Le concert de 20h
Concerts
Mercredi 5 février 2020
2h 44mn

"Orlando" d'Olga Neuwirth, une création mondiale à l'Opéra de Vienne

La création de ce nouvel "Orlando", le 8 décembre 2019 à l'Opéra de Vienne, a défrayé la chronique - un événement particulièrement attendu, avec la mezzo Kate Lindsey, le Chœur et l'Orchestre de l'Opéra d'État de Vienne sous la direction du chef Matthias Pintscher.

"Orlando" d'Olga Neuwirth, une création mondiale à l'Opéra de Vienne
Orlando : opéra d'Olga Neuwirth - Opéra d'état de Vienne - 2019, © Opéra d'état de Vienne

« Orlando » est l'adaptation particulièrement foisonnante d’un roman tout aussi original, Orlando, de Virginia Woolf.
Il faut imaginer Olga Neuwirth adolescente, au début des années 80, s’affirmant comme jeune punk au milieu de la campagne autrichienne, marquée par ses lectures de Susan Sontag et de Virginia Woolf, et par l’écoute de Klaus Nomi, de Patti Smith et de l’Art Ensemble of Chicago. Son adaptation d’Orlando se présente comme une sorte de biographie musicale imaginaire d’un noble anglais, au temps de la Reine Elisabeth 1ere. Il va arriver toute une série d’aventures rocambolesques à ce personnage qui traverse le temps et le genre, puisqu’il deviendra une femme. 

Le roman de Virginia Woolf s’arrêtait en 1928, à la date de sa parution, la librettiste de l’opéra, Catherine Filloux, qui cosigne le livret avec Olga Neuwirth, prolonge l’action jusqu’à nos jours… Ce n’est pas la première œuvre lyrique de la compositrice autrichienne, on lui doit déjà plusieurs ouvrages de théâtre musical et des pièces scéniques, mais il s’agit de son premier grand opéra. Un opéra hybride, selon l’expression de la compositrice, qui fusionne musique, mode, littérature, spatialisation et vidéo. 

L’ œuvre dure plus de deux heures et demie, avec une action très touffue, beaucoup de personnages : voici quelques points de repère pour entrer dans cet univers. 

La mezzo Kate Lindsey est l'"Orlando" d'Olga Neuwirth. Opéra de Vienne - 2019. Pressefotos
La mezzo Kate Lindsey est l'"Orlando" d'Olga Neuwirth. Opéra de Vienne - 2019. Pressefotos , © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

Nous sommes en 1598, Orlando, jeune noble anglais, se prépare à la carrière militaire et rencontre la reine Elisabeth 1ere. En 1610, année du Grand Gel, Orlando tombe amoureux de la séduisante Sasha mais elle disparaît. Il sombre dans le sommeil et se réveille poète, rencontre son collègue Greene, et se fait envoyer comme ambassadeur dans un pays lointain. Orlando tombe à nouveau dans le sommeil et se réveille en femme. Revenue en Angleterre, elle est courtisée par un autre poète mais le repousse, nous sommes à l’époque victorienne, les femmes et les enfants en sont les premières victimes. La première partie se referme sur une lueur d’espoir symbolisée par un angelot.

La mezzo Kate Lindsey et le baryton Leigh Melrose dans Orlando d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos
La mezzo Kate Lindsey et le baryton Leigh Melrose dans Orlando d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos, © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

La seconde partie fait intervenir des sources sonores encore plus diverses, avec des groupes de scène, des voix, celles de Churchill ou de Virginia Woolf, comme à la radio, des enregistrements de terrain, des sons électroniques, des samples, un enregistrement du double concerto pour violon de Bach par Arnold et Alma Rosé, disparue en 1944 à Birkenau, et d’autres choses encore. Olga Neuwirth croit, comme le personnage d’Orlando, que l’art peut non seulement stimuler les sens, mais aussi relier les humains entre eux, et dans cette perspective, la compositrice s’interroge sur l’amour, le genre, la politique, la planète, l’identité, la guerre, la violence, le territoire, la frontière, l’argent, la consommation, le mur, l’enfance, les abus sexuels : des thèmes éminemment contemporains. 

"Orlando' d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos
"Orlando' d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos, © Pressefotos (c) Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

Cette seconde partie s’ouvre pendant la Première Guerre mondiale, Orlando se casse la cheville mais elle est mise à l’abri par un photographe de guerre, Shelmerdine, qui connaît son œuvre littéraire. Tous deux se marient et ils ont un enfant. Les conflits armés se multiplient au long du 20e siècle, la génération des soixante-huitards veut en finir avec le mensonge, Orlando les rejoint. Dans les années 80, Orlando a une amie, l’ordinateur fait son apparition. Le poète Greene a lui aussi traversé les siècles, il est désormais un éditeur à succès, il conseille à Orlando de simplifier son écriture, mais Orlando ne se laisse pas manipuler. Shelmerdine trouve la mort pendant la guerre en Irak, Orlando est en deuil. Les caissières de supermarché sont exploitées. L’enfant d’Orlando plaide pour le courage d’être ce que l’on est, et de ne pas s’incliner - Orlando lui a ouvert la voie.
Un mouvement vient de naître, qui revendique « Nous d’abord ! », Orlando s’y oppose par l’écriture. Les enfants déracinés craignent pour leur avenir, mais pour Orlando, les époques sont ancrées dans la mémoire afin de ne pas oublier. La narratrice plaide pour que les différences ne comptent pas : seule l’humanité est un devoir. Passé, présent et futur se dissolvent. Orlando continuera à écrire car « personne n’a le droit d’obéir ». L’angelot est convaincu que nous trouverons le chemin de la liberté, les chœurs nous exhortent à rester vigilants. Le dernier mot, ironique, revient à la narratrice.

"Orlando' d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos
"Orlando' d'Olga Neuwirth - Vienne 2019. Pressefotos, © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

La mezzo-soprano américaine Kate Lindsey est saisissante dans le rôle-titre d’Orlando, Anna Clementi est la Narratrice, le contre-ténor Eric Jurenus chante l’Ange gardien, Constance Hauman chante plusieurs rôles, la Reine, la Pureté, et l’ami de l’enfant d’Orlando, la soprano suédoise Agneta Eichenholz chante Sasha et la Chasteté, le baryton anglais Leigh Melrose assure les deux rôles de Shelmerdine et de Green, et l’artiste de cabaret transgenre new-yorkais Justin Vivian Bond est spectaculaire dans le rôle de l’enfant d’Orlando.
Les costumes, extraordinaires, sont dus à Rei Kawakubo, de Comme des Garçons, l’électronique est assurée par Markus Noisternig, Julien Aléonard and Gilbert Nouno, la mise en scène est de Polly Graham, la vidéo est signée Will Duke.

Distribution

Olga Neuwirth (née en 1968) : Orlando
livret de Catherine Filloux
Première mondiale.

Kate Lindsey, mezzo-soprano (Orlando)
Anna Clementi, chanteuse, narratrice
 Eric Jurenas, contre-ténor (Ange gardien)
Constance Haumann, soprano (Reine, Pureté, amie de l’enfant d’Orlando)
Leigh Melrose, baryton (Shelmerdine, Greene)
 Justin Vivian Bond, transgenre (enfant d’Orlando)
**Choeur de l'Opéra d'Etat de Vi

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