Mardi 2 février 2016
7 min

Fausto Romitelli en trois mots : Low-fi, Hi-Fi, Transe

Isabella Vasilotta nous livre les portraits de trois compositeurs au programme du Festival "Présences" 2016, consacré à l'Italie. En trois mots, voici Fausto Romitelli : Low-fi, Hi-Fi et Transe.

Lundi 1er, mardi 2 et mercredi 3 février, la musicologue, compositrice, et directrice artistique du Concours International de Piano XXe d'OrléansIsabella Vasilotta nous livre les portraits de trois compositeurs à l'honneur du Festival Présences 2016: Luca Francesconi, Fausto Romitelli et Francesco Filidei. Voici "en trois mots", portrait de Fausto Romitelli :

Pour Fausto Romitelli, la composition est un acte au cours duquel il crée une synthése entre la réalité qui l’entoure et sa propre sensibilité musicale. Selon le compositeur, notre vie quotidienne se présente sous la forme d’un monde sonore low-fi, c’est-à-dire en basse résolution, constitué de sons qui ne sont que rarement naturels. Notre ouïe capte un son généralement filtré et compressé, transmis à travers des haut-parleurs : un son non pas lié au signal naturel mais au signal distordu.

Pour aller à l’encontre de ce son hautement contemporain, il faut sortir des portes du conservatoire, et, pour reprendre les mots du compositeur s’échapper loin de « l’Arcadie d’un son cultivé, propre et bien habillé d’intentions, mais sans corps, ni chair, ni sang ». Romitelli est allé chercher ce son loin de l’académie, pour finalement le trouver dans certaines musiques actuelles. L’attention du compositeur s’arrête en particulier sur le rock psychédélique et la techno avec un « intérêt de double nature » : sonore et contextuel.

Dans TRASH TV TRANSE pour guitare électrique, nous entendons les sonorités du rock psychédélique mais aussi une élaboration sonore très détaillé, en haute résolution, car Romitelli est aussi hi-fi.

Le dernier travail de Fausto Romitelli « An Index of Metals » commence avec un accord issu de la chanson « Shine on you crazy diamond » des Pink Floyd. L’emploi de cet accord dans l’introduction d’An Index of Metals illustre bien la dichotomie low-fi/hi-fi qui se trouve dans la musique de Romitelli. En effet, il prend comme base de travail un matériel non-académique, le low-fi et il le répète jusqu’à le saturer en travaillant sur le spectre sonore de cet accord, l’orchestrant alors selon une technique high-fi, la technique spectrale.

L’introduction d’An Index of Metals sera suivi du premier Intermezzo confié au groupe de musique techno expérimentale Pan Sonic. Romitelli intègre dans son œuvre les mondes de la techno et du rock psychédélique pour des raisons sonores mais aussi pour atteindre un état qui est notre troisième mots clef… la transe.

Romitelli se sert de musiques non académiques comme la techno qui cherche à provoquer un état de transe grâce à ses sonorités, à sa forme et au contexte dans lequel on l’écoute. Selon Romitelli, la transe ouvre à l’auditeur les portes de sa perception car elle met le corps tout entier au centre de l’écoute.

« Beaucoup plus que les écrivains, les cinéastes et les artistes, les compositeurs aujourd’hui sont obligés de se taire : parce que l’industrie culturelle empêche les personnes d’écouter et la normalisation des esprits supporte seulement la charge de produits pré-confectionnés très facilement digestibles. J’ai parfois l’impression d’être un virus, trop isolé pour attaquer un corps aussi fort et bien nourri ; c’est pourquoi le virus reste tranquille et songe au corps qu’il voudrait détruire, en attendant des temps meilleurs. »

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