Vendredi 12 septembre 2014
15 min

La santé des orchestres en France

L'Orchestre Dijon Bourgogne va-t-il disparaître? L'ensemble bourguignon risque de se retrouver en cessation de paiement à cause de la diminution de la subvention de la mairie. Un exemple parmi d'autres de la santé précaire des orchestres français dans ce contexte économique actuel. Philippe Fanjas, directeur de l'Association française des orchestres nous éclaire sur le sujet.

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Invité à réagir sur le dossier du jour : Philippe Fanjas (directeur de l'Association Française des Orchestres).

Tout a commencé lors de la présentation de la saison 2014/2015 en juin dernier. La conférence de rentrée censée être culturelle est rapidement devenue politique. Daniel Weissman, directeur de l'Orchestre Dijon Bourgogne (ODB) s'explique clairement face aux élus : l'ensemble musical va tout simplement disparaitre si la mairie ne consent pas à verser une subvention supplémentaire. Ou plutot de revenir au niveau de la subvention de 2013, de l'ordre de 830 000 euros.

La somme versée pour 2014 est seulement de 650 000 euros, rognée de 180 000 euros. Une diminution décidée par la ville au motif que l'ODB a refusé de participer au Ring de Wagner présenté en octobre 2013 à l'Opéra de Dijon, collaboration inscrite dans les missions de l'orchestre. Pour Christine Martin, adjointe à la culture, rien de plus normal alors de ponctionner la subvention de l'ODB pour contribuer au financement de l'orchestre embauché à l'opéra pour le remplacer.

De plus, la municipalité s'étonne de ce que personne n'a semblé contester la décision lorsqu'elle a été prise et critique le manque d'anticipation de la part de la direction de l'orchestre. La mairie va jusqu'à commander un audit pour connaître l'état financier de la structure en estimant qu'il y a eu une "gestion imprudente ".

Mais la direction de l'ODB et ses musiciens ne voient pas les choses sous le même angle. Il faut déjà rappeler que l'ODB est indépendant de l'Opéra de Dijon. L'établissement s'en est séparé en 2009 mais sur le papier, Laurent Joyeux, le directeur, est tenu de faire appel à l'orchestre pour un nombre donné de représentations lyriques par an (2, en moyenne).

Mais la réalité est tout à fait différente. La présence de l'ODB à l'opéra a drastiquement diminué depuis l'externalisation, notamment pour ce qui est des programmes lyriques. La programmation de l'orchestre est passée de 100% en 2008 (avant l'externalisation) à 15,5% en 2014. Laurent Joyeux préférant travailler avec des ensembles plus prestigieux.

L'affaire du Ring

La vision de l'orchestre en ce qui concerne l'annulation de la participation au Ring de Wagner est tout à fait différente. L'ODB a refusé parce que la structure n'en avait tout simplement pas les moyens. La production nécessitait l'embauche de 45 musiciens supplémentaires à la charge de l'orchestre.

Une dépense de 730 000 euros - dont 215 000 venant de l'Opéra via une subvention supplémentaire, portant le coût pour l'ODB à 517 000 euros), ce qui aurait représenté près de 60% du budget annuel de l'ODB, ne permettant pas de donner beaucoup d'autres concerts dans la saison.

La solution ne convient pas à l'équipe dirigeante de l'ODB qui fait savoir en avril 2013 qu'il leur est impossible de collaborer. De plus, les musiciens s'inquiètent de savoir qu'ils travailleront 41services (cahets) mais ne seront rémunérés que pour 31.

Le directeur de l'Opéra de Dijon doit donc trouver un autre orchestre que la mairie aide à financer en ponctionnant la subvention annuelle de l'ODB. Une sorte de "punition" pour pointer du doigt le manque d'anticipation de la direction de l'ensemble musical qui aurait dû prévenir plus tôt que la situation ne leur convenait pas.

Mais le directeur de l'ODB, Daniel Weissman, affirme avoir transmis à la mairie plus de 19 notes d'alerte sur la situation depuis le mois d'avril 2013, toutes restées sans réponse. Lequel Daniel Weissman a d'ailleurs décidé de démissionner afin que les "négociations se fassent sur un projet artistique et pas sur des personnes. "

Vers un apaisement?

Depuis la situation semble s'être tout de même un peu débloquée. Une délégation de musiciens a été reçue plusiseurs fois par la mairie mais rien ne semble encore réglé pour autant selon Manon Grandjean, violoniste de l'orchestre et porte-parole. Pour elle, c'est la séparation d'avec l'opéra qui est à la source des problèmes.

Depuis 2009, l'orchestre répète dans une chapelle dont l'acoustique n'est pas prévue pour cet usage. Pour Manon Grandjean, la solution la plus logique serait de retourner dans le giron de l'opéra. Elle craint d'ailleurs, d'une manière plus globale, que ce qui se passe à Dijon envoie un mauvais signal à d'autres municipalités en France.

Mais ni Laurent Joyeux, le directeur et ni la mairie semblent pencher vers cette solution. Pour Laurent Joyeux, l'activité d'un opéra de la taille de celui de Dijon ne permettrait pas à l'orchestre d'avoir une activité suffisante pour vivre. Le directeur de la maison lyrique veut poursuivre sa collaboration avec l'ODB et défend l'importance pour l'opéra et la ville d'avoir un orchestre.

Depuis quelques jours, les différents acteurs de l'affaire semblent être un plu plus optimistes quant à une sortie de crise. D'autant plus que la ville de Dijon est tout de même l'une des municipalités les plus généreuses en matière culturelle de France. Les négociations devraient d'ailleurs s'accélérer puisque le prochain concert de l'Orchestre Dijon Bourgogne doit avoir lieu le 10 octobre prochain. Le premier de la saison, ce vendredi 12 septembre, a été annulé et remplacé par un concert de soutien gratuit et bénévole au Parc des expositions de Dijon.

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