifs les plus élevés sont aux alentours de 500 euros par an. Un coût important qui exclut toute une partie de la population suisse. Adrien Kreda, le doyen du département piano du Conservatoire de musique de Genève, parle d'une "initiative pionnière ".

Deuxième constat, les jeunes talents ne sont pas assez accompagnés. Ceux qui ont un potentiel qui sort du lot n'arrivent pas à tirer leur épingle du jeu selon le Conseil. Les représentants des écoles de musique suisse veulent que le cursus professionnel des musiciens soit renforcé.

Mais toutes pistes ne sauraient se réformer sans mettre un accent particulier sur la qualité de la formation donnée. Le texte de loi prévoit une unification au niveau fédéral - comprenez "au niveau national" - pour que tous les cantons puissent bénéficier d'un même socle commun afin de garantir l'équité de la formation musicale à tous les enfants suisses.

La réforme prévoit aussi un renforcement de l’apprentissage de la musique dès l’école élémentaire. Selon le Conseil suisse de la musique, trop peu d’enseignants appliquent le cursus scolaire pourtant obligatoire.

Si tout se passe bien, la loi devrait être votée au parlement dans le courant de l’année 2015 et appliquée dès la rentrée 2016.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :