Vendredi 20 novembre 2015
8 min

Les 190 ans des ateliers Buffet Crampon

Le premier fabricant français des clarinettes fête son 190e anniversaire. Comment cette entreprise leader dans le marché des instruments à vents se porte-t-elle, quel est son avenir, qui sont ses concurrents ? Reportage dans les ateliers Buffet-Crampon dans les Yvelines par Jean-Baptiste Urbain.

Les 190 ans des ateliers Buffet Crampon
Photo : Buffet Crampon

Sur les bords de Seine, à Mantes-la-Ville, au nord-ouest de la région parisienne, le fabriquant des clarinettes Buffet-Crampon, fondé en 1850, a établi son siège et son site principal de fabrication. Chaque année, près de 20 000 instruments sortent de ces ateliers, 270 personnes y travaillent, ici on fraise, on soude, il y aussi d’immenses cuves où l’on traite, chimiquement, les clés de métal qui composent les clarinettes et autres hautbois.
Tout au bout de la chaîne, il y a des ouvriers spécialisés qui assemblent le tout. Parmi eux, Amélie :
« Mon travail consiste à rassembler les bouts de bois et de métal en un vrai instrument. Nous, on assemble le tout, on fait des réglages et des correspondances avec le haut et le bas de l'instrument, et ensuite on le passe à un musicien essayeur d'ici, un musicien professionnel qui va jouer quelques minutes pour voir ce qui va ou va pas. En fonction de ses consignes, nous ferons les derniers réglages pour que l'instrument soit parfait. »

Dans les ateliers Buffet-Crampon à Mantes-la-Ville, trois essayeurs, appelés conseillers acoustiques, travaillent à plein temps. D'autres clarinettistes viennent régulièrement pour tester et approuver les instruments, comme Nicolas Baldeyrou, clarinette solo à l’orchestre Philharmonique de Radio France, qui teste environ 50 clarinettes par semaine.
« Mon travail est aussi d'essayer des prototypes sur lesquels travaille Buffet Crampon et qui vont sortir dans quelque temps, sur la qualité de la production, d'essayer de prévenir de petites déviations et de garder un niveau de qualité, et de conseiller les clients dans leur choix. »
Chez Buffet Crampon, il ne s'agit pas seulement de perpétuer une tradition, mais aussi de travailler en permanence sur de nouveaux prototypes, parce que le marché de la musique évolue et il faut s'adapter. Eric Barret s'occupe du département Recherche et développement
« Nous travaillons avec nos artistes sur des nouveautés et des projets et je dois faire le lien entre l'usine et les artistes. Faire évoluer l'instrument à travers des matériaux, des sonorités, en fonction des modes ou des pays. On exporte beaucoup et on doit trouver un équilibre sur l'ensemble des marchés. »
Buffet Crampon se porte bien, la société a grossi ces 10 dernières années et a racheté plusieurs facteurs d’instruments à cuivres, en les regroupant sous l'appellation « Buffet Group Wind Instruments ».

Avec leur site de fabrication de Mantes, et deux autres ateliers en Allemagne, 70 mille instruments sont fabriqués chaque année, des clarinettes pour les deux tiers, mais aussi des hautbois, des saxophones, des bassons, et des cuivres.
Le marché français ne représente que 5% du chiffre d’affaires de la marque, contre 25% aux Etats-Unis; Buffet Crampon a des showrooms à New York, à Shanghai et à Tokyo. En matière de concurrence, son principal concurrent est Yamaha, qui gagne des parts de marché dans certains pays et sur le secteur des instruments d’études. La stratégie, selon Jérôme Perrod, nouveau Président-directeur général de Buffet Crampon, est d’être vigilant :

« Nous avons comme ambition d’éteindre notre marché géographique, la Chine et l’Amérique du Sud. Sur les marchés déjà conquis, les projets concernent notamment le développement des produits supplémentaires. Nous sommes très forts sur les instruments professionnels et un peu moins sur les instruments d’étude. Nous avons un potentiel de développement pour les instruments tels le hautbois et les cuivres, aussi. »

Buffet Crampon qui s’adapte aussi aux nouvelles technologies : la marque vient de lancer une application pour Ipad qui permet de travailler son instrument de façon ludique un peu comme un karaoké. La marque est également sensible au développement durable : de plus en plus d’instruments sont fabriqués en Greenligne, un matériau composite avec de la poussière d’ébène qui se substitue à l’ébène massif du Mozambique, dont les quotas sont désormais très contrôlés.

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