Jeudi 18 juin 2015
15 min

La vie culturelle en Grèce à l'heure de la crise

Alors que le défaut de paiement du pays se précise, comment les artistes et les institutions grecques font-ils face à la crise ? Réponse avec une enquête de Jean-Baptiste Urbain à Athènes et l'invité du Dossier du jour, l'historien Nicolas Bloudanis.

Tous les regards convergent vers elle : la Grèce va-t-elle être dans quelques jours en défaut de paiement face à ses créanciers européens ? Cela fait plusieurs années, déjà, que le pays est touché de plein fouet par une crise financière et économique violente. Une crise qui, évidemment, affecte aussi sa vie culturelle.

L'invité du Dossier du jour est l'historien Nikolas Bloudanis, auteur d'une Histoire de la Grèce moderne, 1828-2010, mythes et réalités parue aux éditions L'Harmattan.

Quel est le rapport entre le gouvernement d'Alexis Tsipras et la culture ? Malgré la crise, les Grecs sont-ils attachés à leur vie artistique ? Jean-Baptiste Urbain s'est rendu au Festival d'Athènes et d'Epidaure, le plus important festival du pays. Malgré la crise, il attire beaucoup de monde.

Les Athéniens se pressent dans la chaleur du soir, pour s'asseoir dans le théâtre antique d'Hérode Atticus à côté de l'Acropole. Dans la fosse, l'orchestre de l'Opéra national s'accorde. Dans quelques minutes va débuter l'une des quatre représentations de Tosca de Puccini.

Les représentations sont à guichets fermés. Cela fait donc, ce soir-là, 4000 personnes venues applaudir la musique de Puccini. Parmi eux, au premier rang, un certain Nikos Xydakis, le nouveau ministre de la culture du gouvernement d'AlexisTsipras.

Le Festival d'Athènes et d'Epidaure bénéficie encore d'aides publiques. Il faut dire que, sous la houlette de son directeur artistique Yorgos Loukos, également directeur du ballet de l'Opéra de Lyon, ce Festival est devenu un rendez-vous artistique majeur en Europe en une dizaine d'années avec 220 000 spectateurs l'an dernier. Mais selon nos informations, pour cette édition 2015, rien n'aurait encore été versé.

Festival d'Athènes et d'Epidaure en Grèce, juin 2015 (© Jean-Baptiste Urbain)
Festival d'Athènes et d'Epidaure en Grèce, juin 2015 (© Jean-Baptiste Urbain)

Pour le reste, hormis les deux théâtres nationaux, toutes les institutions culturelles grecques doivent faire face au désengagement total de l'Etat.

C'est le cas pour Mariana Kalbari qui dirige Karolous Koun, une grande compagnie de théâtre avec deux scènes dans le centre d'Athènes et dix salariés. Auparavant, l'Etat lui versait une aide publique. Désormais, seuls les billets des spectateurs permettent aux artistes d'être payés au pourcentage de la recette, et non plus au cachet, comme c'était le cas il y a quelques années.

Il existe pourtant de grands mécènes dans le pays. Parmi eux, deux grands noms d'armateurs, Onassis et Niarchos, ainsi que deux compagnies aujourd'hui richissimes qui, ces dernières années, tendent à se substituer à l'Etat. Leurs fondations multiplient les projets liés à la santé, à l'Education et à la culture.

Il y a cinq ans, en pleine crise, le somptueux Centre culturel Onassis a ouvert ses portes. La Fondation Niarchos, elle, a commandé à l'architecte Renzo Piano un autre centre sur la mer qui abritera la bilbiothèque nationale et l'opéra. Il devrait être achevé en 2017.

Depuis quatre ans, Olivier Descotes est le directeur de l'Institut français d'Athènes, également conseiller culturel de l'ambassade. De son bureau qui domine toute la ville, il voit la vie culturelle du pays changer. Et pour lui, il y a matière à espérer.

La crise stimulerait-elle la créativité des artistes ? Certes, les collectifs d'artistes se multiplient, comme dans ce théâtre qui appartenait jusqu'en 2013 au ministère de la Culture, fermé par les forces de l'ordre, et où désormais tous les arts squattent le lieu. Une nouvelle scène grecque émerge. Mais Mariana Kalbari, la directrice de la compagnie Karolous Koun, émet des réserves.

Autre écueil : pour pouvoir s'exprimer, pour pouvoir vivre aussi, de plus en plus d'artistes grecs quittent leur pays, à l'image de Yorgos Lanthimos, installé à Londres. Son dernier film The Lobster a obtenu le prix du jury cette année à Cannes.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :