Le concert du soir
Concerts
Vendredi 2 février 2018
1h 58mn

La grande dame du piano russe Elisabeth Leonskaja dans le "4ème Concerto pour piano" de Beethoven

Hier nous avions rendez-vous avec le "Concerto pour piano n°3" interprété par Alice Sara Ott, et ce jour, c’est la grande pianiste Elisabeth Leonskaja qui nous jouera le "Concerto pour piano n°4" achevé en 1806 et que Beethoven dédia à l'archiduc Rodolphe d'Autriche.

La grande dame du piano russe Elisabeth Leonskaja dans le "4ème Concerto pour piano" de Beethoven
Elisabeth Leonskaja , © Julia Wesely

Il s’agit ce soir du deuxième extrait de l’intégrale des Concertos pour piano de Beethoven dirigés par Mikko Franck avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Le concert, 1ère partie

♫ Ludwig van Beethoven
Fantaisie pour piano opus 77

George Onslow
Symphonie n°2

Orchestre philharmonique de Radio France
Mikko Franck direction

L'entracte
L'entracte, © Radio France / Christophe Abramowitz

Avec Elisabeth Leonskaja

Elisabeth Leonskaja
Elisabeth Leonskaja, © Marco Borggreve

Benjamin François : Une question sur la Fantaisie pour piano opus 77 tout d’abord : nous voici d’emblée en plein dans l’art de l'improvisation chez Beethoven, avec ce discours plein de liberté, emporté même... on croirait entendre du Carl Philipp Emanuel Bach ! (idée qui n'échappa pas à l'Allgemeine musikalische Zeitung de l'époque !) – Comment recevez-vous cette écriture très improvisée et pleine de sensibilité (« empfindsam » en allemand) ?

Elisabeth Leonskaja : En fait, je ne crois pas que l’art de l’improvisation se résume à s’asseoir au clavier pour y jouer n’importe quoi. Derrière se cache la pensée du compositeur et dans ce cas, je le pense, dans un tempo très rapide. Les passages qui interrompent le discours ne nous indiquent que la tonalité où nous nous trouvons présentement. Tout le reste n’était probablement que du travail, du travail à la table ou bien un travail de conception intellectuelle. Mais j’adore cette pièce car à l’intérieur de ces 10 ou 12 minutes, est concentré tout ce que l’on trouvera chez le Beethoven plus tardif, que ce soit dans ses symphonies, dans n’importe quel mouvement lent avec variations, et on apprend beaucoup sur tout ce qu’il a envie de changer.

Benjamin François : si nous en venons maintenant au Concerto pour piano n°4 de Beethoven Elisabeth Leonskaja, seriez-vous d’accord avec votre collègue Ievgeny Kissin, et avec Robert Schumann également, pour dire qu’il s’agit du plus beau et du plus réussi des Concertos pour piano de Beethoven ?

Elisabeth Leonskaja : Je dirais que tout est toujours plus beau de Beethoven. C’est ce qu’il y a de particulier dans son œuvre. Et si je vous disais que le 4ème est le plus beau, j’offenserais le 3ème ou le ravissant 2ème, ou bien même l’incroyable 5ème Concerto !

Benjamin François : dans le 1er mouvement, deux cadences au moins sont à votre disposition. Laquelle des deux préférez-vous ?

Elisabeth Leonskaja : Je joue la grande cadence que je trouve si belle, mais je veux un jour jouer la cadence imaginée par Brahms, son effet est magnifique dans ce premier mouvement et je me suis dit en effet, pourquoi pas ? Je crois qu’il a abandonné tout espoir, et les chorals qu’il fait sonner dans le piano sont sa consolation. Et puis viennent les récitatifs, et puis justement la révolte, et puis à nouveau l’humilité.

Benjamin François : vous êtes une des tenantes de la grande école du piano russe, avec ce son si particulier, si plein, si stable... Est-ce que cette étiquette – peut-être un peu facile dans laquelle on vous range parfois – a encore un sens pour vous ?

Elisabeth Leonskaja : J’ai une haute idée de l’école russe, mais je ne crois absolument pas à ces étiquettes que l’on met sur tel ou tel pianiste en invoquant son appartenance à l’école russe. Je revendique ma personnalité propre. Bien entendu, je viens de Russie, de la grande école russe, mais je vis depuis déjà si longtemps à Vienne. J’ai essayé de faire mienne cette culture austro-allemande, et maintenant je ne sais plus très bien qui je suis. Qui suis-je au juste ? Oui, certainement, une pianiste russe, mais vraiment, sans étiquette !

Propos recueillis et traduits de l'allemand par Benjamin François, le mercredi 24 janvier 2018

♫ Franz Schubert
Suleika II opus 31 D. 717
♫ Johannes Brahms
Geistliches Wiegenlied opus 91 n°2
♫ Piotr Illitch Tchaïkovski
Serenade opus 63 n°6
Marjana Lipovsek, mezzo-soprano
Elisabeth Leonskaja, piano
[Orfeo 2008 Enregistré au Mozarteum le 5 août 1987]

♫ Piotr Illitch Tchaïkovski
1. Seul celui qui sait opus 6 n°6
2. Den Li tsarit opus 47 n°6
Marjana Lipovsek, mezzo-soprano
Elisabeth Leonskaja, piano
[Orfeo 2008 Enregistré au Mozarteum le 5 août 1987]

Le concert, 2ème partie

♫ Ludwig van Beethoven
Concerto n°4 en sol majeur, opus 58

♫ Franz Schubert
Weinen (Pleurer) D. 926
Matthias Goerne, baryton
Elisabeth Leonskaja, piano
[HMC 2008] Sehnsucht

Pour aller plus loin

Téléchargez le programme de salle ici !

Deux livres autour de Beethoven : Beethoven par Maynard Solomon (Fayard) et Les sonates pour piano de Beethoven, un petit guide par Charles Rosen (Gallimard)
Deux livres autour de Beethoven : Beethoven par Maynard Solomon (Fayard) et Les sonates pour piano de Beethoven, un petit guide par Charles Rosen (Gallimard), © Divers

La semaine prochaine


"Festival Présences 2018"

Programme du vendredi 09 février 2018

Festival Présences 2018 - Création musicale de Radio France : "Thierry Escaich, un portrait"
Festival Présences 2018 - Création musicale de Radio France : "Thierry Escaich, un portrait", © Radio France / Christophe Abramowitz
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