Mercredi 10 juin 2015
19 min

La bonne santé de la fréquentation des spectacles de danse

Alors que la musique classique connaît un vieillissement de son public, posant le problème des spectateurs de demain, le monde de la danse semble plutôt bien se porter. Invitée : la danseuse étoile Clairemarie Osta qui s'apprête à lancer L'Atelier d'art chorégraphique au Théâtre des Champs-Elysées avec Nicolas Le Riche.

Les danseurs étoiles Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche lancent leur école de danse d'un nouveau genre. L'Atelier d'art chorégraphique (LAAC) prend ses quartiers au Studio Coupole dans le Théâtre des Champs-Elysées et s'adresse aux enfants dès l'âge de 8 ans, aux amateurs et aux apprentis s'orientant vers une carrière professionnelle. Concept d'un nouveau genre, les cours de danse sont totalement personnalisés et bénéficieront de "masterclasses" d'artistes programmés dans la saison Transcendance. L'ouverture est prévue le 15 septembre 2015 et les inscriptions s'ouvrent dès le 15 juin sur le site internet du LAAC. Une journée d'inauguration se tiendra le mercredi 1er juillet.


C'est un sujet dont nous avons régulièrement parlé dans la matinale de France Musique : la question du renouvellement du public de la musique classique. Avec un âge moyen de 61 ans, le milieu tente de trouver des solutions pour séduire le public de demain. Un problème qui semble beaucoup moins toucher le milieu de la danse. Les différentes salles de France se portent plutôt bien côté fréquentation et diversification du public et observent pour certaines une stabilisation voire un rajeunissement de leur audience.

Que ce soit le Théâtre national de Chaillot, l'Opéra de Paris ou la Maison de la danse de Lyon, tous observent une tendance optimiste depuis quelques années. La danse semble plaire à un public varié, de tous âges et de différentes origines sociales, contrairement à la musique classique.

Exemple avec l'Opéra de Paris, le temple du ballet classique mais aussi de la chorégraphie contemporaine. La saison dernière, plus de 800 000 places ont été vendues pour 168 représentations d'opéra et 163 de ballet, mais avec une proportion de 40% pour la danse. Proportion qui est en constante augmentation ces dernières années.

A l'opéra de Paris, l'âge moyen du public de la danse est de 43 ans contre 47 ans pour le public de l'opéra. Un écart significatif qui peut s'expliquer en partie par la venue de nombreux enfants pour les grands ballets classiques donnés traditionnellement en fin d'année.

Les études statistiques montrent aussi que les afficionados de la danse sont plus jeunes et encore plus groupies que ceux de l'opéra. Le seul nom d'un danseur à l'affiche peut suffire à doper les ventes. Et puisque chaque spectacle connait un effet de rotation au niveau de ses danseurs afin qu'ils puissent se reposer, certains spectateurs vont même jusqu'à acheter plusieurs places pour différentes représentations d'un même ballet afin d'être sûr de voir leur danseur favori.

L'autre particularité à l'Opéra de Paris, c'est le nombre important d'étrangers qui achète des places pour les spectacles de danse. Un public volatile puisqu'il ne vient qu'une fois mais dont la proportion - 16% des places vendues pour le ballet la saison dernière - est en constante augmentation ces dernières années. Et ce sont les japonais qui remportent la palme des touristes les plus présents à l'Opéra, et surtout au Palais Garnier.

"Nous avons un important effet de théâtre, explique Myriam Daudet, directrice des relations avec le public et du marketing à l'Opéra de Paris. Un touriste qui vient à Paris et qui visitera le Palais Garnier aura l'envie d'assister à un ballet plus qu'à un opéra ". En effet, la barrière de la langue, malgré le surtitrage, décourage de nombreux étrangers, alors que la danse est universellement compréhensible.

Une bonne santé en province

Cet amour d'un public diversifié pour la danse se vérifie également ailleurs qu'à Paris. Par exemple à Lyon, où la Maison de la danse accueille chaque année environ 150 000 spectateurs avec un taux de fréquentation supérieur à 90%. Programmant un large panel de styles de danse, la salle se porte bien. Elle est même le théâtre qui accueille le plus de public en région Rhône-Alpes.

Un succès qui s'explique selon Matthieu Rietzler, secrétaire général de la Maison de la danse de Lyon, par un accès plus simple et plus direct aux arts chorégraphiques que pour la musique classique, et notamment parce que la danse contemporaine a su trouver son public contrairement à la musique contemporaine.

"Les études montrent que l'image de temple sacré des maisons d'opéras a tendance à décourager une partie du public qui estime ne pas être à sa place. Les lieux dédiés à la danse bénéficient d'une image plus accessible ", explique Matthieu Rietzler.

"La forte présence de la danse dans les arts urbains, comme le hip-hop, nous permet également de séduire un public plus jeune et plus varié sociologiquement parlant", ajoute le secrétaire général de la Maison de la danse.

Autre raison qui expliquerait pourquoi la danse attire un public plus varié, la durée des spectacles 1h - 1h30 contre généralement 3 heures à l'opéra. Et plus simplement, le fait que tout le monde est capable d'esquisser un pas de danse, tout le monde a ressenti un jour une émotion en dansant, une identification moins évidente avec la musique classique

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