Lundi 9 février 2015
15 min

La baisse du marché de la musique enregistrée

Après une légère hausse en 2013, le marché de la musique enregistrée baisse à nouveau en 2014. Reportage de Jean-Baptiste Urbain, et réactions de Yann Ollivier, président d'Universal Classique & Jazz.

La baisse du marché de la musique enregistrée
Session Unik : gravure sur disque vinyle (© Guillaume Decalf / France Musique)

La semaine dernière, le SNEP, le principe syndicat des producteurs, présentait son bilan annuel : chronique d'une mort annoncée, le marché du disque continue de baisser. Une baisse quasi-continue depuis 12 ans. Le chiffre d'affaire de la musique enregistrée chute de 5,3% entre 2013 et 2014.

Quel avenir pour le monde musical ? Quels sont les nouveaux modèles ? La musique classique suit-elle la même pente ? Pour répondre à ces questions, l'invité du dossier du jour est Yann Ollivier, directeur général d'Universal Classic et Jazz.

Mais avant d'aborder ces problématiques, Jean-Baptiste Urbain a regardé ces chiffres dans le détail. Des chiffres en baisse cette année, mais qui étaient l'an dernier en hausse, pour la première fois depuis 10 ans.

On avait alors parlé de "rebond", un épiphénomène lié aux succès exceptionnels, en France, du chanteur belge Stromae et du duo électronique Daft Punk. Mais un succès qui ne faisait oublier qu'en 12 ans, le chiffre d'affaire de la musique enregistrée a baissé de 65%. Une baisse brutale, reconnaît le syndicat national des éditions phonographiques. Le syndicat garde néanmoins espoir en un avenir moins morose, notamment grâce au "streaming" (écoute en flux), qui a pour sa part bondi de 34% en 2014.

Qu'est-ce que le streaming ?

Petit rappel : le streaming, c'est la possibilité d'écouter de la musique sur des plateformes avec des catalogues de musiques importants. Pas de téléchargement, ni d'achat de titre ou d'album. Un paiement à l'usage, et non à la possession.

Il y a deux modèles de streaming : abonnements payants et plateformes gratuites qui se rémunèrent sur la publicité. Aujourd'hui, deux millions de Français sont abonnés à un service de streaming audio : c'est 35% de plus qu'en 2013. Et pour la première fois, du côté du numérique, ce streaming a dépassé le modèle du téléchargement de morceaux payants, qui s'effondre. La plateforme de téléchargement payant la plus célèbre est iTunes. Son propriétaire, Apple, devrait d'ailleurs lui aussi se lancer dans le streaming, preuve qu'une nouvelle révolution est en marche.

Ce modèle émergent du streaming permet-il aux artistes d'être rémunéré ?

C'est "le" sujet de crispation. Chaque écoute d'un titre sur une plateforme de streaming génère des droits d'auteur pour l'artiste, sur le principe de la radio : lorsqu'une radio diffuse une chanson d'Yves Montand, les ayant-droits reçoivent des droits d'auteur.

Mais dans le cas du streaming, le revenu généré reste très faible. Selon les éditeurs et les artistes, il faudrait arriver à 8 ou 10 millions d'abonnés payants pour que ce modèle d'écoute en flux devienne rentable économiquement. Avec 2 millions aujourd'hui, on en est encore loin.

En 2015, les cartes risquent d'être rebattues : la plupart de ces plateformes ont des abonnements payants via les opérateurs téléphoniques. C'est le cas de Deezer, lié à l'opérateur Orange, mais cette offre liée doit prendre fin à l'été...

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