Lundi 4 janvier 2021
2 min

Un chanteur comme futur président de l’Ouganda ?

Ce matin, Antoine Pecqueur est à Kampala, en Ouganda, où dans une dizaine de jours va se tenir une élection présidentielle très attendue. Le principal adversaire du président actuel, Yoweri Museveni, n’est autre qu’un musicien…

Un chanteur comme futur président de l’Ouganda ?
Le chanteur Bobi Wine sera peut-être le futur président de l'Ouganda, © Maxppp / DAI KUROKAWA/EPA/Newscom

Bobi Wine a 38 ans et vient des quartiers pauvres de Kampala, la capitale de l’Ouganda, où il a su fédérer la jeunesse du pays. En Ouganda 80% de la population a moins de 30 ans, c’est l’une des plus jeunes populations au monde.
Cette jeunesse veut tourner la page des années Yoweri Museveni, l’actuel président au pouvoir depuis 34 ans et qui a pu se maintenir en faisant changer la constitution.
Bobi Wine s’inscrit dans la lignée des musiciens africains engagés, de Youssou N’Dour à Smockey. On l’entend dans ses chansons : comme  le faisait remarquer un professeur de l’Université de Makerere, Bobi Wine est passé ces dernières années de chansons d’amour à des titres de plus en plus politiques, dénonçant les inégalités sociales, la mauvaise gestion des services publics, notamment de l’hôpital. Ces concerts sont peu à peu devenus des meetings.
C'est ainsi qu’il a su mobiliser la population et devenir désormais le principal adversaire de Museveni, espérant recréer en Ouganda ce qui s’est passé il y a un an au Soudan voisin, avec la chute du dictateur Omar El Bechir. 

Une campagne sur fond de peur

Toutefois les choses sont loin d’être simples : prétextant des raisons sanitaires liées au Covid, le gouvernement empêche l’opposition de tenir ses meetings et réprime tous les regroupements avec violence. Un climat de peur s’empare peu à peu de la capitale comme Antoine Pecqueur a pu le constater avec des descentes régulières de l’armée.
Les affiches de Bobi Wine sont régulièrement enlevées. Le but est de freiner les ardeurs de ceux qui risqueraient de s’opposer au résultat des élections, que certains disent ici déjà joués d’avance. Les puissances occidentales se font en tout cas pour l’instant discrète, elles craignent une situation qui pourrait déstabiliser la région : l’Ouganda est au cœur des Grands lacs, voisin de la République démocratique du Congo, du Rwanda et du Sud-Soudan. Une position pivot d’un point de vue géopolitique. Sans oublier les intérêts économiques, et notamment ceux de la France ; Total est en première ligne pour exploiter le pétrole, récemment découvert dans le pays. Mais pendant ce temps, la majorité de la population reste pauvre, victime de ce mélange de néo-libéralisme et de politique autoritaire.
Une chose est sûre : ce scrutin, l’un des premiers où Museveni affronte un opposant de poids, est historique. 

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