Lundi 15 septembre 2014
16 min

Musique en streaming, un modèle enfin pérenne ? Avec Yves Riesel, PDG de Qobuz

La montée en puissance du streaming audio semble représenter un espoir pour le marché de la musique, en crise depuis dix ans. Décryptage.

Yves Riesel, fondateur et directeur de la plateforme de streamig Qobuz est l'invité de la matinale.

Le marché du disque aurait-il enfin trouvé un modèle pérenne pour se sortir de la crise qu'il connait depuis dix ans? Malgré des ventes toujours en baisse, les sites de musique en streaming marquent une progression significative. On estime à plus de 2 millions de français abonnés à l'un des sites comme Deezer, Spotify, Qobuz ou encore la Fnac. Mais est-ce un modèle qui contente tout le monde? Qu'en pensent les artistes?

Le marché de la musique vient de connaître un événement sans précédent, pour la première fois le chiffre d'affaire généré par les plateformes de streaming audio a dépassé celui du téléchargement au premier trimestre 2014. 35 millions d'euros pour le streaming contre 27 millions pour le téléchargement.

Autre signe positif avec le lancement mercredi 10 septembre d'un classement hebdomadaire, façon « TOP 50 » des morceaux les plus écoutés sur les sites de streaming. Ce mode de consommation monte en puissance ces derniers temps au niveau mondial et commence à donner un peu d'air à un marché qui ne cesse de dégringoler depuis 10 ans.

Dans les derniers chiffres du marché de la musique en France présentés par le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique), le streaming connaît une progression significative de 33%. Mais ceci est à relativiser au regard du marché global où les plateformes de type Spotify ou Deezer, ne représentent que 17,5%. Loin encore du marché américain où le streaming atteint environ 60% du marché.

Malgré tout ce mode de consommation de la musique semble de plus en plus s'intégrer aux habitudes des français. Que ce soit en version gratuite ou payante. Dans le premier cas, la plateforme gagne de l’argent grâce à de la publicité diffusée tous les quatre ou cinq écoutes. Dans le second cas, c’est le paiement d’un abonnement mensuel (en moyenne 10 euros) qui permet la rémunération des plateformes, des maisons de disque et des artistes.

Les études tendent à démontrer que la démocratisation de l’usage du streaming permet la baisse du téléchargement légal. Grâce à un catalogue de plus de 30 millions de titres très facile d’accès, que l’on peut écouter chez soi, dans son smartphone ou dans sa tablette et même en étant hors réseau, dans le métro par exemple.

Le streaming doit encore se généraliser et redessine complètement les usages en matière de consommation de la musique. Malgré un prix relativement accessible (10 euros par mois, ce qui moins cher que le prix d'un disque), les plateformes ont encore du mal à séduire les générations qui sont nées après le déclin du CD. Payer 10 euros par mois reste cher pour ceux qui sont habitués à disposer de la musique gratuitement par le biais du téléchargement musical.

Il faudra donc du temps pour que s'inscrive dans les mentalités que la musique ne saurait être gratuite et qu'il faut bien payer les artistes et les producteurs.

Les artistes, les grands perdants ?

C'est sur ce point que le streaming atteint ses limites. Les artistes ne se retrouvent absolument pas dans le streaming par rapport à ce qu'ils gagnaient lorsque le CD se vendait encore. Comment ça marche ? Pour résumer, plus le morceau est écouté, plus l'artiste gagne de l'argent mais le problème est qu'il n'y a pas encore beaucoup d'argent généré.

Les plateformes de streaming reversent très peu aux maisons de disques, qui elles même ne versent pas grand chose aux artistes.
En décembre dernier, le leader Spotify a rendu public son mode de rémunération, longtemps resté opaque. On sait désormais qu'une écoute rapporte entre 0,004 et 0,006 euros à l'artiste. Il faut donc entre 162 et 240 écoutes pour générer un euro.

A titre de comparaison, un artiste touche environ 80 centimes par disque vendu. Avec en moyenne, une dizaine de chansons par album, cela revient à près de 8 centimes le morceau, soit 20 fois plus que le streaming.

Mais les plateformes insistent sur le fait que ce nouveau modèle est toujours en train de se dessiner et que plus il y aura d'abonnés, plus les artistes et les producteurs seront rémunérés.

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