Lundi 24 novembre 2014
16 min

Diapason d'or, ffff de Télérama, Choc de Classica... quel impact ont les récompenses sur les ventes de disques?

France Musique vous fait vivre en direct la cérémonie des Diapason d'or de l'année 2014 ce lundi 24 novembre à 20h. L'occasion de s'intéresser au rôle de ces récompenses sur les ventes de disques.

Vincent Josse reçoit Gaëtan Naulleau, chef de la rubrique disques chez Diapason.

Ce lundi 24 novembre 2014 à 20h, France Musique retransmet en direct la soirée des Diapason d'or de l'année avec la présence des artistes primés. Depuis plus de 20 ans, ce prix est considéré comme la récompense la plus prisée en matière de disque de musique classique. Un jury composé de critiques du magazine mensuel Diapason et de producteurs de France Musique couronnent les CD et les DVD incontournables de l'année écoulée.

L'occasion de s'intéresser à l'importance de ces distinctions accordées par la critique. Permettent-ils aux disques de mieux se vendre? A quel point sont-ils courtisés par les artistes et leur maison de disque. Qu'est-ce qui fait qu'un disque se vend actuellement dans un marché soumis à rude épreuve?

Ces petites étiquettes ou stickers collées sur les pochettes de disques sautent généralement aux yeux des consommateurs. Ils sont disposés en tête de gondole dans les rayons des magasins. Diapason d'or, le "ffff" de Télérama, le Choc de Classica ou encore le Choix de France Musique, ces stickers ont pour rôle d'aiguiller le client à choisir un disque les yeux fermés, à l'image des étiquettes de concours qu'on retrouve sur les bouteilles de vin.

Chez Diapason, ce sont les 40 critiques spécialisés qui proposent après écoute de décerner un Diapason d'or. Ensuite, un jury de quatre critiques se réunit pour valider ou non la distinction. En moyenne, cinq sont décernées chaque mois et l'équipe de la rédaction en chef s'assure que le résultat soit homogène mais ne se force pas à en décerner plus qu'il n'en faut. Si seuls trois disques le méritent tel mois, le mensuel n'en décernera que trois.

Les disquaires spécialisés se tiennent au courant chaque mois des disques remarqués par la critique. Patrick Rondeau, responsable de l'antenne musique classique chez Gibert Joseph dans le 6e arrondissement de Paris épluche Diapason, Classica, écoute les radios spécialisées. "Nous sommes obligés de le faire car dès qu'un disque fait l'objet d'un article ou d'une chronique, nous sommes sûrs que dès le lendemain plusieurs clients vont venir nous le demander ".

Pour Patrick Rondeau, un autocollant Diapason d'or ne fait pas tout non plus. Il faut aussi que le disque soit accompagné d'une campagne de publicité et de promotion dans les médias. "Il n'y a pas vraiment de secrets. Les disques de labels indépendants qui ont reçu une récompense se vendront un peu mieux mais toujours beaucoup moins bien que le dernier Bartoli qui lui a bénéficié d'un important dispositif marketing, par exemple ". Dans son magasin Gibert Joseph, l'un des derniers de France à vendre uniquement des disques de musique classique neufs et occasion, le dernier Bartoli se vendra à 300 exemplaires alors qu'un artiste moins connu mais primé se vendra à une quinzaine d'unités.

Et ça, les labels l'ont bien compris même s'ils ne disposent pas des mêmes fonds pour faire de la publicité autour de la sortie d'un disque. Chez Outhere Music, une maison de disques belge propritétaire d'une dizaine de labels français spécialisés dans la musique classique, on est très attentifs aux distinctions décernées. En tant que responsable de la communication, Stéphanie Flament, s'assure que toutes les rédactions et critiques reçoivent bient leurs nouveautés.

L'année dernière, le label Zig-Zag Territoires (Outhere Music) a reçu deux Diapason d'or de l'année, l'un pour le disque d'Amandine Beyer et Gli Incogniti consacré à Corelli et l'autre pour l'enregistrement des Estampes de Debussy par Nelson Goerner. "Quand on reçoit un prix de ce genre, c'est toujours un moment de fête et de fierté pour toute l'équipe. Un Diapason d'or de l'année est énormément prescripteur. C'est l'assurance de mieux vendre le disque et d'avoir une meilleure visibilité pour l'artiste. C'est ainsi que les dates de tournées s'agrandissent considérablement ", précise Stéphanie Flament.

Un disque primé par un Diapason d'or se vendra au minimum deux fois plus qu'un disque normal. Le CD du pianiste argentin Nelson Goerner s'est ainsi vendu à environ 5 000 exemplaires, ce qui est un très bon chiffre pour le label. C'est également l'heureuse expérience qu'a pu vivre la violoncelliste Emmanuelle Bertrand en 2011. Grâce à la sortie de son disque Le violoncelle parle, elle a reçu de nombreux prix, dont le Diapason d'or de l'année, et également le titre d'artiste de l'année décerné par le magazine Diapason et les auditeurs de France Musique.

Elle se souvient que cela avait marqué un tournant dans sa carrière. "C'est extrêmement agréable car c'est la reconnaissance d'un travail sur un programme qu'on a mis des années à penser. C'est aussi l'assurance de pouvoir toucher un public plus large et de leur faire découvrir un répertoire moins connu " déclare-t-elle. Emmanuelle Bertrand se souvient également que suite à ces prix, nombre de programmateurs de concerts et de festivals lui ont demandé de venir jouer le programme de son disque. Un moyen aussi pour les festivals de pouvoir communiquer plus facilement sur un concert ayant reçu les éloges de la presse.

Ces récompenses décernées par les critiques permettent aussi d'une certaine manière de soutenir une industrie du disque qui continue de décliner. Les ventes de CD tous styles confondus ont reculé de 12.6% au premier semestre 2014 par rapport à l'année dernière, le classique baisse moins mais ne représente qu'environ 7% des ventes totales.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :