Lundi 21 juin 2021
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Secteur du livre : le Sénat promulgue une loi contre Amazon

Alors qu'Amazon propose des prix défiant toute concurrence, en particulier grâce à des coûts de frais de port facturés seulement un centime par client pour les livres, le Sénat vient de voter une loi encadrant les conditions de vente à distance, en créant un prix minimum pour soutenir le secteur.

Secteur du livre : le Sénat promulgue une loi contre Amazon
Le Sénat vient d'adopter une loi limitant les conditions de vente à distance des livres en particulier pour Amazon afin de réguler la concurrence envers les librairies, © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

40 ans après la loi historique sur le prix unique du livre, il fallait quelque peu adapter le cadre législatif aux géants du numérique. Et notamment à Amazon, qui mise sur la vente à distance. Avec un argument commercial choc : des coûts de frais de port facturés seulement un centime au client. Evidemment, aucune librairie ne peut proposer des conditions aussi attractives. Si Amazon le peut, c’est parce qu’il fait du livre un produit d’appel, quitte à perdre de l’argent dessus et à en gagner sur la vente d’autres produits.
Le Sénat a donc voulu mettre un terme à ce qu’il considère comme une distorsion de concurrence. Le 8 juin, les sénateurs ont donc adopté une loi encadrant les conditions de vente à distance, en créant un prix minimum, un prix plancher facturé au client pour les frais d’envois. Amazon a beau jeu de dire que ce sont les milieux ruraux qui vont être impactés, là où il n’y a pas de librairies, alors que ses ventes se font surtout en zones urbaines. Dans le cadre de cette loi sur l’économie du livre, a aussi été annoncé l’autorisation aux collectivités d’apporter une subvention aux librairies dans la limite de 30% de leur chiffre d’affaires.

Le monde du livre est donc satisfait

Le secteur des librairies est satisfait de cette loi mais le monde du livre est une longue chaîne. Et il y a un maillon de cette chaîne qui lui ne se porte pas bien actuellement, ce sont les auteurs. L’année dernière, un rapport écrit par Bruno Racine, l’ancien directeur de la Bibliothèque nationale de France, qu'il a remis au gouvernement, déplorait que les auteurs soient "l’angle mort des politiques culturelles". Le texte pointait la paupérisation des auteurs, hormis bien sûr quelques noms célèbres. Le rapport préconisait des mesures fortes : la création d’un statut professionnel, et surtout, la création d’un taux minimal de droits d’auteur, représentant 10% du prix de vente d’un livre.

Où en sont ces recommandations ?

Il ne reste plus rien de ces recommandations.... Roselyne Bachelot a écarté ces préconisations, créant immédiatement une bronca. Les organisations professionnelles sont montées au créneau, dénonçant "l’exclusion des artistes-auteurs du droit commun avec la complicité du ministère". Certes, le livre n’a pas été le secteur le plus impacté par la crise sanitaire, bien moins que le spectacle vivant, mais par contre, le sort des auteurs est lui plus que jamais fragile. En effet dans le secteur du spectacle vivant, l’intermittence a fait l’objet de mesures fortes, même s’il faut bien sûr toujours rester vigilant. Il serait donc dommage que la crise sanitaire accentue encore plus les inégalités entre les secteurs au sein de la culture, et parfois même, comme on le voit avec le livre, au sein d’une filière.

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