Mardi 29 mars 2016
7 min

"Le violon du siècle" : un film en hommage à Yehudi Menuhin

Yehudi Menuhin aurait eu 100 ans cette année. Les 26 et 27 mars, un festival en hommage à l’artiste était organisé à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine) où Menuhin vécut pendant cinq ans de 1930 à 1935. Grand ami du violoniste, Bruno Monsaingon y présentait son film « Le Violon du siècle ».

Le film démarre sur l’Ave Maria de Schubert, interprété en 1943 par Yehudi Menuhin. C’est après avoir découvert cet enregistrement vidéo aux Etats-Unis que Bruno Monsaingeon a décidé de réaliser Le violon du Siècle, un film d’entretien avec l’artiste ponctué de nombreuses archives, qui représente un travail de trente ans : « C’est un film que j’ai porté en moi pendant des années. Je souhaitais qu’un jour le portrait, aussi profond que possible, soit fait de lui, sur ce qu’il a été d’abord, c’est-à-dire un gigantesque violoniste et un gigantesque musicien. J’ai cherché dans le monde entier et j’ai réuni une quantité vertigineuse d’archives. C’est le résultat d’une très longue amitié, collaboration musicale et humaine entre nou s. »

A venir : France Musique consacre à l’immense violoniste sa journée du 6 avril.

Filmé chez lui, à Mykonos en Grèce, Yehudi Menuhin commente les multiples extraits vidéo qui retracent sa vie, sa carrière, comme un album de souvenirs qu’il feuillette pendant près de deux heures. On l’entend par exemple dire en riant « une parfaite main gauche » lorsqu’il regarde une vidéo de sa jeunesse. On l’observe ému, souvent, quand il voit jouer Glenn Gould à ses côtés, ou quand il évoque son Maitre, le violoniste Georges Enesco, pour qui il vouait une véritable admiration. Et puis, il y a la mémoire de sa sœur Hephzibah, pianiste qui l’a beaucoup accompagné.

Dans quelle mesure ce génie de la spontanéité, était conscient de lui-même, et de ce qu’il faisait ?

Tout au long du film Yehudi Menuhin réalise une véritable introspection, et revient sur la pratique de son art, comme l’explique Bruno Monsaingeon : « On s’est engagé dans des conversations sur la vocation du violoniste : Qu’est-ce qu’un enfant qui souhaite devenir violoniste ? Pourquoi cet appétit d’expression ? On voit Yehudi Menuhin qui n’a plus du tout le rôle d’un personnage public, avec une énergie extraordinaire, on le voit dans le film faire du yoga, faire le poirier à 80 ans avec une totale stabilité. L’une des très fortes caractéristiques de Yehudi, c’est qu’il parle de lui-même en jouant du violon, et l’un des grands thèmes, de ma curiosité tout d’abord, c’est dans quelle mesure ce génie de la spontanéité, était conscient de lui-même, et de ce qu’il faisait. »

Dimanche, le film a été très apprécié du public. La plupart étaient des habitants de Ville-d’Avray, des curieux, très souvent attachés à la figure de Yehudi Menuhin, certains eux-mêmes musiciens, comme Marie-Hélène, violoniste amateur : « J’ai découvert des tas de choses que j’ignorais, bien évidemment, je suis loin d’être une spécialiste de Yehudi Menuhin. Mais ce film m’a éclairée sur des aspects techniques, et j’espère, en toute humilité, que ça va enrichir ma pratique violonistique, comme le vibrato. C’est un homme vraiment incroyable. »

La sonate pour violon et piano de Franck et le trio de Tchaïkovski en hommage

Bruno Monsaingeon a également joué dimanche 27 mars au soir, pour un concert hommage. Il était accompagné du jeune violoncelliste ukrainien Aleksey Shadrin, et du pianiste Raul Da Costa. La représentation était organisée au Château de Ville-d’Avray, et tout avait été pensé pour faire vivre la mémoire de Menuhin, précise Bruno Monsaingeon : « On a essayé de faire un programme qui corresponde au lieu, et à l’idée du centenaire. J’ai demandé au violoncelliste de jouer la sonate de Franck, parce qu’elle a probablement résonnée sous les doigts de Menuhin pour la première fois à Ville-d’Avray. C’est là qu’il l’a apprise, qu’il l’a jouée avec sa sœur Hephzibah. C’est ici qu’est née son interprétation légendaire de la sonate. Et ensuite, nous avons joué le trio de Tchaïkovski, qui a été écrit par le compositeur à la mémoire d’un grand artiste, Nikolaï Rubinstein. Lui rendre hommage avec ce trio qui est extraordinairement lyrique, qui traverse tout l’éventail des émotions humaines, c’est une source d’inspiration. »

Le cinéaste, qui est célèbre pour ses nombreux films sur de grands artistes, comme Sviatoslav Richter, Glenn Gould ou David Oïstrakh, sort le 1er avril un gigantesque coffret sur Yehudi Menuhin, avec 80 CD, et 11 DVD. Le violon du siècle en fera partie, mais également d’autres films réalisés avec le violoniste en Russie. En plus d’être amis, les deux hommes ont beaucoup travaillé ensemble, pour des enregistrements de concerts et, entre autres, deux films sur L’Europe orientale et le violon.

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