Jeudi 28 janvier 2016
8 min

Camps de migrants de Calais et Grande Synthe : l'art pour échapper au chaos et la violence

Depuis le mois d'octobre des centaines d'artistes se mobilisent pour dénoncer les conditions de vie des migrants et réfugiés en France. Reportage de Cécile de Kervasdoué à Calais et à grande Synthe.

A Calais, près de 4000 personnes vivent dans un bidonville en tentant de passer illégalement vers leur eldorado : la Grande Bretagne. A grande Synthe, dans la banlieue de Dunkerque, les conditions sont encore plus pénibles pour près de 3000 personnes, dont des centaines de femmes et d'enfants. Pourtant, dans cette misère il y a aussi des richesses, humaines et artistiques, et c'est ce que veulent montrer des collectifs d'artistes français et britanniques qui sont de plus en plus nombreux à faire vivre la culture et la musique dans ces camps.

A Calais, l’art et la culture pour tuer le temps entre deux tentatives de passage outre-manche !

Dans la jungle de Calais, ce sont les Britanniques qui sont les plus actifs. Ils ont installé un dentiste, un hôpital de jour mais aussi une librairie, une radio, un théâtre - le Good Chance Theater - qui propose des ateliers de dessin, de cerf - volants, mais aussi des projection de films, des spectacles et même des concerts de musique classique. La semaine dernière un quatuor de l’école Yehudi Menuhin est venu de Grande Bretagne pour jouer Schubert et Tchaïkovski à un parterre de réfugiés afghans.

Le Good Chance Theatre dans la jungle de Calais © Cécile de Kervasdoué
Le Good Chance Theatre dans la jungle de Calais © Cécile de Kervasdoué

« La musique, c’est le sel de la vie. Cela fait oublier le pire. Ici la vie est difficile : quand on sort de la jungle les gens nous tapent dans la rue parce que nous sommes pauvres, parce que nous sommes Afghans, » témoigne Mohammed, jeune Afghan de 22 ans.

Côté français, un collectif de cinquante artistes « Art in the jungle » s’est monté en octobre dernier pour apporter un peu de rêve, un peu de fantaisie à ceux qui ont les pieds dans la boue. Le 18 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des migrants, ils ont organisé un parcours artistique dans le bidonville de Calais. Graffitis sur les tentes, installations poétiques, sculptures, photos, concert et orchestre…

« L’idée c’était de faire venir les gens qui n’osent pas rentrer dans la jungle pour changer leur regard. Quand vous discutez les yeux dans les yeux avec un jeune homme venu du bout du monde pour fuir la guerre et qui rêve d’avoir un vie normale, vous voyez bien que ça pourrait être votre fils votre frère et vous n’avez plus peur ! » explique Corine Pagny, fondatrice d’Art in the jungle.

Le parcours était construit par le collectif d’artistes mais aussi par Alpha, un Mauritanien et artiste peintre qui vit dans la jungle et qui y a construit une école d’art.

« La vie des réfugiés du monde entier est tellement difficile, tellement incroyable qu’il faut la raconter. Il faut raconter la peur permanente chez nous et ici ! »

A Grande Synthe la violence et la misère sont si présentes que c’est trop tôt pour la culture

En quelques semaines seulement le camp de Grande Synthe dans la banlieue de Dunkerque est passé à la fin de l’été de 200 personnes à 3000. Des hommes, des femmes, des enfants y vivent dans des conditions incroyables. Des tentes trempées qui croupissent dans la boue, des rats gros comme des chats, plus de 200 enfants dans le froid et la peur des rixes entre bandes mafieuses. Lors de notre reportage une fusillade a éclaté dans le camp. Bilan, 4 blessés et des réfugiés en état de choc.

« Le camps est au main de la mafia, des passeurs albanais et afghans. Ici nous n’avons pas besoin de culture, nous avons de l’eau et de la nourriture grâce au bénévoles, mais ce que nous voulons, c’est aller en Grande Bretagne ! »

Dans le camp de Grande Synthe © Cécile de Kervasdoué
Dans le camp de Grande Synthe © Cécile de Kervasdoué

Le collectif Art in the jungle prévoit néanmoins de monter un parcours artistique à Grande Synthe quand les réfugiés auront été déménagés dans un camp aux normes internationales à la fin du mois de février.

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