Le concert de 20h
Concerts
Vendredi 8 mai 2020
2h 28mn

Spéciale Keith Jarrett

Une soirée avec Keith Jarrett en concert au Japon, les "Sun Bear Concerts" paru chez ECM.

Spéciale Keith Jarrett
Keith Jarrett, © Getty / Tom Copi

Pendant deux semaines, en novembre 1976, Keith Jarrett a ouvert des horizons impensables dans sept grandes villes japonaises pour une série historique de concerts improvisés (qui ne sont pas tous inclus dans cet enregistrement). Le résultat fut un ensemble de 10-LP, maintenant télescopé sur six CD, qu'il faut entendre pour le croire. Dans cette modeste boîte grise typographiée, bat l'un des cœurs créatifs les plus profonds d'ECM. À la lumière de cela, une ligne plus appropriée pourrait se lire : Keith Jarrett est la musique elle-même. 

Nagoya, le 12 novembre 1976

Dans la première partie, non seulement Jarrett s'inspire de ses voyages, semble-t-il, mais il en crée aussi de nouveaux au fur et à mesure qu'ils se produisent. Cette musique commence dans une étreinte intime, dans la tessiture medium du piano, de sorte que lorsque les notes aiguës commencent à happer notre attention, nous les ressentons avec acuité : un picotement dans la colonne vertébrale, un tintement à l'arrière du cerveau, un sursaut dans les battements de notre cœur. Jarrett traverse des eaux plus calmes, rattrapant la mélodie errante dans son filet. L'atmosphère est aussi méditative que celle d'Osaka et atteint cet état grâce à une accumulation d'énergie, dont la libération se trouve dans son flot continu. A chaque strate, nous nous rapprochons d'un centre aux allure d’hymne, à travers lequel s'articule un océan de souvenirs. Certains sont ludiques, d'autres encombrants, mais tous sont profondément significatifs du moment présent, comme un portrait subjectif de la musique personnifiée. Nous émergeons de cette rêverie enjouée revêtus de nouveaux vêtements sonores, cousus par un mélodiste hors-pair.

La deuxième partie s'ouvre sur une longue ballade. Jarrett propose ici une forme particulièrement astucieuse, trouvant dans chaque note le potentiel pour un millier d'autres. Dans sa simplicité, il respire une foule de récits environnants, tous plus impliqués et plus narratifs les uns que les autres. Avec ce spectacle, Jarrett montre que même dans ses moments les plus contemplatifs, il est tout feu tout flamme. Alors qu'il oscille entre les registres inférieurs et supérieurs, il s'abandonne à des palpitations transcendantes, comme pour interrompre notre repos avec la promesse d’une transmigration. Un chemin réservé et prudent, dans lequel les pas laissent des traces permanentes de leur passage. 

Tokyo, le 14 novembre 1976

Comme pour imiter la géographie de ses voyages à travers le Japon, la musique trouve son propre moteur dans la première partie, restituant à travers des méandres longs et variés le cœur profond de la métropole. On peut imaginer, après ce début tout en douceur, que Jarrett raconte l'histoire d'une jeunesse qui aurait mal tourné, d'un amour interrompu et reformé de façon inattendue. Sur l'un de ses ostinatos les plus attachants, qu'il tire et étire au maximum de ses capacités, Jarrett peint une forêt de visages ouvrant la bouche sans parler. Au fil du temps, les arbres se fondent dans une énergie musicale plus séductrice, se déployant dans ce que je l’on peut décrire comme une agression passionnée pour aboutir à une fin extatique et réconfortante.

La deuxième partie se déroule comme une vision et pourrait bien changer votre façon de voir le monde, car elle décrit les choses les plus familières avec un sens profond du renouveau et une conscience suprême de la nature illusoire de la réalité. La main droite de Jarrett est comme un souvenir qui empiète sur le présent de la main gauche, jusqu'à ce que les deux s'unifient dans une trame secrète. C'est une histoire qui ne peut être racontée qu'une seule fois. Bien que Jarrett s'enferme dans un espace confiné, il flirte avec l'anarchie à travers des motifs abstraits, alternant de lourds arpèges et des ponctuations encore plus lourdes, pour conclure par une résolution chaotique vers cette dernière montée.

Les Sun Bear Concerts prouvent que Jarrett est non seulement un improvisateur hors pair, mais aussi un mélodiste de premier ordre. Ces pièces sont cohérentes dans leurs différences frappantes, mais toutes semblent couchées dans une mélancolie palpable et striée de joie. Malgré la quantité de musique qui semble sourdre du corps même de Jarrett, on a l'impression, après avoir écouté ces six heures et demie de brillance, qu'elles ne constituent qu'une seule molécule de création disséquée et ralentie à des vitesses discernables. Au moins, pouvons-nous, en ce moment, être témoins de ce mystère, sachant bien que sa beauté réside dans une allégeance au silence.
(extrait du communiqué de presse ECM en anglais)

Programme

Keith Jarrett   « Sun Bear Concerts »
Nagoya Part 1 (Keith Jarrett)
ECM 1100

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »

Keith Jarrett « Sun Bear Concerts »
Nagoya Part 2 (Keith Jarrett)
ECM 1100

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »

Keith Jarrett « Sun Bear Concerts »
Nagoya, Encore (Keith Jarrett)
ECM 1100 

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »

Keith Jarrett   « Sun Bear Concerts »
Tokyo, Part 1 (Keith Jarrett)
ECM 1100

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »

Keith Jarrett « Sun Bear Concerts »
Tokyo, Part 2 (fin) (Keith Jarrett)
ECM 1100

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »

Keith Jarrett « Sun Bear Concerts »
Tokyo, Encore (Keith Jarrett)
ECM 1100  

« Sun Bear Concerts »
« Sun Bear Concerts »
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