Lundi 1 février 2016
6 min

Luca Francesconi en trois mots : séduction, artisanat et archéologie

Isabella Vasilotta nous livre les portraits de trois compositeurs au programme du Festival "Présences" 2016, consacré à l'Italie. En trois mots, voici Luca Francesconi : séduction, artisanat et archéologie.

Lundi 1er, mardi 2 et mercredi 3 février, la musicologue, compositrice, et directrice artistique du Concours International de Piano XXe d'OrléansIsabella Vasilotta nous livre les portraits de trois compositeurs à l'honneur du Festival Présences 2016 : Luca Francesconi, Fausto Romitelli et Francesco Filidei. A l'honneur dès le concert d'ouverture, voici "en trois mots", le portrait de Luca francesconi :

Le premier mot que j’ai choisi est « la Séduction ». Le compositeur l’a utilisé à plusieurs reprises pour définir sa musique car, du latin se-ducere, il signifie « attirer vers soi». Luca Francesconi met au centre de la composition la volonté de transformer la matière sonore en signification. Et c’est grâce à ce pouvoir de créer du sens que la musique peut séduire. Il affirme ainsi que lorsque l’on compose, un nombre infini de systèmes possibles existe sur le papier, mais pour que la musique soit porteuse de signification il faut impérativement trouver ceux qui sont cohérents sur le plan de la perception sensorielle.

Plot in the fiction est une œuvre de 1986. Ce travail, consacré à Franco Donatoni, est le premier dans lequel le compositeur place au centre cette exigence de créer du sens par la musique.

Passons au deuxième mot… artisanat. Pour séduire, la musique doit avant tout, selon Francesconi ,retrouver une harmonie entre le corps et l’esprit. Il nous dit que, de même que l’artisan utilise des outils minutieusement choisis en fonction de l’œuvre à réaliser, le compositeur doit avoir comme principal instrument les mains du musicien, un outil charnel qui, en communion avec son ressenti personnel et subjectif crée le miracle d’une nouvelle forme d’harmonie entre la matière et l’esprit. C’est grâce à l’artisanat que le compositeur retrouve la vérité sensorielle pour pouvoir, comme il le dit lui même, lire le monde, et non pas le « texte du monde » imposé par les autres.

Rest est un concerto pour violoncelle et orchestre de 2004 dédié à la mémoire de son maître, Luciano Berio. Pour Francesconi « l’art trouve sa fonction dans le rapport avec les autres ». L’artisanat ne peut pas réaliser ce rapport de séduction sans notre troisième mot : l’archéologie.

Selon Francesconi, la véritable musique crée une transe intérieure. Pour cela, le compositeur procède à une fouille archéologique afin de retrouver ses propres racines sonores. Il souhaite atteindre la chair vivante de son vécu musical et libérer son énergie en éliminant les couches de détails inutiles qui se sont accumulés au fil du temps.

« Pour raconter une histoire qui puisse parler profondément de ce qui arrive vraiment aux autres et à moi, j’ai besoin d’un langage puissant. Et ce langage puissant provient de ma propre tradition et non pas de celle de quelqu‘un d’autre ».

Quartett est un opéra de Luca Francesconi inspiré de la pièce éponyme de Heiner Müller, elle-même une adaptation du roman épistolaire Les liaisons dangereuses de Pierre Chorderlos de Laclos.

Cet opéra s’interroge sur la position de la femme dans la société, car l’œuvre de Francesconi est éminemment liée au temps présent et au questions sociales. Il est ainsi question de l’Afrique dans le morceau Bread, Water and Salt, écrite sur des textes de Nelson Mandela, et que nous aurons le plaisir découvrir en ouverture du Festival Présences vendredi 5 février 2016, diffusé en direct sur France Musique.

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