Mercredi 27 avril 2016
9 min

Le théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents

Alors que la semaine est cruciale pour les négociations concernant l'assurance chômage et notamment le régime spécifique de l'intermittence, quelques dizaines de manifestants ont envahis plusieurs théâtres en France, dont celui de l'Odéon à Paris.

Le théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents
Entre 300 et 400 personnes réunies devant le théâtre de l'Odéon pour peser dans les négociations sur le régime spécifique de l'intermittence. (© MaxPPP)

Pas facile de s'approcher des manifestants qui occupent le théâtre de l'Odéon depuis le dimanche 24 avril au soir. Le bâtiment est en effet entouré par un cordon de CRS qui est là pour s'assurer pour que personne ne puisse rejoindre les militants déjà présents à l'intérieur. On arrive tout de même à entendre les manifestants qui se tiennent juchés sur le balcon. A l'aide d'un mégaphone, ils s'adressent aux autres militants venus sur la place pour les soutenir ainsi qu'aux journalistes présents.

"800 millions d'euros d'économies sont demandées aux chômeurs dont près de la moitié par les intermittents qui ne représentent que 4% des cotisants ! " clame une militante. Des grandes banderoles sont accrochées sur le toit du théâtre sur lesquelles on peut lire "De l'argent il y en a, construisons de nouveaux droits " ou "Pas de droit du travail sans droit au chômage ".

Une cinquantaine de manifestants à l'intérieur, entre 300 et 400 sur la place. Ils se sont réunis deux soirs de suite, lundi et mardi, pour montrer leur détermination à peser dans les négociations portant sur l'assurance chômage au ministère du travail. Souhaitant entrer dans le théâtre pour prendre la parole avant le début de la représentation du soir, les manifestants se sont heurtés aux CRS qui les ont repoussé avec du gaz lacrymogène.

La direction du théâtre de l'Odéon donne un tout autre éclairage. Dans un communiqué, Stéphane Braunschweig explique avoir décidé d'annuler la représentation de Phèdre(s) avec Isabelle Huppert, mis en scène par Krzysztof Warlikowski, en raison d'un appel à perturber le spectacle. Ce que réfutent les manifestants qui affirment avoir simplement appelé à un rassemblement devant le théâtre.

Le directeur explique "regretter les incidents avec les CRS " et ne "peut accepter qu'un spectacle puisse être joué sous la protection des forces de l'ordre ". Stéphane Braunschweig conclut en espérant que la négociation en cours aboutira rapidement à un accord permettant de garantir le régime spécifique de l'intermittence. Les militants faisaient part eux de leur détermination à rester dans les lieux jusqu'à la reprise des négociations.

Une cinquantaine de militants occupent le théâtre de l'Odéon depuis le dimanche 24 avril. (© MaxPPP)
Une cinquantaine de militants occupent le théâtre de l'Odéon depuis le dimanche 24 avril. (© MaxPPP)

C'est le cas de Julien, un intermittent et membre de Nuit debout. "Le gouvernement et les organisations patronales sont en train de faire du cas des intermittents une exception propre à être sortie du système général de l'assurance chômage". Julien est comédien au théâtre et fait partie des 60% d'intermittents à ne pas percevoir de droits. "90% de mon travail consiste à travailler des rôles, à faire des castings, à aller rencontrer des gens pour tenter de trouver des plans, etc. Donc si on ne touche pas d'argent entre les différents moments où nous sommes enfin sur scène, c'est impossible de vivre. De plus, la plupart des répétitions que je peux faire ne sont pas payées ".

Les intermittents contestent le cadrage financier souhaité par le Medef dont l'objectif est de réduire le déficit. Celui-ci atteint 1 milliard d'euros chaque année, soit un quart du déficit général. Le Medef propose un effort global de 185 millions d'euros d'économies en année pleine d'ici à 2018. L'Etat en compenserait une partie à hauteur de 80 millions d'euros. Une proposition signée par la CFDT, la CFTC et la CFE CGC, des syndicats minoritaires dans le milieu du spectacle, mais jugée "inacceptable " pour la CGT.

Malgré quelques avancées, les négociations de lundi dernier n'ont pas abouti. Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT-Spectacle (majoritaire), estime que le compte n'y est pas. "Pour l'instant, nous devons vérifier quels effets pourraient avoir les différentes mesures avancées et également quelle serait la contribution des employeurs. Nous devons obtenir des éléments chiffrés pour savoir qui sera touché par telle ou telle mesure " explique-t-il.

Autre point sur lequel insiste les intermittents, le risque de voir ce régime spécifique sortir de l'assurance chômage et donc du cadre de la solidarité interprofessionnelle. C'est ce que souhaite depuis longtemps le Medef : une caisse autonome qui serait financée par l'Etat, avec le risque considérable que ce dernier se désengage.

Les négociations doivent donc reprendre ce mercredi 27 avril après-midi à partir de 16h au ministère du travail. Les différentes parties ont jusqu'à minuit pour tomber d'accord et transmettre le texte à l'Unedic. Mais en cas d'échec, la CGT a déjà pris les devants. Un préavis de grève reconductible a été déposé à compter de demain, jeudi.

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