Le concert du soir
Concerts
Jeudi 14 décembre 2017
1h 58mn

L'Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach par Trevor Pinnock à la tête de l'Orchestre national de France

Trevor Pinnock, vous connaissez ? C'est un des plus grands clavecinistes et chefs baroques anglais. Nous le recevrons pendant l'entracte de ce concert où retentiront les magnifiques 3 premières cantates de l'Oratorio de Noël de Bach et son sublime 3ème Concerto brandebourgeois.

L'Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach par Trevor Pinnock à la tête de l'Orchestre national de France
Trevor Pinnock, © Matthias von der Tann - TP 20_September_2015

Trevor Pinnock : "Bach finit toujours par percer, quelle que soit la mode, quels que soient les styles de jeu".

Benjamin François a rencontré Trevor Pinnock à l'issue de la répétition générale de l'ONF et en a profité pour lui poser quelques questions.

Benjamin François : Le fait de jouer cet Oratorio de Noël de Bach sur des instruments modernes, est-ce pour vous l’occasion de nous montrer que vous êtes un musicien bien installé en 2017 ?

Trevor Pinnock : Non, pas vraiment. Quand j’ai commencé à jouer sur des instruments anciens voici de nombreuses années, je n’ai jamais eu pour intention que les musiciens sur instruments modernes ne devraient plus avoir accès à la musique de Bach ou de Mozart. Et je pense qu’il est absolument primordial que ces formidables musiciens ici aient la chance de jouer cette musique. Naturellement, ce n’est pas la même chose que jouer sur instruments anciens, mais cela n’a pas d’importance, c’est toujours une musique merveilleuse, et dans cette salle superbe, cela fonctionne parfaitement avec votre orchestre.

Vous avez débuté votre carrière à l’âge de 6 ans comme choriste dans la cathédrale de votre ville natale, Canterbury. Lorsque votre voix a muée, vous êtes devenu organiste et vous avez étudié au très renommé Royal College of Music. Quelles conséquences vos premières influences ont-elles eu sur votre carrière de chef et de claveciniste ?

Je pense que la discipline de travailler dans une maîtrise de cathédrale en Angleterre a formé l’intégralité des bases de ma pratique musicale. J’ai appris à écouter, j’ai appris à jouer, dans un ensemble avec d’autres gens, et c’est tout le fondement de ce que je fais. Cela va un peu à l’encontre du tempérament français d’être un peu trop avec les autres. Mais je pense que ce soir, tout comme nous l’avons vécu durant la répétition ce matin, que nous avons une merveilleuse combinaison entre le fait d’être ensemble et la faculté de susciter l’imagination individuelle. Je suis d’une humeur très joyeuse ici à faire cette musique, et j’ai particulièrement apprécié ce séjour à Paris.

Vous avez acheté votre premier disque de clavecin à l’âge de 13 ans : c’était George Malcom qui jouait la Fantaisie Chromatique de Bach. Cela a-t-il été une révélation pour vous ?

Oui, exactement, ce fut pour moi la chose la plus merveilleuse de cette époque. Bien entendu, c’était un style complètement différent de jeu au clavecin et même de ce que je ferais moi-même, mais ce qui est intéressant, c’est que c’était Bach. Et Bach finit toujours par percer, quelle que soit la mode, quels que soient les styles de jeu. C’est Bach qui survit comme maître jamais égalé.

Trevor Pinnock, le public vous connaît en France comme le fondateur et chef de l’ensemble The English Concert que vous avez fondé en 1966 et dirigé jusqu’en 2003. Peut-être êtes-vous moins connu comme directeur musical d’orchestres sur instruments modernes, en Europe et dans le monde. En tant que pionnier d’interprétations historiquement informées, comment voyez-vous l’avenir de la musique ancienne ?

Je crois qu’il est très important que les ensembles de spécialistes et ceux que j’appelle les « musiciens normaux » observent le paysage. Une des choses qui m’inquiétaient, lorsque je travaillais sur instruments historiques, est que nul ne parlait de l’authenticité de l’espace de jeu. Donc nous jouions nos instruments historiques dans de grandes salles pouvant contenir jusqu’à 2000 personnes. Il se pourrait que ce soit exagéré. Mais bien sûr, des espaces de concert authentiques ne sont pas viables commercialement, parce que cela ne marcherait pas. Mais je pense que l’authenticité réelle signifie aussi l’authenticité du lieu.

Vous avez joué tout le répertoire classique avec de nombreux orchestres. Cela signifie-t-il que vous abordez la musique davantage en interprète qu’en tenant de l’académisme ?

Oui, je n’ai jamais vraiment été un partisan de l’académisme. Mon sens musical est conduit par mon inspiration et par mon estomac. Et j’essaie de suivre cela avec ma tête parce que c’est très important de faire cela. Mais je ne clamerai jamais que je suis un tenant de l’académisme, je me sens pleinement musicien, et c’est de là où je viens.

Propos recueillis et traduits de l'anglais le 14 décembre 2017 par Benjamin François.

Le concert 1ère partie

Jean-Sébastien Bach
Oratorio de Noël - Cantates 1, 2 - BWV 248
Nuria Reial, soprano
Ann Hallenberg, mezzo-soprano
Mauro Peter, ténor
Andrè Schuen, baryton
Choeur de Radio France
Edward Caswell, chef de choeur
Orchestre national de France
Trevor Pinnock, direction

L'entracte

-
-, © Radio France
  • Avec la soprano Nuria Rial et le ténor Mauro Peter.

Illustration musicale : Georg Friedrich Händel : Ouverture + Gigue, Suite en ré majeur HWV 341 (arrangement pour trompette, orchestre et basse continue), par Alison Balsom (trompette baroque), The English Concert, Trevor Pinnock (direction) / EMI Classics 2012

  • Avec le chef et claveciniste Trevor Pinnock.

Illustration musicale : Georg Friedrich Händel : Chaconne en sol majeur HWV 435, par Trevor Pinnock (clavecin) / Achiv.

Le concert 2ème partie

Jean-Sébastien Bach
Concerto brandebourgeois n°3 - BWV 1048
Oratorio de Noël - Cantate 3 - BWV 248

Nuria Rial, soprano
Ann Hallenberg, mezzo-soprano
Mauro Peter, ténor
Andrè Schuen, baryton
Choeur de Radio France
Edward Caswell, chef de choeur
Orchestre national de France
Trevor Pinnock, direction

Pour aller plus loin et vous plonger dans l'ambiance de Noël...

À ÉCOUTER

Le Bach du dimanche 10 décembre 2017

Prochain concert de l'Orchestre national de France :

Enregistré le 16 novembre 2017, concert de l'ONF avec le pianiste Jean-Yves Thibaudet, diffusé le jeudi 21 décembre 2017.

Au programme :

  • Franz Liszt / Heinz Holliger : Nuages gris - Unstern, transcriptions pour orchestre
  • Franz Liszt : Concerto pour piano et orchestre n°2
  • Richard Strauss : Ainsi parlait Zarathoustra

Jean-Yves Thibaudet piano
Orchestre national de France
Emmanuel Krivine direction

L'équipe de l'émission :