Lundi 29 février 2016
8 min

La danse participative : un remède aux conflits et aux cloisons de notre société

La danse peut elle guérir certains maux de notre société ? Aider les plus fragiles, faire se rencontrer des générations ou des classes sociales ? C’est le pari réussi du chorégraphe Sylvain Groud… Reportage de Cécile de Kervasdoué.

Quand la culture est cloisonnée

Imaginez un monde dans lequel les amateurs de musique classique n’écouteraient que de la musique classique quand ceux qui aiment le hip hop ne connaitraient que le hip hop. Imaginez un monde où selon sa classe sociale chacun serait conditionné à un certain type de culture : les riches et les vieux dans les théâtres, les autres dans la rue. Dans ce monde-là, fait de communautés, les élèves d’un collège de ZEP dont la plupart des parents sont au chômage n’auraient certainement jamais accès à la danse contemporaine qui comme la musique serait réservée à des professionnels et à un public averti.

La danse participative comme acte politique

Pour le chorégraphe Sylvain Groud, ancien danseur du chorégraphe Prejlocaj, diplômé du conservatoire de Paris, couronné par des prix internationaux de danse et de chorégraphiej, ces cloisons sont un poison. Il faut les faire tomber. C’est ainsi qu’il y a treize ans il a imaginé avec sa compagnie MAD de faire danser ensemble toutes les couches de la société et en particulier les publics les plus éloignés du théâtre et de la danse.

« Il ne suffit pas de dire au public : « ce théâtre c’est ton théâtre, tu y es chez toi » pour le faire venir. Il faut qu’il l’éprouve. Démocratiser les arts passe par le faire !» Sylvain Groud directeur artistique de la compagnie MAD

C’est ainsi qu’est né Music for Eighteen Musicians, ce spectacle qui tourne depuis 2 ans en France. La musique de Steeve Reich, contemporaine et savante, est jouée sur scène par l’ensemble Links pendant que dans la salle, danseurs professionnels et danseurs amateurs formés en ateliers, tentent d’inviter le public à danser.

L’idée c’est que le théâtre soit le reflet de toute la société, alors avec les danseurs de sa compagnie, Sylvain Groud va former des collégiens, des handicapés, des personnes en cours d’alphabétisation, des enfants malades ou des étudiants, des élèves de conservatoire ou des adultes en rupture sociale… etc…

Eviter la démagogie

Dans un collège de ZEP, le collège Balzac à Nemours en région parisienne Julien Raso, 23 ans, danseur de la compagnie MAD forme une quarantaine de collégiens de 12 à 15 ans. Difficile d’aborder le corps à cet âge parce que le corps, c’est le regard de l’autre, pourtant la musique de Steeve Reich et les mouvements de danse contemporaine passent très bien avec ces jeunes.

« Au début on a fait un exercice où il fallait danser sur du Rihanna, mais on n’a pas voulu. C’est pas pour ça qu’on était venu. Nous on veut danser et découvrir autre chose ! » Jenny 15 ans

Pas question donc de faire n’importe quoi. Le projet de la compagnie MAD c’est le pari de l’exigence. Il s’agit d’éduquer le spectateur de cesser d’en faire un consommateur loin de l’agitation, des flash-mob et des grands rendez-vous populaires de divertissement. Le public danse sur de la musique savante avec des mouvements savants et ça marche !

Music for Eighteen Musician est donné un peu partout en France. Ce week end le spectacle est donné à Lyon le 5 mars à l’Auditorium. Le 12 mars au Volcan au Havre. Et le 9 avril ce sera donc au théâtre Sénart scène nationale de Lieussaint en Seine et Marne.

Plus d’info ici : http://compagniemad.fr/fr

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