Mercredi 11 mars 2015
14 min

Les conservatoires contraints de se serrer la ceinture

Suite au désengagement de l'Etat dans le financement des conservatoires régionaux et départementaux, plusieurs établissements sont menacés d'être mis au régime sec, voire même de disparaître.

Mis à part les conservatoires adossés à un pôle supérieur, c'est-à-dire reliés à une université, les conservatoires de France ne toucheront plus un centime de la part de l'état à partir de la rentrée 2015. C'est la conséquence de la loi de décentralisation de 2004, qui prévoyait un transfert des compétences aux collectivités.

Problème, la réforme n'avait pas été appliquée à l'époque et a laissé un flou des plus artistiques. Profitant de cette absence de cadre, la ministre de la culture de l'époque, Aurélie Filippetti, a donc décidé de diminuer progressivement l'aide de l'état dès 2012. Une aide qui représentait en moyenne 5 à 10% du budget de fonctionnement par établissement et qui coûtait 31 milllions d'euros par an. Soit assez peu à côté du budget total du ministère, 7 milliards d'euros.

Selon Robert Llorca, directeur du conservatoire à rayonnement régional du Grand-Châlon et secrétaire général du Spedic, le syndicat des personnels de direction des conservatoires, la situation est difficilement tenable pour les mairies qui financent déjà une très grande partie des établissements et qui se retrouve à devoir compenser la disparition de l'aide de l'état. "Nous subissons une double baisse de nos subventions de la part de l'Etat, d'un côté avec la disparition de l'aide directe, de l'autre avec la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités territoriales. Même si la subvention supprimée n'était pas très élevée, symboliquement, elle nous fait très mal", explique Robert Llorca.

Pour un conservatoire à rayonnement régional de taille moyenne avec un budget aux alentours de 4,5 millions d'euros, la subvention représentait environ 250 000 euros, soit les salaires annuels de plusieurs postes de professeurs. Postes qui représentent la majorité du coût de fonctionnement d'un établissement.

Quelles conséquences ?

Le problème de nombre des places en conservatoire, qui en était déjà un dans de nombreuses villes, ne va pas s'arranger puisque parmi les pistes les plus fréquemment évoquées par les municipalités, il y a la diminution du nombre d'élèves, l'augmentation des frais d'inscriptions ou encore la réduction du nombre d'heures pour les enseignants. Des actions qui vont à l'encontre d'une démocratisation de l'accès à la pratique de l'art et qui inquiète la Fuse, la fédération des usagers du spectacle enseigné. Fanny Reyre Menard, la présidente.

"Avec ce désengagement, l'Etat a complètement oublié d'avoir une parole politique de guidage par rapport aux établissements et surtout auprès des collectivités territoriales. A aucun moment il n'a rappelé son attachement aux conservatoires. Malheureusement, ce n'est pas une compétence obligatoire pour les collectivités, le risque est donc énorme que beaucoup décident de moins s'engager ", précise la présidente de la Fuse.

Sont particulièrement menacés, les conservatoires à rayonnement départemental, comme celui des Landes, de l'Ardêche ou encore du Tarn. Dans leurs cas, ce n'est pas une ville qui soutient un établissement mais une multitude de décisionnaires, ce qui complique la tâche pour arriver à un consensus. Exemple à Angoulême où il est notamment question de baisser le nombre de places, de 1200 à 800. Une piste jugée inenvisageable par Jacques Pési, le directeur du conservatoire départemental du Grand Angoulême : "l'Etat et les collectivités ont voulu faire les choses à l'envers. D'abord, l'aspect comptable et ensuite seulement adapter le projet des conservatoires en fonction du budget. C'est un raisonnement illogique. Il aurait d'abord fallu réfléchir à comment rédéfinir les missions que nous voulons pour les établissements. "

Heureusement, la plupart des municipalités sont attachées à leur conservatoire et tentent de compenser cette perte budgétaire. D'autres s'en tirent mieux, à commencer par les conservatoires parisiens ne sont pas concernés par cette réforme, tout simplement parce qu'à part le Conservatoire régional adossé à un pôle supérieur et le conservatoire national, les établissement dépendent uniquement de la mairie de Paris. Exception dans le paysage français, la ville de Brest qui malgré cette disparition de l'aide de l'état, a choisi de pousser son conservatoire à passer du statut départemental à celui de régional.

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