Jeudi 11 juin 2015
19 min

Le Marché de la Poésie, une vitrine pour un genre en difficulté

Les strophes, les tercets et les quatrains s’échangent en ce moment à Paris. C’est la 33e édition du Marché de la poésie, place Saint Sulpice. Crée en 1983, ce mouvement permet la rencontre de 500 éditeurs avec leurs lecteurs. Et met en avant un art qui rencontre aujourd’hui certaines difficultés en France. Suppression de festivals, tirage moyen des recueils édités qui serait de moins de 300 exemplaires. Notre invité du Dossier du jour est Olivier Chaudenson directeur de la Maison de la poésie à Paris.

Les allées étaient bien remplies, hier Place Saint Sulpice. Entre les stands, les éditeurs se rencontrent, discutent, tandis que les lecteurs feuillettent les différents ouvrages qui leur sont présentés. Certains repartent avec un petit sac à la main. Pas de doute, on est bien dans un marché, fidel à ce qu’a voulu créer Jean-Michel Place, lorsqu’il a inventé le rassemblement, il y a 33 ans : « Ce n’est pas un lieu de libraires, ce n’est pas un lieu d’imprimeurs, c’est un lieu d’échange, entre une offre et une demande, et chacun vient apporter ce qu’il produit ». Il y a 33 ans, 150 éditeurs étaient présents. Aujourd’hui ils sont près de 500.

Le marché de la poésie permet d’offrir une vitrine à ce genre littéraire qui manque de visibilité et qui traverse une situation économique préoccupante, selon Vincent Gimeno, délégué général de l’évènement : « On est là pour présenter une production qu’on ne voit plus ou très peu en librairie. Tout simplement parce qu’au niveau économique la poésie représente 0.2% du chiffre d’affaire en libraire, et comme les libraires ont du mal à s’en sortir aujourd’hui, d’une façon générale, c’est le parent pauvre de la libraire. »

Cette ouverture sur la poésie permet aussi de modifier le regard porté sur ce qui est parfois considéré comme trop difficile d’accès. En allant à la rencontre des lecteurs, les éditeurs souhaitent démontrer que la poésie peut être accessible à tous. C’est ce que défend Fabrice Caravaca, éditeur au Dernier Télégramme : « L’idée c’est de désacraliser un peu cette chose-là, et faire en sorte qu’on imagine la poésie autrement que la grande élégance de la littérature, quelque chose d’élitiste. La poésie c’est une arme, un outil intellectuel du quotidien. »

Les difficultés économiques, l’isolement de la poésie … C’est un constat que partagent tous les exposants présents. Pour eux, ce Marché du Livre est un évènement capital. Djamel Meskache y est présent depuis le début avec sa maison d’édition,
Tarabuste : « Heureusement qu’on a ça, parce que avec les 5 jours du marché, ça doit représenter 7 ou 8% de notre chiffre d’affaire. »

Les lecteurs présents au Marché de la poésie semblent en tous les cas conquis. L’attachement à la poésie est réel, pour les initiés ou les simples amateurs qui se sont déplacés. Alexandre : « On est dans une époque de rapidité, de consommation, de destruction de beaucoup de chose et la poésie c’est une sorte de dernier rempart, de dernier refuge. »

Vincent Gimeno, le délégué général espère que ce Marché de la poésie ne sera pas le dernier. Son économie est en grande fragilité. Les aides n’ont pas évoluées depuis 2004, et organiser l’évènement deviendrait de plus en plus compliqué.

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