Vendredi 6 mars 2015
14 min

La musicothérapie se met au numérique

Radio France organise un cycle de conférence sur le thème "Musique et cerveau", l'occasion de s'intéresser à ce qu'offre la musicothérapie. Exemple avec Music Care, une application numérique dédiée aux professionnels de la santé afin de traiter la douleur.

Les avancées scientifiques de ces dernières années ont permis d'en savoir plus sur la façon dont la musique est perçue par notre cerveau, comment elle peut aider à retrouver ou réparer la mémoire, voire comment la musique peut soigner la douleur. Le fruit de ces recherches a été mis en pratique par les musicothérapeutes grâce à l'écoute ou à la pratique de la musique. Une initiative va encore plus loin en proposant des soins via une application numérique.

Elle s'appelle Music Care - care pour soin en anglais - et cette application est utilisée dans une trentaine d'hôpitaux en France. Elle est issue elle d'un partenariat entre Stéphane Guétin, musicothérapeute et docteur en psychologie cognitive, une équipe de l'Inserm et le service de neurologie du CHU de Montpellier. Elle s'utilise via une application pour ordinateur, tablette ou smartphone, les patients sont épaulés par le personnel soignant formé au préalable. Le coeur du processus est basé sur l'hypno analgésie, une méthode d'hypnose basée sur des suggestions verbales afin de soulager la douleur. Là, c'est la musique qui remplace la parole.

Stéphane Guétin, fondateur de Music Care, explique que la musique va "agir directement sur les zones de récompense du cerveau. Elle stimule la production des endorphines, de la dopamine et réduit celle de mélatonine ".

La thérapie est d'abord administrée à l'hopital, puis ensuite le patient y a accès depuis chez lui afin de poursuivre le traitement. Après un questionnaire réalisé par le personnel soignant, le patien est aiguillé vers un style de musique qui lui plaît parmi la trentaine qui lui est proposé. Musique classique, musique du monde, jazz, rock, reggae, etc. Il est conseillé d'enfiler un casque audio, et un masque occultant pour que le soin soit plus efficace.

L'application est utilisée dans de nombreux domaines différents: de la pédiatrie à la gériatrie en passant par les soins intensifs et les soins palliatifs. En pré et post-opératoire dans le but de réduire la prise de médicaments, ou également dans des centres anti-douleurs dans le cadre de douleurs chroniques. Bien sûr, elle ne remet pas en cause la consommation de médicaments mais au contraire elle vient en complément d'une protocole de soin classique. Le but étant de diminuer les consommations médicamenteuses qui, sur le long terme, peuvent avoir un effet néfaste sur le corps et peut provoquer un effet d'accoutumance.

Au début et à la fin de chaque séance, le patient évalue sa douleur sur une échelle de 0 à 10. Toutes les données sont envoyées à l'équipe de Music Care afin d'analyser les statistiques. A ce jour, plus de 25 000 séances ont été analysées.

Mais qu'est-ce que différencie l'écoute quotidienne de la musique de ce soin à base de musique? C'est la supervision du musicothérapeute qui fait toute la différence. Le praticien est là pour guider, établir un lien entre le patient et la musique. De plus le choix des morceaux compte pour beaucoup dans cette thérapie 2.0. Stéphane Guétin travaille avec des compositeurs et leur demande de créer selon des critères bien précis.

Capture d'écran de l'application Music Care
Capture d'écran de l'application Music Care

"Tous nos morceaux sont construits selon une structure bien précise, la structure en "U". Peu importe le style, la musique débutera toujours par la formation musicale au grand complet, un tempo aux alentours de 90 bpm et un rythme stimulant, puis lentement la composition va ralentir, les rythmes se simplifier et l'effectif musical se réduire. C'est ce que nous appelons la phase de relaxation. Pour terminer, le morceau va regagner en tempo, les rythmes et les instruments du début vont revenir petit à petit, c'est la phase d'éveil ", explique le musicothérapeute, fondateur de Music Care.

Parmi les compositeurs, Ahmed Achour, ancien directeur musical de l'orchestre symphonique tunisien, Vin Gordon, tromboniste de reaggae ayant joué avec Bob Marley ou encore le pianiste David Bismuth, dont voici un extrait.

Music Care ne travaille qu'avec des morceaux composés spécialement pour l'application. Tout simplement parce que le processus ne marche pas avec de la musique que nous connaissons déjà. Soit parce qu'elle est associée à des moments de nos vies et vont faire ressurgir des émotions, des souvenirs pas forcément agréables, soit parce que si vous écoutez le Prélude à l'après midi d'un faune alors que vous sortez d'une opération douloureuse, vous ne pourrez plus jamais réécouter ce chef d'oeuvre sans l'associer à la douleur.

L'application doit encore s'enrichir de nouveaux styles et musicaux et de compositeurs. Il est notamment question de morceaux composés par Tony Allen et les musiciens de Fela Kuti ou encore les Wailers, les musiciens de Bob Marley.

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