Mardi 15 mars 2016
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Chorégies d'Orange : démission de Raymond Duffaut sur fond d'ingérence de l'extrême droite Orange

Les Chorégies d'Orange connaissent d'importantes turbulences depuis la démission de son directeur général, Raymond Duffaut. En poste depuis 1981, il a annoncé son départ anticipé en dénonçant une ingérence de la municipalité d'Orange, détenue par Jacques Bompard, étiqueté Ligue du Sud, un parti d'extrême droite.

Que s'est-il passé à Orange pour que Raymond Duffaut, directeur général du festival depuis 1981, décide de démissionner deux ans plus tôt que prévu ? Tout a commencé en janvier dernier avec la démission de Thierry Mariani de la présidence des Chorégies d'Orange. Le député Les Républicains avait choisi de quitter son poste après 20 ans d'occupation pour protester contre le choix du successeur de Raymond Duffaut à la direction générale : Jean-Louis Grinda, l'actuel directeur de l'Opéra de Monte Carlo.

En quittant son poste, Thierry Mariani a laissé la place à Marie-Thérèse Galmard, adjointe à la vie sociale de la mairie d'Orange. Un poste de présidente en intérim prévu par les statuts des Chorégies mais pour combien de temps ? C'est ce flou que dénonce Raymond Duffaut. "Etant donné que le président était démissionnaire, il devait être procédé à l'élection d'un nouveau président, ce qui n'est pas le cas parce que la ville fait une autre lecture des statuts en se référant au processus de l'empêchement. Mais ce n'est pas ce qui est arrivé dans ce cas précis. Un empêchement, c'est lorsqu'on est empêché d'exercer une fonction. Ici, il s'agit d'une démission ".

Raymond Duffaut dénonce un "coup de force " de la ville d'Orange. Une ville détenue par Jacques Bompard, ancien membre du front national, désormais étiqueté Ligue du Sud, un parti affilié à l'extrême droite. Pour le directeur démissionnaire, le message est clair : la ligue du Sud veut mettre la main sur l'un des festivals d'opéra les plus en vue de France. D'autant plus qu'une des toutes premières décisions de la nouvelle présidente a été de lui retirer sa délégation de signature. Raymond Duffaut estime que ses convictions personnelles sont incompatibles avec celles portées par Jacques Bompard. Et par conséquent, il lui est impossible de continuer à occuper sa fonction dans ce climat.

Jacques Bompard, le maire d'Orange, ne voit pas les choses de la même façon. Pour lui, les statuts de l'association sont purement respectés. Son adjointe Marie-Thérèse Galmard, présidente actuelle par intérim est "présidente de droit jusqu'à la fin du mandat ". C'est en tout cas ce qu'a déclaré Jacques Bompard ce week-end à l'AFP. Hier, il n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Marie-Thérèse Galmard, elle, était injoignable. Mais nous avons tout de même pu nous procurer un mail qu'elle a adressé hier en début de soirée aux membres du conseil d’administration des Chorégies d'Orange. Elle nie son intention de rester présidente par intérim jusqu'en 2018. Elle promet que l'élection du nouveau président sera "organisée dans un délai raisonnable [...] dans les toutes prochaines semaines ". Reste à savoir si l'engagement sera tenu. En effet, les statuts n'indiquent pas de délai à respecter. Elle peut donc juridiquement laisser traîner les choses... jusqu'en 2018, date prévue de renouvellement de la présidence de l'association.

En plaçant son adjointe à la tête des Chorégies, Jacques Bompard a pu enfin prendre sa revanche contre Raymond Duffaut et Thierry Mariani. En 1995, il avait présenté sa candidature à la présidence, sans succès. Le voilà désormais à la tête de l'un des plus grands festivals d'art lyrique du monde.

Mais cette tentative de prise de pouvoir par la mairie d'Orange est très mal perçue par le ministère de la culture. La ministre Audrey Azoulay a fait savoir qu'elle jugeait la situation "anormale ". Elle demande que les "règles de gouvernance soient respectées ", faute de quoi le ministère pourrait couper ses relations avec les Chorégies, en supprimant la subvention annuelle de l'Etat. Une menace qui semble avoir porté ses fruits à la lecture du mail envoyé hier par la présidente en intérim. "Un premier pas dans la bonne direction " a déclaré la ministre tout en promettant d'être "vigilante ".

Cette subvention de l'état ne représente que 6 à 7% du budget des Chorégies. Mais son annulation pourrait tout de même être assez pénalisante pour le festival. Bien qu'autofinancé à plus de 80%, les Chorégies sont fragilisées depuis plusieurs années de baisses de subventions ainsi que par la défection de Roberto Alagna en 2013 qui a creusé les caisses. En attendant, le festival se retrouve sans directeur, et ce à 4 mois du début de l'édition 2016. On ignore si Jean-Louis Grinda, le successeur annoncé, est disponible pour prendre son poste avec deux ans d'avance.

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