Lundi 2 mars 2015
4 min

L'Orchestre symphonique de Bretagne créé son propre label. Décryptage d'une pratique qui se généralise

Les orchestres symphoniques sont de plus en plus nombreux à créer leur propre label afin d'éditer eux-mêmes leurs disques. Décryptage d'une pratique qui se généralise et qui prouve le besoin d'adaptation des ensembles face à la mutation du marché de la musique enregistrée, avec l'exemple de l'Orchestre symphonique de Bretagne.

Invité: Antoine Pecqueur, journaliste à la Lettre du musicien et bassoniste

L'Orcherstre Royal du Concertgebouw, le London Symphony Orchestra, le Brussels Philharmonic, le Philharmonique de Berlin ou encore Les Arts Florissants, tous ont en commun d'avoir créé leur propre label afin de produire leurs disques en interne. Mais pourquoi vouloir court-circuiter les acteurs habituels du marché du disque? Volonté artistique, économique? Décryptage avec l'Orchestre symphonique de Bretagne qui vient de sortir son premier disque édité par son label tout récemment créé.

L'ensemble basé à Rennes vient de lancer OSB Productions, un label monté de toute pièce par l'Orchestre Symphonique de Bretagne et donc géré en interne. Un premier disque vient de sortir consacré aux concertos n°9 et 20 de Mozart avec au piano François Dumont, sous la direction de Julien Masmondet. Jusqu'à présent l'ensemble breton avait pour habitude d'enregistrer ses CD chez différentes maisons de disques. Mais, Marc Feldman, l'administrateur général, a souhaité prendre son autonomie afin de ne plus être soumis à la volonté des producteurs.

"J'ai réalisé que les artistes de jazz ou de musiques actuelles enregistraient d'abord un disque, puis partaient ensuite en tournée. Chose que nous faisons rarement cans cet ordre dans la musique classique ", déclare Feldman, américain installé à la tête de l'Orchestre symphonique de Bretagne depuis 2011. "Après chaque concert, nous avons toujours de nombreux spectateurs qui nous demandent s'il est possible d'acheter le CD de l'oeuvre jouée. Mais à chaque fois, nous sommes contraints de leur répondre que c'est en projet ".

Marc Feldman perçoit la création du label comme un outil de promotion et de fidélisation de son public. Ce premier disque Mozart a été enregistré en septembre dernier et est sorti en amont d'une série de concerts avec les mêmes oeuvres et les mêmes artistes. Une centainte de CD ont déjà été vendus. Pas question d'y voir pour l'instant une volonté de diversifier les revenus de l'orchestre. L'argent récolté devrait simplement suffire à couvrir les frais de productions liés à l'enregistrement.

Marc Feldman, administrateur général de l'Orchestre symphonique de Bretagne. (© Orchestre symphonique de Bretagne)
Marc Feldman, administrateur général de l'Orchestre symphonique de Bretagne. (© Orchestre symphonique de Bretagne)

Le CD sera dans un premier temps disponible à la vente à l'issue du concert et également à la boutique de l'ensemble à Rennes. Vendu à 20 euros l'exemplaire, Marc Feldman espère en vendre 500 unités, ce qui remboursera l'investissement de 10 000 euros comprenant l'enregistrement et les frais de fabrication. "Ce label a été créé surtout dans un but de communication promotionnelle. Nous ne sommes pas un grand orchestre comme le London Symphony Orchestra par exemple, nous n'avons pas pour l'instant la capacité de devenir bénéficiaire avec cette opération ", explique Marc Feldman. "Les maisons de disques nous demandent régulièrement d'enregistrer des oeuvres ou des compositeurs méconnus, ce qui est très bien. Mais je ne suis pas sûr que c'est le coeur de notre mission artistique."

D'ici quelques mois, les disques du label OSB Productions seront disponibles à la vente sur internet et également sur des plateformes numériques, type iTunes. Une initiative qui permet à l'ensemble de retrouver de l'indépendance artistique, tout en ne pesant pas beaucoup sur les finances. 10 000 euros d'investissement pour ce premier CD alors que le budget annuel de l'Orchestre symphonique de Bretagne est 4,7 millions d'euros. Un budget qui n'est d'ailleurs pas remis en cause pour l'instant, contrairement à de nombreux autres ensembles qui souffrent de coupes budgétaires.

Mais pas question non plus pour Marc Feldman de prendre la situation pour acquise. L'administrateur général ne se dit pas opposé aux propositions de maisons de disques ou de distributeurs si jamais ce premier CD était un succès. Mais il veut avant tout garantir une ligne artistique qui ressemble à l'orchestre: un ensemble éclectique qui touche aussi bien aux symphonies de Mozart qu'au jazz, au rock et à la techno.

L'Orchestre doit d'enregistrer d'autres concertos pour piano de Mozart toujours avec François Dumont, il y aura une pièce hommage aux 70 ans de la fin de la seconde guerre mondiale commandée à Chris Brubeck, le fils de Dave Brubeck et à Guillaum Saint Jamme. L'ensemble prévoit aussi d'enregistrer de jeunes artistes qui méritent de se faire connaître.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :