Le concert du soir
Concerts
Jeudi 11 janvier 2018
1h 58mn

Le Concert du Nouvel An avec l'Orchestre national de France & Emmanuel Krivine

C’est une invitation jusque dans la capitale autrichienne, avec ces valses endiablées et survoltées, que vous propose l’Orchestre national de France et son directeur musical Emmanuel Krivine pour célébrer cette nouvelle année ! Le Maestro parle de ce programme des plus viennois à l’entracte.

Le Concert du Nouvel An avec l'Orchestre national de France & Emmanuel Krivine
Orchestre national de France, © Radio France / Christophe Abramowitz

Benjamin François a rencontré le directeur musical de l'ONF : Emmanuel Krivine, à l'issue de la répétition générale et en a profité pour lui poser quelques questions.

Benjamin François : Diriez-vous comme Nikolaus Harnoncourt qui s’apprêtait à diriger le concert du nouvel an à Vienne en 2003, que diriger ce concert nécessite d’aimer la danse ?

Emmanuel Krivine : Oui bien sûr, il faut aimer la danse ! Il faut surtout aimer les musiques à danse, c’est-à-dire celles de Dvorák, Brahms, Tchaïkovski et les frères Strauss qui ont toutes un point commun : elles sont tellement belles qu'elle se passent de danse. Ce ne sont pas des supports de danses, c’est de la pure musique qui peut s’écouter sans avoir aucune notion de danse. C’est comme du bon jazz qui s’écoute sans besoin de gigoter. C’est extraordinaire.

J’ai découvert cette musique quand j’étais très jeune, alors élève de Karl Böhm qui était viennois. J’ai passé ma vie dans les valses. Lorsque j’étais jeune et encore violoniste, je suis allé voir Rolf Liebermann pour lui demander d’être chef du ballet de l’Opéra de Paris car j’adorais la musique de danse et plus précisément les musiques de Tchaïkovski. Je passais ma vie à l’opéra. Il a accepté et je me suis finalement rendu compte que j’avais encore des concerts de violon à faire et que je ne pouvais pas accepter. Je voulais mariner dans les ballets de Tchaïkovski. C’est sophistiqué, ne serait-ce qu’avec la timbale lorsqu’elle arrive dans la Valse des fleurs dans l’introduction. Au-delà de la forme c’est du pur génie. Ces musiques de danses se suffisent à elles-mêmes.

Avez-vous une préférence dans la dynastie des Strauss ?

Je dirai que Johann II et Joseph Strauss sont extrêmement attachants. Joseph a pleins d’idées. Sa musique est très vulnérable, très fragile, ça peut faire penser à la personnalité de Tchaikovski. Ce n’est pas du tout conventionnel, la musique de Joseph Strauss est passionnante. Toutefois Johann Strauss II est un génie. Brahms l’admirait. Pour moi c’est l’équivalent de Mozart. C’est le même monde, il y a pleins d’affinités. Alors qu’en France, on préfère comparer Offenbach et Strauss, pourtant ça n’a absolument rien à voir. Ça ne veut pas dire qu’Offenbach n’est pas intéressant mais ce n’est absolument pas la même qualité musicale pure. Offenbach, c’est très lié à l’action et cet humour est très lié à un certain monde bourgeois.

Cette grande admiration que vouait Brahms à Strauss, cela prouve bien que deux grands musiciens peuvent se reconnaître en étant dans deux catégories complètement différentes de la musique.

En effet ! Vous connaissez cette petite phrase qu'a écrit Brahms : "Malheureusement, cette valse n’est pas de moi". Ils se respectaient, s’admiraient. Johann Strauss II connaissait pleins de compositeurs, tel que Bruckner. Si on oublie la valse, le concert de Vienne, toute cette société viennoise et qu’on écoute cela comme du Mozart, ça tient. Alors qu’en général des musiques codifiées, appartenant à une certaine classe sociale ne tiennent généralement pas toute seule.

Cette musique, ce n’est pas du loisir, c’est du plaisir ! C’est une dégustation musicale.

Comment avoir fait sentir à des musiciens qui ne sont pas à l'Orchestre Philharmonique de Vienne, qui ne jouent pas cette musique à longueur d’année, et en seulement quelques répétitions à comprendre l’esprit de cette musique ?

Nous sommes là pour ça, pour suggérer. L’attitude, le geste, le désir, l’oreille font que l’autre partage. C’est vibratoire lorsque l’autre sent que tu entends quelque chose ou que tu désires entendre quelque chose. Ton corps le fait et ça épouse la musique. C’est la circulation de l’énergie.

Le concert, 1ère partie

Johann Strauss II
La Chauve-Souris (ouverture)
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Johann Strauss II
Sous le tonnerre et les éclairs
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Johannes Brahms
Danses hongroises
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Johann Strauss II
Légendes de la forêt viennoise
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Jacques Offenbach
Les Contes d’Hoffmann (barcarolle)
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Josef Strauss
Jockey Polka
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

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-, © Radio France

Avec le chef Emmanuel Krivine et Wilfried Scharf, joueur de cithare

Illustrations musicales :

  • Wolfgang Amadeus Mozart : Ouverture, Les Noces de Figaro K. 492, par Sinfonia Varsovia, Emmanuel Krivine (direction) / Denon
  • Hildegard von Bingen : Kyrie eleison, pour ensemble vocal et cithare, par Ensemble Tiburtina, Margit Ubelacker (cithare) / Ricercar 2017

Le concert, 2ème partie

Carl Maria von Weber / Hector Berlioz
L’Invitation à la valse
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Josef Strauss
Sphärenklänge
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Antonin Dvořák
Danses slaves op. 46 n°1 et op. 72 n°2
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Valse des Fleurs (Casse-Noisette)
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Johann Strauss II
Eljen a Magyar, polka rapide
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

BIS : Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Valse de la Belle au bois dormant
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

Pour aller plus loin

Prochain concert de l'ONF

Le jeudi 18 janvier à 20h au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Au programme :

Gustav Mahler
Symphonie n°3

Anna Larsson, contralto
Chœur de femmes de Radio France
Maîtrise de Radio France
Sofi Jeannin, chef de chœur
Orchestre national de France
Edo de Waart, direction

Ce concert sera retransmis en direct à 20h sur France Musique, présenté par Benjamin François.

Les invités :
L'équipe de l'émission :