Jeudi 26 novembre 2015
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Les salles de spectacles 10 jours après les attentats

Tous au concert, c’est le message lancé par les professionnels du spectacle vivant en France après les attentats du 13 novembre dernier. Les producteurs et les patrons de salle de concert, réunis au sein du syndicat Prodiss, ont demandé cette semaine au gouvernement un plan de soutien à la hauteur de 50 millions d’euros. La fréquentation des salles de spectacle est en chute libre à Paris et en Île de France depuis leur réouverture il y a dix jours : Jean-Baptiste Urbain a rencontré les acteurs du monde de spectacle pour en savoir plus.

Les salles de spectacles 10 jours après les attentats
©Christophe Abramovitz, Radio France

Tristes, peinés, mais surtout inquiets par cette baisse de fréquentation, les directeurs de salles partagent les mêmes angoisses. C’est particulièrement vrai dans le théâtre privé qui déjà a connu une rentrée morose. Jean-Robert Charrier dirige trois théâtres à Paris : la Madeleine, le Petit Saint Martin et la Porte Saint Martin, où les représentations du week - end d’Irma la douce suite aux attentats ont été annulées. Le spectacle a repris le mardi suivant, avec moins de monde, mais comme les autres directeurs de théâtre, le directeur Jean-Robert Charrier avait d'autres priorités à gérer :

« On a réouvert avec des conditions de sécurité beaucoup plus importantes qu’au moment des attentats à Charlie Hebdo. A l'époque, on s’est moins senti en danger tout simplement parce que les attentats ne touchaient pas une salle de spectacles. On aurait dû déjà réagir à ce moment-là. On a réouvert avec des consignes de sécurité beaucoup plus claires de la part de la police et du gouvernement. Les gens qui ont réservé leurs places viennent, mais on a largement diminué les ventes. Par contre, les gens qui viennent sont beaucoup plus enthousiastes. Ça leur fait un bien fou. »

Qu’en est-il du côté du théâtre public, du théâtre subventionné ? Les spectateurs ont-ils aussi déserté les salles ? La situation semble être moins nette, les spectateurs sont davantage des abonnés et prennent leurs places plus longtemps en avance. A la Comédie française par exemple, si les achats de places pour les fêtes ont baissé - ces places vendues par deux qu’on offre pour Noël - pour ce qui est les spectacles à l’affiche en ce moment, il n’y a pas de grosse différence en termes de fréquentation. Père de Strindberg fait toujours salle comble, mais ce public qui est toujours là est perçu différemment. Eric Ruf, administrateur :

« Je me ballade le soir dans le théâtre, et dès qu’on a réouvert le mercredi, il y avait du monde. On sentait que les gens étaient là pour leur plaisir, mais ils étaient là aussi pour ne pas consentir à la peur. Finalement, suite à ces évènements tragiques, on se redit pourquoi on vient dans les salles de spectacle. Moi en tant que spectateur, j’ai souvent de grandes émotions de me dire, mon Dieu, ça parle de moi. Ca me met dans une fraternité très grande. Il y a à notre gauche et à notre droite des personnes que l’on n’a pas choisies, qui sont là et qui peuvent être désignées aussi ! C’est un cheptel humain qui est rassemblé dans les salles de théâtre, ce public non choisi est très important. Le fait de se remélanger dans un bouillon de culture et d’humanité, je trouve ça très important. Donc j’appelle évidement à continuer à l’expérimenter. »

Si de grandes scènes parisiennes maintiennent le cap, ce n’est pas le cas des petites salles de concert qui appellent leur public à revenir. Le Triton au Lilas est une scène de musiques actuelles. Pour la première fois depuis 15 ans, le directeur du Triton, Jean-Pierre Vivante a du avoir recours à une société de sécurité, un coût important pour des petites structures. S’il a réussi à remplir trois soirs de suite la semaine dernière en mobilisant le public par mail et par sms et en les appelant à la résistance, depuis c’est beaucoup plus difficile :

« Le téléphone ne sonne plus du tout depuis une semaine. Cette semaine je pense qu’on va faire des concerts très vides. On est à plus de 60% de différence de réservation par rapport à nos habitudes. Mardi je suis allé au spectacle, je suis sorti, je n’en avais absolument aucune envie, mais je me suis forcé parce que je sens une certaine responsabilité. C’est une attitude citoyenne que d’aller au spectacle et ça fait encore plus de bien que d’habitude. Ça parait stupide de dire qu’on résiste on se faisant plaisir, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. La seule façon de résister c’est de se cultiver. »

Dans ce tableau sombre du spectacle vivant malgré tout, certains spectacles affichent complet. A l’Opéra de Paris où les réservations se font à l’avance, l’impact des attentats n’est pas flagrant. Le Théâtre du Châtelet reprend la production triomphale de Singing in the Rain. La billeterie a ouvert en mars et il ne reste que 10% des places à vendre, et pourtant, il y a quelques jours, le directeur Jean-Luc Choplin a pris une décision étonnante :

« J’ai décidé de faire de la publicité dans Paris, dans les métros et sur les devants de bus. On en a pas forcément besoin, mais c’est pour dire que, même sous la pluie, on peut chanter, on peut danser. La légèreté que nous proposons est une légèreté qui nous rend libres, qui nous rend forts. Qu’il faut venir au théâtre, d’abord pour se laver le cerveau de toute cette angoisse. On ne va quand même pas se laisser avoir, tuer, blesser par tous ces imbéciles. »

Le domaine qui souffre le plus, c’est le spectacle jeune public, avec l’interdiction des sorties scolaires depuis que nous sommes en état d’urgence. Donc, emmenez vos enfants au théâtre et au concert, l‘enjeu est plus important que jamais !

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