Mercredi 11 novembre 2015
8 min

L’affaire des loges de l’Opéra Garnier en 5 questions

Depuis quelques jours, une polémique enfle autour de l’installation de cloisons amovibles dans les loges du Palais Garnier. Aliette de Laleu revient sur cette affaire en 5 questions/réponses.

Comment est née la polémique?

La polémique naît en fin octobre quand le directeur de la rédaction de la revue Connaissance des arts publie sur le site du magazine un article intitulé: Transformation scandaleuse des loges de l’Opéra Garnier. Dans son papier, Guy Boyer affirme que «certaines cloisons des loges centrales ont été supprimées.»

Outre le changement esthétique, l’article avance les raisons de cette surpression comme une «seule raison économique», puisque ces «supressions» de cloisons permettraient l’ajout de sièges dans l’Opéra Garnier.

Pour pimenter le tout, Guy Boyer ajoute que l’Opéra de Paris a commencé ces travaux sans autorisation de la Drac, la Direction des affaires culturelles de Paris. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que de nombreux médias ou sites spécialisés relaient l’info et qu’une pétition soit mise en ligne pour l’arrêt de ces travaux.

Le 8 novembre, Hugues Gall, ancien directeur de l’Opéra de Paris (de 1995 à 2004) et membre de l’Académie des beaux-arts écrit dans le Journal du Dimanche une tribune pour dénoncer le projet des cloisons amovibles, et compare les travaux dans le Palais Garnier aux destructions de sites culturels et historiques syriens dans la ville de Palmyre: «Les vandales ne sont pas qu’à Palmyre.»

Stéphane Lissner, directeur de l'Opéra de Paris dans une loge du Palais Garnier ©GDecalf/RadioFrance
Stéphane Lissner, directeur de l'Opéra de Paris dans une loge du Palais Garnier ©GDecalf/RadioFrance

Quels travaux sont effectués sur les loges?

Hier, l’Opéra de Paris publiait une mise au point sur leur site pour préciser la nature des travaux qui porte sur différents aspects.

Il y a d’abord la rénovation des cloisons actuelles, très abîmées car vétustes et souvent déplacées au fil du temps pour des soirées exceptionnelles comme la venue d’un Président. Dans les loges, il existe déjà un système pour enlever et remettre les cloisons, l’idée de l’Opéra de Paris est donc de le simplifier pour que les cloisons soient plus facilement maniables.

Et en installant ce nouveau processus sur rails accrochés au plafond, l’Opéra de Paris en a profité pour que les cloisons soient remises en état. Elles ont retrouvé un tissus d’origine, et ont été réparées.

Ces travaux nécessitent d’enlever un moment le mobilier pour que les rails soient installés, mais rien ne sera ni enlevé, ni ajouté par la suite.

A gauche une ancienne cloison, à droite une cloison après rénovation ©GDecalf/RadioFrance
A gauche une ancienne cloison, à droite une cloison après rénovation ©GDecalf/RadioFrance

Les travaux ont-ils été validés?

Les travaux n’ont pas été validés par la Drac. Seul un accord de principe entre l’Opéra de Paris, la Drac et l’architecte en chef des monuments historiques Pascal Prunet, a été conclu en juin 2014.

Cette non-validation définitive n’implique pas de travaux. Cependant, le trio tente de s’accorder en se cachant derrière un terme flou: prototype. Ce qui a été installé aujourd’hui dans l’une des loges du Palais Garnier est donc une étape de test avant l’accord définitif pour travaux.

En réalité, les modifications sur monuments historiques comme l’Opéra Garnier, doivent suivre une procédure bien précise, il est donc fort probable que l’institution ait brûlé quelques étapes comme celle de la validation définitive pour le début de l’installation des rails dans les loges de Garnier.

La mise en place des cloisons demande une minute maximum, une fois le coup de main pris ©GDecalf/RadioFrance
La mise en place des cloisons demande une minute maximum, une fois le coup de main pris ©GDecalf/RadioFrance

Qui gère le projet?

L’Opéra de Paris est à l’origine du projet. Plus exactement la direction d’avant 2014, donc sous la houlette de Nicolas Joel, ancien directeur de l’Opéra. Après sa nomination en été 2014, Stéphane Lissner a donc repris les choses en main en partenariat avec la Drac et l’achitecte Pascal Prunet, qui étaient déjà concernés par le projet initial.

Ensuite, dans la répartition des rôles, l’Opéra de Paris est aux commandes, l’architecte en chef des monuments historiques a un rôle consultatif, tandis que la Drac joue les régulateurs et suit le projet de très près.

Une loge du Palais Garnier encore en travaux ©GDecalf/RadioFrance
Une loge du Palais Garnier encore en travaux ©GDecalf/RadioFrance

Y a-t-il une marche arrière possible?

Non. La Drac semble marcher dans la direction des travaux. Seul l’architecte en chef émet avoir des réserves qui n’ont pas été étudiées par l’Opéra de Paris. Mais si le terme prototype est pris au sérieux, toutes les modifications sont possibles à ce niveau là. Seulement, les cloisons amovibles seront bel et bien installées.

Elles permettront de dégager une trentaine de place dans Garnier avec une meilleure visibilité et une meilleure acoustique selon une étude réalisée avec l’accord du trio: Drac, Opéra et architecte.

Stéphane Lissner mise sur une fin des travaux pour 2016 ©GDecalf/RadioFrance
Stéphane Lissner mise sur une fin des travaux pour 2016 ©GDecalf/RadioFrance

A lire pour plus d'informations sur cette affaire : Modification des loges de l'Opéra de Paris: que s'est-il passé ?

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