Le concert du soir
Concerts
Vendredi 19 janvier 2018
1h 57mn

Dvořák, Symphonie n°7 par l'Orchestre philharmonique de Radio France et Leonidas Kavakos

Vous êtes plutôt casserole, couvercle, torchon, fouet ou balai ? Ce soir on sera un peu tout avec la Revue de Cuisine de Martinů. Après cette délicieuse mise en bouche, les talentueux commis-solistes de l’Orchestre du Philharmonique de Radio France nous régaleront de la Symphonie concertante...

Dvořák, Symphonie n°7 par l'Orchestre philharmonique de Radio France et Leonidas Kavakos
Leonidas Kavakos , © Marco Borggreve

... pour vents de Mozart, et on refermera donc cette soirée avec une douceur romantique de Dvořák : sa Septième Symphonie.
Tout ceci dirigé de la main du Chef Leonidas Kavakos, fidèle habitué du Philharmonique de Radio France. (N.P.)

Répétition matinale du concert (vendredi 19/01/2018)
Répétition matinale du concert (vendredi 19/01/2018), © Benjamin François

Le concert, 1ère partie

♫ Bohuslav Martinů
Ballet pour violon, violoncelle, clarinette, trompette, basson et piano
1. Prologue
2. Introduction
3. Danse du moulinet autour du chaudron
4. Danse du chaudron et du couvercle
5. Tango (Danse d'amour)
6. Charleston (Le duel)
7. Entr'acte (Lamentation du chaudron)
8. Marche funèbre
9. Final (Danse enlevée)
10. Allegretto (Fin du drame)
(Durée 22 minutes)

ITV de Floriane Bonanni, violoniste à l'Orchestre philharmonique de Radio France.

♫ Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor, basson et orchestre en mi bémol majeur, K 297b
1. Allegro
2. Adagio
3. Andante con variazioni
(Durée 28 minutes)

♫ Antonín Dvořák
Symphonie n°7, en ré mineur, opus 70, B 141
1. Allegro maestoso
2. Poco adagio
3. Scherzo : Vivace - Poco meno mosso
4. Allegro
(Durée 40 minutes)

Hélène Devilleneuve hautbois
JérômeVoisin clarinette
JulienHardy basson
AntoineDreyfuss cor
Wladimir Weimer basson
Alexandre Baty trompette
Floriane Bonanni violon
RenaudGuieu violoncelle
CatherineCournot piano
FrancescoUgolini violon solo
Orchestrephilharmonique deRadioFrance
LeonidasKavakos direction

C'est L'entracte !
C'est L'entracte ! , © Radio France / Christophe Abramowitz

Un moment avec HélèneDevilleneuve, hautbois et Leonidas Kavakos, chef

Hélène Devilleneuve (à gauche) et Leonidas Kavakos (à droitte)
Hélène Devilleneuve (à gauche) et Leonidas Kavakos (à droitte), © Sylvaine Pierre et Marco Borggreve / DECCA

Benjamin François : Cette 3ème symphonie de Dvorak a été créée pour le public londonien et Brahms a dit à son protégé qu’il devait quelque peu oublier ses origines bohémiennes pour devenir un compositeur reconnu à l’international. Cela s’entend-il dans sa symphonie ?

Leonidas Kavakos : C’est drôle, car de quelque côté que vous preniez le problème, car à la fin, avec ce genre de belles personnalités, la marque est indélébile, et elle est immédiatement reconnaissable. Il est vrai que dans cette œuvre, il essaie d’être – disons – un cacique de la symphonie, c’est visible dans la partition, mais le succès d’une bonne interprétation réside dans le fait qu’on ne s’en rende pas compte. Car cette musique est si riche, si pleine de changements, de caractères différents. En fait, elle est très théâtrale. Et je crois que l’ouverture du 1er mouvement pourrait constituer une scène d’opéra. Il y a tant de caractères qui entrent directement, et on perçoit le thème immédiatement. Mais d’une certaine manière, ce n’est pas forcément une déclaration, mais une sorte d’atmosphère à vous donner la chair de poule. Je pense qu’aucun mélomane ne pourrait écouter cette symphonie pendant plus de 30 secondes sans dire : c’est nécessairement du Dvorak !

Benjamin François : Dvorak avait adoré la 3ème Symphonie de Brahms créée peu de temps auparavant : entendez-vous ces influences brahmsiennes dans cette 7ème Symphonie ?

Leonidas Kavakos : Il y avait 2 géants, et l’un savait ce que l’autre faisait. Et vous pourriez dire que Dvorak pensait à Brahms, mais Brahms n’a jamais écrit un concerto pour violoncelle après avoir entendu le concerto pour violoncelle de Dvorak. Parce qu’il pensait que c’était une pièce qu’il ne serait incapable de dépasser. Donc nous parlons de deux géants, et je trouve très bien qu’il existe une sorte de communication entre eux, et que l’un apprécie ce que fait l’autre, car à la fin, chacun d’eux est devenu meilleur. Brahms recherchait les éléments populaires dans sa musique, et il les a adopté dans nombreuses de ses œuvres, tandis que pour Dvorak, ces éléments étaient instantanément là, et il n’a même pas eu besoin d’y penser. Et vous les rencontrer tout le temps ! Et cela rend chacun d’eux plus riche. Ma conviction personnelle est que ces deux grands esprits qui ont créé des chefs d’œuvres et qui touchent l’âme de tout un chacun par-delà le temps, certes ils étaient humains comme nous le sommes, mais il y avait quelque chose d’autre en eux. Je crois que Dvorak crée seulement une œuvre qui est extrêmement pleine de fantaisie, pleine de paysages, pleine de danses. Quand vous pensez au 3ème mouvement, la manière dont il « swing », la manière dont il danse. Et quant au dernier mouvement, il commence d’une manière peu commune, parce qu’il procède d’une écriture très narrative. J’ai toujours l’impression qu’une histoire se cache là-derrière. Il voulait simplement que la musique tchèque accède à un statut international, et je ressens cette sorte de fierté dans son écriture. Mais l’effet positif est que cela ne passe jamais devant la musique elle-même, et son effet. Et c’est ce qui la rend superbe.

Benjamin François : Dans le mouvement lent, Leonidas Kavakos où Dvorak a ajouté en note de bas de page : « provient des années tristes ». On sait que c’est une allusion à la récente disparition de sa mère, et peut-être aussi de la mort possible d’un de ses enfants. Pour Dvorak, cette 3ème Symphonie ne sert-elle pas aussi à oublier, à conjurer les mauvais coups du destin ?

Leonidas Kavakos : Ces gens, ils étaient des humains comme nous tous, dans le sens où ils avaient une enveloppe corporelle. Et ils souffraient des mêmes tourments dont nous souffrons. En un sens, leurs créations incluent ces sentiments, et pour nous tous, ce sont des sentiments auxquels nous pouvons associer des choses et auxquels nous pouvons nous identifier. Et d’une certaine manière, il y a là des choses qui sont délicates dans la musique de ces compositeurs. Pour moi ces choses sont divines et je crois que cette musique vient d’ailleurs. Souvent vous vous demandez comment cela est possible que des compositeurs aient tant composé, si vous prenez l’exemple de Bach ou Mozart. Mais évidemment, ils étaient aussi humains. Ils étaient touchés par ce qui se passait autour d’eux… Mais j’aime ne pas rester à ce stade. Car je crois que leur musique et cette sorte de création artistique ont un spectre beaucoup plus large.Et il est bon d’être conscient de tous ces détails, mais à la fin, le centre de cette musique est quelque chose de beaucoup plus profond que cela.

Benjamin François : en plus d’être chef, vous êtes un merveilleux violoniste : comment conjuguez-vous vos deux métiers ?

Leonidas Kavakos : pour moi c’est de la musique. C’est juste une manière différente de faire. Ce qu’il y a de fascinant avec un orchestre est de créer ce que vous avez dans votre esprit, mais à travers le jeu d’autre personnes. Et c’est ce qu’il y a de magique dans le travail entre un chef et un orchestre. Et c’est aussi la magie de ce niveau de communication, qui est au-delà de la logique. Aussi dans les répétitions, mais parfois vous êtes face à la situation où vous n’avez pas assez de temps pour répéter. Et là vous constatez que grâce à la concentration de l’esprit, la communication atteint un niveau où vous n’avez plus besoin de mots. Juste grâce à cette sorte de magnétisme, ou bien d’ondes, ou bien de ce qui se passe entre le chef et l’orchestre, ou bien entre les collègues musiciens qui sont conscients de ce que les autres font, vous accomplissez une unité d’expression. Et il n’est pas possible d’expliquer cela par la logique. Parce que dans un discours logique, cela voudrait dire que si 100 personnes ont à communiquer entre elles, et que le chef d’orchestre vient de nulle part, et qu’en 3 jours il doit être capable de communiquer avec chacune d’entre elles, avec les 100 personnes, c’est juste impossible. Comment cette unité s’impose-t-elle ? C’est là qu’intervient autre chose : la première chose, la plus importante, c’est la partition. Et personne ne la remet en question. Personne n’émet le moindre doute. Et une concentration, un respect s’installent immédiatement sans soulever la moindre question. Et c’est alors que nous intervenons : les musiciens, le chef. Et cette intervention doit être la plus ténue possible. En travaillant le plus possible les détails pour faire ressortir ce qui n’est pas exprimable par des mots, car nous ne devrions pas réciter les vers du poète, mais nous devrions réciter ce qui est caché derrière les mots. Vous pouvez regarder la partition, vous pouvez jouer les notes, vous pouvez insérer les notes dans un programme informatique, et lui demander de jouer toute la symphonie. Mais cela ne sera jamais de la musqiue ! Parce que nous essayons tous de trouver ce qui se trouve en-dessous. Et c’est un mystère, et c’est la raison pour laquelle le niveau de communication accède à une nouvelle sphère, quand les personnes se concentrent. Et c’est une chose de magique. Je ne crois pas que quelque chose de comparable existe dans une autre situation. C’est vraiment impressionnant et c’est ce qui me fascine dans la direction d’orchestre.

Propos recueillis le 19 janvier 2018 et traduits de l'anglais par Benjamin François

Le concert, 2ème partie

Francisco Tarrega
Recuerdos de la Alhambra (arrangement pour violon)
Leonidas Kavakos violon

Igor Stravinsky
Danserusse, Petrouchka - arrangement pour violon et piano
Leonidas Kavakos violon
Enrico Pace piano
DECCA

Manuel de Falla
Le tricorne, Danza del molinero (réduction pour violon et piano)
Leonidas Kavakos violon
Enrico Pace piano
DECCA

La semaine prochaine avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France :
Concert du Vendredi 26 janvier 2018 : Résonances (Concert enregistré le mardi 17 octobre 2017 au studio 104 de La Maison de la radio)
Vous pouvez consulter le programme sur le site maisondelaradio.fr

Bon week-end à tous à l’écoute de France Musique.

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