Mercredi 4 mai 2016
8 min

L'inauguration de l'orgue de Radio France

Après 5 années de construction, d'installation et de réglages, l'orgue de Radio France est inauguré ce week-end. Du samedi 7 au lundi 9 mai, 15 organistes se relaieront pour faire sonner les 5320 tuyaux dans l'auditorium. Retour sur la naissance d'un colosse de 12 m de haut.

Cela peut paraître plutôt curieux mais l'orgue de Radio France ne sera que le troisième à être installé dans une salle de concert en France. A titre de comparaison, un pays comme le Japon en possède près de 400. Il y est d'ailleurs inimaginable de concevoir une salle sans orgue. Chez nous, ce sont dans les églises qu'on les trouve. Mais il semblerait que les mentalités soient en train de changer puisque rien qu'en 2016, Paris s'est doté de deux orgues monumentaux. Elle était l'une des rares capitales au monde à ne pas en avoir.

Voilà qui est réparé. En février dernier, la Philharmonie de Paris inaugurait son grand orgue sorti des ateliers Rieger. Il faut remonter en 1977 pour se souvenir de la dernière installation d'un orgue de concert en France. Ce fut le cas à Lyon dans l'Auditorium Maurice Ravel mais l'instrument n'était pas orginellement conçu pour cette salle puisqu'il s'agit de celui du Palais du Trocadéro, édifié en 1878 pour l'exposition universelle.

L'orgue de Radio France arrive donc à point nommé pour redorer le blason de cet instrument présent dans de nombreuses églises mais peu connu pour ses qualités concertantes. Construit dans les ateliers de Gerhard Grenzing, célèbre facteur allemand installé à Barcelone, l'instrument a été entièrement pensé pour s'intégrer à l'Auditorium de la Maison de la radio, lui-même inauguré en novembre dernier.

"Ce fut un travail colossal, se souvient Jean-Michel Mainguy, le conservateur de l'orgue de Radio France. En plus d'être un très grand instrument, il a la particularité d'avoir deux consoles - l'une, mécanique, située à la tribune, en dessous des tuyaux, l'autre, électrique, qu'on peut installer où l'on veut sur scène - et elles peuvent être jouées toutes les deux simultanément. L'orgue offre donc la possibilité de faire un concert à 2 ou 4 musicien s".

Cette prouesse technique est une première mondiale. Habituellement, les orgues à commande électrique vont directement agir sur le vent qui sonne dans les tuyaux. L'instrument de Radio France, lui, va directement commander la mécanique de la console de tribune. Autre prouesse, Gerhard Grenzing a dû concevoir l'orgue sans connaître la salle qui allait accueillir puisque la construction de l'Auditorium a débuté au même moment. Pour ce faire, le facteur allemand a construit des prototypes dans un bâtiment à peu près similaire pour savoir comment harmoniser les tuyaux. L'harmonisation sur place a duré de longs mois où les techniciens ont travaillé nuit et jour.

www.facebook.com Selon Thomas Ospital, l'orgue de Radio France est une parfaite synthèse du passé, de tout ce qu'a apporté la facture européenne durant des siècles, tout en étant tourné vers l'avenir en intégrant de multiples nouveautés technologiques : régulateur de pression, cymbale transpositrice, coupure pédale ajustable, etc. Et grâce à ces possibilités, Thomas Ospital espère bien qu'un nouveau public saura se laisser tenter. C'est en tout cas la volonté de Radio France : essayer de dépoussiérer l'image qui colle à la peau de l'orgue. Mais sans occulter les racines de l'instrument plaide le jeune organiste basque.

"Il est vrai que l'orgue a une image très liée à l'Eglise. Mais on ne peut pas non plus refaire l'histoire. L'instrument a été intégré à l'église pendant plusieurs siècles et il serait futile de le nier. Il ne faut pas chercher à créer des remparts qui n'existent pas. L'orgue possède deux identités distinctes mais complémentaires. Celle liée à l'église, à la musique sacrée, et celle de concert, comme cet instrument ici à Radio France. Mais un orgue d'église peut tout à fait servir d'orgue de concert. C'est le cas de l'instrument dont je suis titulaire en l'église Saint-Eustache à Paris. Toutes les semaines nous y organisons des auditions laïques, ce n'est pas du tout du répertoire sacré ".

Et ces deux identités, on les retrouvera dans la programmation de la future saison de la Maison de la radio. De la musique sacrée bien sûr avec l'incontournable Jean-Sébastien Bach, les grandes symphonies avec orgue, le répertoire contemporain et de création. Mais aussi des ciné-concerts pour pour laisser la place à l'improvisation très importante chez les organistes. On en aura un aperçu très prochaine, dimanche 8 mai à 19h30, avec la projection de Nosferatu le vampire de Murnau avec une improvisation de Juan de la Rubia. Les concerts sont gratuits, il suffit de réserver sa place sur maisondelaradio.fr.

Samedi 7, dimanche 8 et lundi 9 mai, grand week-end d'inauguration de l'orgue de Radio France. A cette occasion, France Musique met à l'honneur ce chef-d'oeuvre du facteur Gerhard Grenzing, dimanche 8 mai dès 7h et invite l'auditeur à découvrir toute la richesse et les facettes de l'orgue à travers une programmation spéciale et de nombreux concerts.

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