Jeudi 30 avril 2015
15 min

Jérôme Pernoo veut créer le Centre de musique de chambre de Paris

Le violoncelliste Jérôme Pernoo fait appel au financement participatif pour ouvrir le Centre de musique de chambre de Paris, dans la salle Cortot. Une idée conçue sur le constat que la musique de chambre souffre de ne pas avoir de lieu dédié dans la capitale, voire ailleurs en France.

Accorde-t-on suffisament de place à la musique de chambre en France ? Visiblement pas assez selon le violoncelliste Jérôme Pernoo. Voilà quelques années qu'il nourrit l'idée d'ouvrir un lieu entièrement dédié à cet immense répertoire de la musique. Et son rêve est sur le point d'aboutir avec la création prochaine duCentre de musique de chambre de Paris qui s'installera à la salle Cortot dans le 17e arrondissement.

L'idée est simple : proposer des concerts chaque semaine avec les plus grands chefs d'oeuvre de la musique de chambre, ainsi que des créations contemporaines. Un lieu où l'on peut venir sans réservation et à bas prix. Car même si la grande majorité des musiciens ont (ou ont eu) une expérience de chambriste, rares sont les lieux, et notamment à Paris, où la musique de chambre s'y sent comme chez elle.

L'ouverture est prévue pour le 21 novembre 2015 et le Centre devrait apporter un peu de fraîcheur. Jérôme Pernoo va constituer une troupe de musiciens chambristes, à la manière d'une troupe de comédiens de théâtre. De jeunes musiciens à peine sortis du conservatoire qui travailleront des programmes variés en profondeur. Cette troupe permettra également de donner plusieurs concerts d'un même programme afin de toucher un plus large public.

Le lieu n'a pas été choisi au hasard non plus. "La salle Cortot est l'écrin idéal pour la musique de chambre. La jauge de 400 places permettra une réelle proximité entre les artistes et le public. On veut en faire un lieu vivant, simple d'accès. Le foyer va être transformé pour pouvoir boire un verre, manger quelque chose. Il y aura également un système d'abonnement, comme un carte de cinéma. On viendra quand on veut, sans réservation avec des places à 5 euros ", décrit l'enthousiaste Jérôme Pernoo. Les concerts auront lieu du jeudi au dimanche chaque semaine avec deux services d'une heure par soirée : 20h et 21h30

Le public pourra venir chanter des cantates de Bach chaque dimanche avec partitions et répétition à partir de 10h30. Le jeune public sera également particulièrement choyé avec des performances le dimanche après-midi.

Alors évidemment, la question financière se pose dans ce contexte douloureux pour de nombreux orchestres, salles et festivals. Le Centre de musique de chambre de Paris compte s'appuyer dans un premier temps sur le mécennat et sur le financement participatif. Aucune subvention publique pour l'instant. Le Centre est d'ailleurs actuellement en campagne de crowdfunding sur le site Kiss Kiss Bank Bank pour récolter les fonds nécessaires au lancement de la première saison.

La musique de chambre se fait rare à Paris

Il y avait bien la salle Pleyel qui en programmait de temps en temps, mais l'acoustique ne permettait pas forcément que la magie de l'intimité avec les musiciens opèrent. Il ne faut pas oublier que la musique de chambre est une musique de salon. Il faut "absolument privilégier la proximité avec le public " affirme Antoine Manceau, manager général de La Belle Saison - Concert Halls, un réseau de salles et de théâtres en France qui comportent les caractèristiques optimales de travail, de jeu et d'écoute pour la musique de chambre.

Des jauges comprises entre 300 et 500 fauteuils, parfois moins, c'est la taille idéale pour profiter de l'expérience musicale au maximum. Et force est de constater qu'à Paris, les nouvelles salles dédiées à la musique classique sont dotées de plus d'un millier de places. "Bien sûr, l'acoustique de la Philharmonie de Paris par exemple, peut permettre de prendre du plaisir lors d'un concert de musique de chambre. Mais on perdra ce qui fait l'essence même de style : l'intimité entre les artistes et le public " remarque Antoine Manceau.

"Il n'y a pas de lieu réellement estampillé "musique de chambre", c'est un manque car le répertoire est immense et il y a un public pour ça. La musique de chambre est d'ailleurs une des meilleures portes d'entrée à la musique classique, le côté intimiste et proche de l'artiste permet de plus facilement captiver l'attention du public, et notamment celui du jeune public ". C'est en partant de ce constat qu'il manquait un "temple" de la musique de chambre, que La Belle Saison a été lancée par Olivier Mantei, Olivier Poubelle et Jean-François Dubos.

Le maillage de cette vingtaine de salles réparties sur l'ensemble du territoire et même en Grande-Bretagne, en Belgique et bientôt en Italie permet de mutualiser certains coûts de production. "Il ne faut absolument pas s'isoler dans ce type de programmation. C'est la mutualisation qui va permettre de pouvoir financer un projet avec des musiciens et de le faire tourner dans le réseau de salles ".

Car outre l'aspect acoustique, la musique de chambre peut poser un autre problème d'ordre économique. Il n'est pas toujours évident de trouver l'équilibre financier entre une petite billetterie, du fait de la petite jauge, et le cachet des artistes qui peut être élevé. Un risque que beaucoup de structures se refusait à prendre à une certaine époque où les prestations d'un quatuor pouvait atteindre des sommes exorbitantes. Heureusement, il y a une prise de conscience des musiciens. Ils y ont aussi vu leur intérêt. Revoir son cachet à la baisse pour pouvoir "tourner" plus et toucher plus grand nombre, est au final plus intéressant sur le long terme.

Ce modèle économique prôné par La Belle Saison semble fonctionner et attirer. De nombreux artistes ont déjà intégré le réseau : le Trio Wanderer, la pianiste Vanessa Wagner, le violoncelliste Henri Demarquette ou encore le Quatuor Ardeo.

Jérôme Pernoo en concert ce jeudi 30 avril au Festival de Pâques de Deauville, Quatuor n°1 pour violon, alto, violoncelle et piano opus 15 de Gabriel Fauré

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